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mardi 10 février 2015

STAV SHAFFIR : LA PASSIONARIA TRAVAILLISTE ROUSSE



STAV SHAFFIR : LA PASSIONARIA TRAVAILLISTE ROUSSE 

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

  


          Les vedettes des élections ne sont pas toujours les têtes de liste. Nous avons décidé de nous intéresser aux candidats «seconds couteaux» dont la personnalité illustre mieux l’identité de la liste. Après Elie Elalouf, troisième de la liste Kulanu menée par Moshe Kahlon, Stav Shaffir quatrième sur la liste du Camp sioniste (Herzog et Livni) fait à présent l’objet de notre analyse.


Cliquer sur la suite pour voir la vidéo de Stav à la Knesset avec sous-titres français



Une jeune combattante

Cette jeune combattante, cette femme engagée dans la cause sociale s’était distinguée à l’occasion de la révolution des tentes de l’été 2011 sur le boulevard Rothschild. Elle a été élue sur la liste travailliste en 2013 puis s’est faite très discrète durant la dernière législature. Elle savait qu’elle avait beaucoup à apprendre malgré ses années de journaliste au sein de l’armée. Elle savait qu’elle avait des lacunes en économie et pourtant, elle a choisi de siéger dans la puissante commission des Finances. Alors elle a bouquiné pour acquérir une expertise dans le domaine des finances de l’État.
video

Lien pour entendre le discours avec sous-titres français en appuyant sur la case CC en bas à droite



Elle avait fait preuve de discrétion sachant qu’elle n’était pas encore crédible, elle, la plus jeune députée israélienne de 29 ans, qui avait décidé de se frotter aux vieux monstres politiques poussés dans leurs retranchements pour qu'ils répondent à ses questions. Elle avait même été expulsée de force de la Knesset. Discrète jusqu’à ce 21 janvier 2015 où elle a explosé à la tribune de la Knesset. 
Expulsion par la force.

          En trois minutes elle a ému une grande partie de l’assistance par sa fougue et par le contenu d’une intervention sortie de ses tripes, qu’elle a prononcée sans notes. Sa conviction a d’ailleurs impressionné le président de séance à la Knesset, un religieux, qui n’a pas pu s’empêcher de commenter son discours : «les mots qui sortent du cœur vont droit au cœur. Il n’a pas été inutile de vous donner ces trois minutes d’intervention».

Corruption

En trois minutes elle a fait le procès du gouvernement et de ses magouilles, non pas en fouillant dans les poubelles  politiques, mais en appuyant là où cela fait mal. Ses arguments ont fait mouche parce qu’ils étaient étayés par des chiffres et par des faits. Elle n’a pas endormi les députés avec un long discours mais elle les a touchés avec quelques mots percutants. Pour une fois les députés se sont montrés très attentifs même si certains feignaient l’indifférence face à cette attaque en règle. Elle n’est pas rentrée dans le jeu de la politique politicienne mais dans celui qui concerne les pauvres ou les laissés de compte.

Elle a abordé les points qui fâchent : la corruption au sein du gouvernement, les abus budgétaires et les inégalités sociales. Mais la phrase de son discours la plus percutante restait l’accusation que la droite israélienne avait «vidé le sionisme de son contenu» en faisant  un mauvais usage des fonds publics : «Aujourd’hui vous avez peur car nous avons découvert votre corruption. Nous avons découvert que sous couvert de votre idéologie, vous avez volé l’argent du peuple israélien, l’argent des impôts payés par des contribuables qui ont beaucoup travaillé pour les payer, et vous l’avez transféré à vos amis sous forme de distribution d’emplois de connivence ou à des associations privées dirigés par vos amis. Le parti HaBayit Hayehudi a gaspillé l’argent destiné aux classes défavorisées pour le distribuer aux amis, au lieu de le donner aux hôpitaux pour augmenter le nombre de lits de malades, au lieu de le donner aux écoles chargées d’éduquer notre élite ; vous l’avez distribué en cadeau à vos amis. Ainsi Naftali Bennet a donné 36 millions de shekels de manière illégale à des associations issues des implantations Le vrai sionisme signifie prendre soin des membres les plus faibles de la société. Le vrai sionisme est la solidarité – non seulement dans les guerres, mais aussi dans la vie au quotidien. Prendre soin l’un de l’autre. C’est ce que signifie être israélien. C’est cela le sionisme : s’occuper de l’avenir des citoyens israéliens – dans les hôpitaux, les écoles, les routes et les services de protection sociale. C’est cela le sionisme, et vous le détruisez. Quand nous chantons l’hymne national, Hatikva  l’Espoir, nous le chantons dans le plein sens du terme, pour une politique de paix, qui bâtit des liens entre les différents partis de la société. C’est cela le vrai sionisme. C’est cela l’Espoir. Si Netanyahou devait écrire l’hymne national, nous l’appellerions probablement L’hymne du désespoir».

