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samedi 7 février 2015

UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE DANS UN CLIMAT DÉLÉTÈRE



UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE DANS UN CLIMAT DÉLÉTÈRE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

La campagne électorale a mal commencé, empêtrée dans les invectives, les quolibets et même les insultes, conduisant à éluder les vrais problèmes et poussant les medias à fouiller dans les poubelles plutôt que dans les programmes des États-majors politiques. Les deux bords de l’échiquier sont coupables de laisser agir leurs seconds couteaux dont le seul objectif consiste à créer le buzz pour détourner l’attention. Les sujets économiques et sécuritaires, abordés du bout des lèvres, fâchent certes parce qu’ils ne trouvent pas d’arguments opposables.



Fin de la récréation
Ce dont nous avons besoin c'est d'une bonne brise et d'une mer calme

Nous ne sommes qu’au début de la campagne mais il serait bon que les dirigeants sonnent la fin de la récréation car les attaques se situent de plus en plus au-dessous de la ceinture. Les petits meurtres entre amis deviennent courants et, chaque jour, nous avons droit à un florilège d’échanges fleuris. À droite comme à gauche, on dispose d’une réserve  de bombes puantes à larguer à la première occasion. Les noms d’oiseaux fusent. Ainsi, pêle-mêle et sans aucun critère hiérarchique, au gré de l’inspiration de nos dirigeants, les hommes politiques s’en donnent à cœur joie en accusant dans le vide pour jeter l’opprobre sur ceux qu’ils sont censés combattre dans la dignité.
Ainsi, l’entourage de Netanyahou est convaincu, sans aucun début de preuve, que ses adversaires travaillistes et Meretz sont financés depuis l’étranger par une puissance occulte anti-israélienne. Selon l’avocat du parti, Maître David Shomron, la gauche reçoit des financements via plusieurs associations, dont la plus importante est OneVoice, une ONG américaine militant pour la solution à deux États. Le Likoud a saisi la Commission électorale centrale pour exiger l’ouverture d’une enquête.  On attend la preuve des allégations de financement, en violation des lois électorales en vigueur en Israël. Mais c’était un moyen pour le Likoud de rappeler qu’Yitzhak Herzog avait déjà été mis en examen en 1999 dans une affaire similaire sans préciser que, faute de preuves suffisantes, la justice avait clos le dossier. Mais en attendant, le doute instille les esprits et fait bouger la courbe des sondages.
Avigdor Lieberman, le chef du parti Israël Beiteinou avait publié un programme où il renonçait à l’idéologie du Grand Israël et où il se rapprochait du centre, et même des travaillistes, pour ratisser large. Au vue de ses sondages en berne, il veut à présent sauver les meubles en assurant qu’il ne rejoindra pas une coalition de gauche après les élections : «Il y a deux options réalistes, une coalition de droite et un gouvernement d’union nationale dirigée par la droite. Mon expérience me dicte que l’on se dirige vers une union nationale».

Victimes sympathiques



Isaac Herzog a de son côté établi un bilan des résultats des six dernières années de pouvoir de la droite : en particulier la crise du logement, le coût de la vie et la dégradation de l’image d’Israël dans le monde. Il a été plus incisif en invitant le premier ministre à  «prendre ses responsabilités et à  rentrer chez lui». Il l’a accusé  de «mener le pays à un isolement de plus en plus grand au sein des nations». Enfin il a fustigé la gestion du dossier palestinien, accusant son adversaire de favoriser des positions unilatérales sur ce sujet.
Le député Nissim Zeev, a été exclu de la liste du parti orthodoxe sépharade Shass, le jour même de la clôture des listes électorales l’empêchant ainsi de voir d’autres horizons politiques. Il était proche d’Elie Yshaï qui a quitté le parti. Il s’est dit convaincu que la décision avait été prise personnellement par Arie Dhery et non pas par le Conseil des Sages de la Thora : «Dhery est un pauvre homme qui vit dans l’obsession et qui détruit le parti. Je prie pour que le parti soit sauvé d’entre ses mains».
Moshe Kahlon, fondateur et président du parti Kulanu, qui gêne à la fois le Likoud et les travaillistes puisqu’il mord sur les deux électorats, a été accusé d’avoir reçu des pots de vin de la part  de Yitzhak Tchouva, propriétaire du Groupe Delek. Il a dû se défendre de ces accusations légères et non étayées par des preuves : «J’ai quitté le gouvernement en 2013. Ils m’ont proposé d’être président de la société avec un salaire de trois millions de shekels par an. On m’a offert un poste de directeur mais je ne voulais pas travailler pour quelqu’un». Il s’agissait pour certains de démontrer que monsieur propre n’était pas si blanc. C’était un moyen surtout de ne pas le rencontrer sur le terrain de son programme social.

