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mardi 24 février 2015

MOSHE KAHLON : TALON D’ACHILLE DE NETANYAHOU



MOSHE KAHLON : TALON D’ACHILLE DE NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
           

Les sondages se suivent et se ressemblent, avec des écarts de deux sièges entre les deux principales listes, dans un jeu de chaises musicales leur donnant à tour de rôle la première place. Elles n’arrivent pas véritablement à se départager laissant, en dernier ressort, aux 25% d’indécis la décision de choisir celle qui obtiendra la première place. En fait comme en 2013, ce sont les listes secondaires qui pourraient faire la différence et décider du contour de la nouvelle coalition.


Des affaires regrettables


            Les gesticulations autour des dépenses personnelles exagérées du premier ministre pourraient faire tomber le balancier du côté de l’opposition sans pourtant que les problèmes réels n’aient été abordés par les candidats. La publication du rapport sur la crise du logement, si elle a lieu, risque encore de pénaliser la liste Likoud. Cette nouvelle affaire risque de faire désordre et d’orienter la faction modérée du Likoud vers d’autres horizons.
Le nouveau parti Kulanu pourrait tirer les marrons du feu en jouant le rôle qu’avait joué Yesh Atid en 2013 qui s’était révélé dans les derniers jours de la campagne électorale. Moshé Kahlon et ses conseillers ont choisi de proposer une liste de personnalités nouvelles, certes expérimentées dans leur domaine de prédilection, mais vierges de toute vie politique politicienne. Crédité de 8 à 10 sièges selon les sondages, Kulanu estime qu’il est sous-évalué comme l’était Yaïr Lapid. Il préfère convaincre progressivement, sans agresser brutalement la partie de l’électorat du Likoud dont il recherche les suffrages et qui rejoindra en temps voulu l’ancien homme du sérail. La lassitude gagne du terrain et les affaires à répétition commencent à ébranler les certitudes des militants.
Menny Naftali

            Moshé Kahlon a fait sa carrière au Likoud mais il avait voulu que son parti se déporte vers le centre gauche plutôt que de s’offrir à la droite extrême. De nombreux militants, qui ont regretté son départ, ne sont pas insensibles à sa dialectique mettant en premier plan les problèmes sociaux-économiques. Pour l’instant, les questions sérieuses échappent à la campagne parce qu’elles sont polluées par des sujets subalternes qui monopolisent le débat, en particulier les procédures judiciaires liées  à l'ancien régisseur de sa maison. La politique est ainsi faite qu’un simple conflit de prud’homme, sans aucun lien politique, devient l’ordonnateur de la politique du Likoud. Menny Naftali a déposé une plainte contre ses anciens employeurs Netanyahou accusés, selon lui, d’humiliations, de propos racistes et de crises de colère qu’il a subis pendant qu’il était à leur service. Il estime par ailleurs que certaines obligations financières,  liées à des heures supplémentaires, n’ont pas été respectées. Un conflit financier entre employeur et employé se transforme en bombe politique qui pourrait exploser à la face du Likoud.

Tirer les marrons du feu

            Seule la liste Kulanu pourrait profiter de ces démêlés judiciaires, qu’elle n’a pas suscités ni mis en exergue dans ses discours. En effet, Avigdor Lieberman a été cramé après les accusations de corruption contre des membres historiques de son parti. Yaïr Lapid a fait preuve de son incapacité à faire bouger les choses durant ses deux années au ministère des finances et à tenir ses promesses tant il était verrouillé par la coalition. On ne voit pas les Israéliens lui renouveler les 19 sièges qu’il avait obtenus par surprise en 2013. Naftali Bennett souffre des attaques en règle de Netanyahou et surtout de la concurrence de la liste d’extrême-droite Yahad qui risque de lui siphonner les voix des extrémistes du Likoud. Avec près de 25 sièges chacune, les deux grandes listes se neutralisent et seul un parti centriste décidera du nom du nouveau premier ministre.