Des régions abandonnées
Face au président de la Commission des Finances de la Knesset Nissan Slomiansky 


Plus elle siégeait à la commission des finances et plus elle découvrait la réalité des chiffres d’un budget annuel de 320 milliards de shekels, sur lesquels 41 milliards sont à l’usage discrétionnaire du seul gouvernement, le reste faisant partie des dépenses fixées par la Knesset. En fouillant les comptes avec des experts financiers, Stav a découvert des documents prouvant un financement illégal du Conseil des implantations. Certains budgets ont été détournés pour être réaffectés, sans réel contrôle, vers des organismes dirigés par des amis ou des groupes de pression aux intérêts très particuliers. 
Ainsi selon Stav, un budget prévu pour les zones périphériques de 58 millions de shekels s’est transformé en 600 millions : «Sur ce montant 75 % ont été distribués à la Cisjordanie et 25 % au Néguev, à la Galilée et au Golan. L’implantation de Beit El a reçu plus que le Néguev et la Galilée réunis. L’implantation d’Eli recevait plus que le Golan». Comme elle n’a pu recevoir de réponse de la Knesset, elle a dû adresser une requête à la Cour Suprême qui doit statuer en février.
D'abord, nous lui donnerons le droit de garder le silence.

Elle a des mots durs pour la démocratie israélienne : «Notre système démocratique repose sur un équilibre entre le gouvernement, le Parlement et le pouvoir judiciaire, et il est rompu. La Knesset est faible. Elle peut légiférer, mais ne peut pas contrôler le gouvernement efficacement.» 
Son expertise ne s’exprime pas que sur les questions économiques. Elle a des idées bien arrêtées sur le conflit israélo-palestinien. Selon elle, Israël doit parvenir à un accord, «sinon, nous aurons un problème à long terme». Elle réitère l’argument plusieurs fois ressassé qu’il faut, pour des raisons démographiques, se séparer des Palestiniens afin de maintenir un État à la fois juif et démocratique. C’est le moment selon elle d’«entamer des pourparlers depuis notre position actuelle de force, non à partir d’un isolement et des sanctions vers lesquels nous nous dirigeons. Nous ne pouvons pas choisir nos ennemis. Nous sommes un État fort avec une armée forte. Nous sommes face à la menace iranienne, de l’État islamique, des Palestiniens. Nous savons que la place d’Israël au Moyen-Orient est complexe, difficile. La question est de savoir comment agir.»  Elle pense qu’il faut s’intéresser à la proposition saoudienne : «Il y a une initiative de paix arabe sur la table, faisant référence à la proposition saoudienne. Nous pouvons avoir une pleine page de réserves à ce sujet. Mais c’est un document de coopération avec les États arabes modérés».
Golda Meïr

Les élections du 17 mars 2015 assurent à Stav Shaffir un poste de députée à la Knesset. Elle y jouera, quels que soient les résultats, un rôle de premier plan car elle s’est affirmée comme meneuse et agitatrice d’idées. Elle pourrait aussi faire une excellente ministre des affaires sociales mais seul les électeurs, qui voteront en toute connaissance de cause, décidera de son avenir en plaçant ou non le Camp sioniste en tête ou pas. Une Golda Meïr est peut-être née, entrée comme elle dans la politique de manière précoce. 

2 commentaires:

Bensoussan a dit…

Rien de nouveau sous le soleil. Stav Shaffir ca reste du Tel-Aviv pur jus: laic, anti colons, pro Peace Now, pro JStreet, pro gay, pro Women of the Wall. Elle ne ratissera pas plus large que son electorat de gauche de la rue Shenkin. La version rousse de Merav Michaeli en fait

andre a dit…

Reportage intéressant sur une jeune femme ambitieuse et qui attire les regards.
Le couplet sur le sionisme trahi et sur la nécessité de parvenir à la paix est désarmant de naïveté. Il ne manque dans son discours que la recette pour convaincre les palestiniens de renoncer à ce qu'ils considèrent comme étant la Palestine, le territoire qui va du Jourdain à la mer.Sinon, nous sommes tous d'accord, le personnage est rafraîchissant même si son discours est du réchauffé.