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mardi 24 février 2015

LA RADICALISATION DANS LES PRISONS Par Jean CORCOS



LA RADICALISATION DANS LES PRISONS

Par Jean CORCOS


Foudil Benabadji devant une prison savoyarde

Dimanche 8 février, j'ai abordé un cycle d'émissions consacrées à la situation en France après le traumatisme des attentats du mois de janvier. Nous avons parlé d'un sujet qui a été très souvent évoqué dans les médias, celui de la radicalisation dans les prisons : Mohamed Merah, Mehdi Nemmouche, Cherif Kouachi et Amedy Coulibaly avaient ceci en commun d'avoir tous été incarcérés pour des délits graves ; on a donc dit que la prison avait été le lieu d'un basculement, d'abord dans l'intégrisme islamiste puis vers le djihadisme ; ce n'est peut-être pas aussi simple, par exemple le deuxième frère Kouachi n'avait pas été condamné.




Fraternité d'Abraham

Il y a beaucoup de témoignages de personnels pénitentiaires, qui avaient avant ces derniers attentats dénoncé ce qui se passait dans les prisons, et c'est pourquoi j'ai jugé urgent de faire parler un témoin, Foudil Benabadji. Il est président de l'Union des Familles de Culture musulmane, mais il fait surtout partie du Comité Directeur de la «Fraternité d'Abraham», où nous nous sommes connus ; cela témoigne de son idéal de dialogue et de paix entre les religions. Il est aumônier, visiteur des prisons, le plus ancien aumônier musulman de France et c'est à ce titre principalement qu'il a apporté son témoignage.
On sait que les statistiques ethniques ou religieuses n'existent pas en France, en même temps ne donner aucun chiffre c'est alimenter des fantasmes. Dire qu'il y a un pourcentage plus important de détenus musulmans que dans la population nationale, ce n'est pas du racisme dans la mesure où la délinquance prospère plutôt dans les populations pauvres que dans les beaux quartiers, et dans la mesure où les populations issues de l'immigration sont plus pauvres que les autres. J'ai donc demandé à Foudil Benabadji si une population carcérale musulmane comprise entre 50 et 60 % lui semblait proche de la réalité. Il m'a confirmé cette situation, en évoquant d'emblée les quartiers «difficiles», la fracture sociale et les  parcours difficiles qui génèrent leur lot de délinquants. Par contre, il a dit à notre radio qu'il n'était pas témoin d'un fort courant de conversion à l'islam en prison, comme on le lit souvent.
Islam en prison

J'ai ensuite évoqué le caractère précaire et non reconnu de la fonction des aumôniers des prisons qui ne touchent que des indemnités et ne cotisent pas pour leur retraite. C'est un véritable sacrifice que de s'engager là-dedans, et ma question était donc «pourquoi l'avez-vous fait ?» Foudil Benabadji a rectifié en disant que, lui-même retraité, avait une fiche de salaire mais très modique puisqu'il recevait 240 Euros par mois. Autre question importante, sur quels critères sont recrutés les aumôniers musulmans ? Aujourd'hui, il n'y a aucun cadre formel, ce sont des demandes spontanées qui ont donné naissance à leur corporation sans qualification préétablie. On sait qu'il n'y a pas de certification pour les imams assurant le culte dans les mosquées, et mon invité a confirmé que tout reste à faire aussi pour l'aumônerie.
Nous avons alors abordé la question générale de la situation dans les prisons, et j'ai donné une série de chiffres et de témoignages. Il y a 67.000 détenus actuellement. Le budget de la justice est l'un des plus faibles du monde développé, il représente 0,2% des dépenses publiques : d'où une surpopulation carcérale et des conditions de détention souvent lamentables. 
Aumônier en prison

De cette promiscuité résultent bien sûr des fortes pressions par les groupes dominants, comme on a pu le lire dans un article du journal Le Monde daté du 23 janvier : brimades infligées à ceux qui fument ou écoutent de la musique ; vives incitations à lire le Coran ; prières dirigées par des imams auto proclamés ; prosélytisme auprès des détenus les plus isolés. Foudil Benabadji a confirmé ces éléments qui sont fort inquiétants. Il a donné des chiffres précis : il y a 182 aumôniers musulmans, contre environ 600 chrétiens. Ce chiffre de 182 est lui même inférieur au total des prisons et centres de détention, autrement dit il y a des détenus qui n'entendent aucun «contre-discours» si des radicaux sont dans la place.
En plus, les aumôniers viennent au maximum deux fois par semaine, ils sont donc absents le plus souvent alors que des radicaux, Tabligh et Frères Musulmans peuvent occuper le terrain - on notera en passant que mon invité met en gros dans le même sac les différentes écoles intégristes. Lorsque j'ai évoqué le chiffre de 60 postes qui viennent d'être créés, il a jugé ridicule ce chiffre, car ces aumôniers entreront tous en fonction seulement au bout de trois ans, alors qu'à son avis il faudrait 450 postes le plus tôt possible.