 Kulanu pourrait jouer le rôle de parti charnière, capable de ratisser large, parce qu’il se situe à la limite du Likoud historique, celui de Begin de 1977 qui avait fait la part belle aux séfarades et aux questions concernant les classes défavorisées. Sur les derniers jours, cette liste pourrait faire la différence car elle aligne des candidats prestigieux vierges de défauts politiques. Le général de réserve et ancien baroudeur Yoav Galant apporte sa caution sécuritaire. Le prix d’Israël Elie Elalouf a consacré sa vie à se battre contre la pauvreté et à aider les classes défavorisées. Michael Oren, l’ancien ambassadeur aux États-Unis,  pourrait se charger de rétablir le climat de confiance avec les Américains. Enfin Rachel Azaria, fille d’une mère américaine et d'un père d'origine tunisienne occupe le poste de maire-adjoint de Jérusalem. Diplômée et titulaire de plusieurs prix, elle apporte la caution religieuse moderne puisque son cursus scolaire s’est déroulé dans le système scolaire national religieux.

Vengeance


Les militants du Likoud commencent à se poser des questions et se demandent si Benjamin Netanyahou ne commence pas à perdre la main dans cette campagne qu’il semble ne plus contrôler. Certes Moshe Kahlon n’a pas fermé la porte et répète dans chacun de ses discours qu’il rejoindra la coalition de droite ou de gauche qui lui permettra d’être ministre des finances pour réaliser, dans ses moindres détails, les solutions préconisées par Elie Elalouf dans son rapport sur la pauvreté. Mais il laisse entendre entre les lignes que la plate-forme économique de son parti a plus de chances d’être réalisée sous la conduite d'un premier ministre travailliste.
Bien sûr on soutiendra qu’avant lui Yaïr Lapid avait tenté de changer les choses et qu’il n’a rencontré que l’échec malgré ses 19 députés. Mais le modèle n’est pas comparable. Contrairement à lui, Kahlon a une longue expérience politique au Likoud et des années de pratique ministérielle qui lui ont fait connaître les rouages de la gestion de l’État. Il n’acceptera aucun compromis si on ne réserve pas à son parti le ministère des finances et le ministère de la gestion des terres domaniales. Il a montré qu’il ne courrait pas après un portefeuille ministériel puisqu’il a refusé la place méritée qui lui était acquise sur la liste du Likoud car il privilégie ses convictions avant ses intérêts personnels. Il a été patient et a gravi pas à pas les échelons du Likoud jusqu’à atteindre la première place aux primaires de son parti en 2013.
Il avait quitté le Likoud sans que Netanyahou n’ait fait un geste pour le retenir parce qu’il devenait un concurrent potentiel après avoir réussi la réforme des services du téléphone cellulaire, là où personne n’avait voulu s’aventurer. Certains se demandent même s’il ne mûrit pas aujourd’hui une vengeance froide contre lui en lui refusant son concours politique le moment venu. Par deux fois le premier ministre lui avait refusé le poste de ministre des finances et la direction des terres domaniales de l’État. Ces refus ont généré une haine à son égard qui ne peut s’effacer par un poste ministériel.


En fait Kahlon voit loin et lorgne vers le Likoud à qui il voudrait redonner l’idéologie de feu Begin qui avait su allier pragmatisme social et paix militaire. Il joue en fait l’élimination de Netanyahou du Likoud pour ouvrir les portes à un retour en fanfare au sein d’un parti où il a fait ses premières armes politiques. Il veut un retour victorieux. Mais en son for intérieur, Kahlon veut surtout prendre sa revanche, sa revanche de séfarade fils d’immigrants de Libye, qui s’est vu bloqué dans son ascension politique en raison de ses origines sociales. Il sait qu’il peut faire venir à lui les opposants au comportement contestable de Sarah Netanyahou qui interfère dans les décisions de son époux. Il croit en son étoile qui commence à briller mais qui ne se traduit pas encore dans les sondages parce que les sondeurs hésitent à lui attribuer les voix des déçus de Yesh Atid et refusent la projection sur le vote des  indécis qui se prononcent souvent durant les derniers jours.

2 commentaires:

Parolevolee a dit…

Une question : si Kahlon reste comme le laisse supposer votre article au coeur de l'idéologie du Likoud -je parle au niveau sécuritaire- comment peut-il ouvertement envisager une coalition avec les travaillistes dont les idées sur les "territoires", notamment la Judée-Samarie, sont diamétralement opposées à celles de Herzog-Livni?
L'art de la politique peut-il concilier le moment venu les options radicales sur ce terrain?

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ Parolevolée

Elie Elalouf, troisième de la liste Kulanu, a officiellement affirmé en public que son parti prônait "deux Etats pour deux peuples" rejoignant l'idéologie de Begin d'échange de la paix contre des territoires.

Netanyahou sous la pression de Bennett a modifié les fondements politiques du Likoud ce qui a justifié le départ de kahlon.