Bouteilles vides et alcool


Le premier ministre n’est pas épargné puisqu’une enquête criminelle pourrait être ouverte pour détournement présumé de fonds publics en impliquant sa femme. Les accusations sont mesquines  et indignes  même si on prouve qu’elles sont avérées. Sara Netanyahou est soupçonnée d'avoir personnellement empoché l'argent de la consigne des bouteilles, achetées par le bureau du premier ministre, et retournées en magasin alors que ces quelques milliers de shekels, de l’ordre de mille dollars,  auraient dû revenir dans les caisses de l’État. Les dirigeants du camp sioniste sont ensuite entrés dans la danse en dénonçant les excès de consommation d’alcool à la résidence du premier ministre pour un montant de mille dollars représentant selon eux «l’équivalent d’un salaire moyen soit 4.300 shekels dépensés chaque mois ». On ne peut faire plus démagogue. On ne peut pas descendre plus bas dans le débat politique. Mobiliser en ces temps d’élections le ministère de la Justice et le contrôleur de l’État est digne d’une farce d’Ubu.
Stav Shaffir

Stav Shaffir, la passionaria travailliste qui avait ému la Knesset en trois minutes de discours à la tribune, en étant précise et concise et en appuyant là où cela faisait mal, à savoir la pauvreté grandissante en Israël, se voit aujourd’hui accusée d’être la compagne d’un Arabe. Aucun élément sérieux ne permet de confirmer cette information qui reste cependant du domaine privé. Mais s’il s’agit d’un citoyen arabe israélien, cela relève du choix personnel de la députée sauf si elle est accusée de «trahison». Yitzhak Herzog, enfin, a décidé d’aller plus loin en dénonçant  l’attitude de ses adversaires de droite engagés dans une «incitation qui lui rappelle les jours qui ont précédé l’assassinat de Rabin». Rien que cela !

Les hommes politiques de tous bords crient au complot électoral parce qu’ils sont attaqués et s’indignent des déchaînements médiatiques autour de cas préfabriqués. Ce n’est pas ainsi qu’ils peuvent convaincre les électeurs, nombreux à fuir les bureaux de vote. Ils n’ont pas compris que les attaques personnelles rehaussent ceux qui les subissent  parce qu’ils apparaissent alors comme des victimes désignées. Les sondages en font foi ; Netanyahou est remonté dans les sondages au lendemain des attaques qu’il a subies avec sa femme. Ils n’ont pas compris que le choix des électeurs se fait sur les propositions claires des programmes des partis et non pas sur des arguments de bas niveau. 

Toutes les attaques personnelles non politiques sont à proscrire, d'où qu'elles viennent. Il reste quarante jours pour revenir à une campagne propre. Avis aux candidats.  

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Je ne sais pas si c'est transposable de la France à Israël mais je souhaiterais que ces quelques réflexions du comédien Fabrice Lucchini sur le vote de droite ou le vote de gauche puissent, dans le climat délétère de cette campagne électorale, aider les électeurs israéliens à décider de leur choix.

"Comment voulez-vous ne pas voir dans le vote de gauche, le vote chic, le vote généreux, le vote humain, le vote haut de gamme ?
Comment ne pas voir dans le vote de droite, le vote bas de gamme, le vote pas médiatique ?
Comment ne pas voir dans le vote de droite, le petit vote rétréci, le petit vote replié ?
Comment ne pas voir dans la gauche, la fraternité ?"

L'honnêteté m'oblige à dire que malheureusement Fabrice Lucchini n'en reste pas là, mais continue :

"Et comme j'ai toujours pensé que j'exigeais de la gauche l'exemplarité la plus absolue, je me suis dit : "Je ne fais pas le poids pour atteindre le niveau !" Qu'est-ce qu'un acteur de droite minable face à ces génies humains ? Et cette supériorité intellectuelle, cette supériorité morale, j'aimerais y accéder, mais je sens que ma nature n'est pas assez grande !"

Je vous laisse donc décider de ce qu'il faut souhaiter à l'électeur israélien.

Très cordialement.

andre a dit…

Le " bottlegate" que Herzog et Lini ont accepté d'utiliser est déshonorant pour eux et pour la démocratie israélienne.
Ceux qui trépignaient de joie en pensant que le lion etait blessé et se dépêchaient d'applaudir le coup de pied de l'âne , ont dû déchanter en voyant que les électeurs n'étaient pas dupes.
Négocier avec les Palestiniens, tout le monde le souhaite, capituler entre leurs mains, personne ne le veut. Mettre plus de justice sociale ,qui serait contre ?
Une large coalition avec Netanyahu pour la 4 éme fois Premier ministre , pourrait aborder sérieusement les problèmes de la guerre et de la paix et ceux de la justice sociale à réaliser au même rythme que les progrès de l'économie.