Accompagnés d’un aumônier musulman, des membres du Secours islamique français, distribuent des colis de ramadan, aux prisonniers de Fleury-Mérogis


Je suis ensuite revenu sur le parcours de plusieurs terroristes responsables des derniers attentats. Mehdi Nemmouche avait été incarcéré à cinq reprises, et il avait même agressé une enseignante à coups de couteau. Amedy Coulibaly avait été condamné six fois à des peines de prison, pour vols à main armé, recel, trafic de stupéfiants, etc… Mohamed Merah avait été condamné à plusieurs reprises à de la prison pour vols avec violence. Autrement ils avaient tous d'abord basculé dans le grand banditisme, puis ensuite ils sont tombés dans l'islamisme radical. Les frères Kouachi, eux, se sont directement impliqués dans la filière djihadiste, sans passer par la case prison pour l'un d'entre eux. Est-ce que ce n'était pas d'abord des assassins en puissance, et qui ont trouvé le prétexte bien commode du djihad pour assumer un fantasme de toute puissance ?  Foudil Benabadji a confirmé mon analyse, en disant que les prisons héritent aussi, au départ, de personnes radicalisées. Les détenus sont condamnés pour d'autres motifs (drogue, prostitution, violence), mais ils peuvent être influencés par des détenus ayant déjà basculé.
Autre question : dans le fond, plutôt que faire des contre-discours d'aumôniers musulmans contre des recruteurs radicaux en prison, n'a-t-on pas plutôt besoin de psychologues pour détecter les profils dangereux ? Foudil Benabajdi pense qu'il faut des psychologues très pointus, pour s'occuper à la fois des radicalisés et des «radicalisables potentiels», aussi que des profils fragiles. La prison concentre la misère sociale, avec l'analphabétisme et l'absence d'intégration dans la société : chiffre effrayant, il y aurait dans certaines prisons un tiers de détenus présentant des profils psychiatriques !
Mon invité pense donc que le discours qui localise en prison le basculement dans l'islamisme radical est insuffisant. Il observe, depuis des décennies, comment ont évolué certains quartiers. Il est révolté par la situation de marginalisation de certaines cités - et là il reprend à son compte l'expression «d'apartheid» utilisée par Manuel Valls et qui a fait beaucoup de remous. Mais il est révolté aussi que cette violence terroriste soit un problème spécifique à une religion, en disant une vérité claire : «la Kalachnikov n'a pas parlé au nom des Chrétiens, elle n'a pas parlé au nom des Juifs, elle a parlé au nom des Musulmans. Nous avons enfanté des monstres, et nous avons à trouver des solutions».
Je lui ai alors demandé comment il expliquait cette situation : est-ce qu'on n'a pas tort, finalement, d'attribuer cette évolution à une cause unique en disant que c'est la faute à la propagande salafiste dans certaines mosquées ou sur Internet, ou que c'est en raison des compromissions de certaines municipalités, ou en dénonçant seulement l'absence de mixité sociale ? Foudil Benabadji a confirmé qu'il n'y avait pas une seule cause, et il a pointé du doigt l'ignorance dans les quartiers : manque de connaissance de l'islam réel ; prêches qui ne se font pas en français ; manque de connaissance de la laïcité. Il a dénoncé les élus qui donnent des subventions sans être très regardants sur les associations qui les reçoivent, et qui ne favorisent pas toujours l'intégration.
Mon invité a ensuite parlé des outils pédagogiques qu'il a développés pour contrer les discours inspirés par les Frères Musulmans ou l'Arabie Saoudite. Il a ainsi créé des grands panneaux sur le fait religieux, en rappelant, en particulier, la lignée abrahamique de l'islam, et la filiation avec les autres religions monothéistes, le judaïsme en particulier. Il amène avec lui ces panneaux dans les prisons, et il a aussi édité des brochures.
Foudil Benabadji fait aussi un travail remarquable en direction des jeunes, participant à plusieurs voyages à Auschwitz-Birkenau, accompagné de représentants juifs et chrétiens. Et il publie ces jours ci un ouvrage, «Quel avenir pour les Musulmans de France ? Un programme, un projet», aux éditions Publisud.

Lien pour l'émission sur Judaïques FM:

http://www.judaiquesfm.com/animateurs/3/corcos-jean.html



4 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Quand il s'agit de l'Islam, on peut parler de tout : trop ou pas assez de mosquées, trop ou pas assez d'imams, trop ou pas assez de ceci, trop ou pas assez de cela, mais il y a une chose dont on ne parle jamais : quand les Musulmans se décideront-ils à revoir leurs textes et à nettoyer leur Coran de toutes ces sourates qui appellent à l'élimination de l'Autre ?Mar

Claude a dit…

... D'accord avec Marianne !
..Et en dehors de ses beaux discours sur ce ton péremptoire qu'elle sait manipuler merveilleusement, que fait la Garde des "sots" ????
Claude

Véronique ALLOUCHE a dit…

Nous avons enfanté des monstres, et nous avons à trouver des solutions».
....et comme à l'habitude, c'est donc une fois de plus la France qui est la grande responsable....
Pardonnez-moi mais avant l'entrée en prison de ces "jeunes gens", il y a l'entrée à l'école de la république qui à preuve du contraire, est obligatoire.
Et c'est d'abord dans l'univers scolaire que la laïcité s'apprend et se respecte. C'est en premier lieu à l'école que l'intégration se fait.
Vous parlez de la misère humaine dans les cités comme si elle ne touchait que la population musulmane, ce qui pour ainsi dire excuserait leurs méfaits. Hélas la misère humaine n'a pas de frontières, elle touche également les français de souche.... Et bien d'autres communautés étrangères sans pour autant que ces dernières portent atteinte à la vie d'autrui.
Cordialement
Véronique Allouche

Kahazara a dit…

Bonjour
Dans cette phrase "... nous avons enfanté des monstres, et c'est à nous de trouver des solutions", et contrairement à Véronique, je n'ai pas compris nous = France mais, nous = musulmans. Par opposition aux chrétiens et juifs de la 1ere partie de la phrase.
Qu'a-t'il voulu dire ? Les 2 interprétations ont des implications bien différentes.