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dimanche 1 février 2015

ÉLECTIONS EN ISRAËL : LES JEUX NE SONT PAS FAITS



ÉLECTIONS EN ISRAËL : LES JEUX NE SONT PAS FAITS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



          Les sondages se suivent avec peu de résultats divergents, mettant parfois la gauche en tête ou en revanche le Likoud au sommet. Il faut se rendre à l’évidence que le résultat est très serré et que les outils des sondeurs ne permettent pas de chiffrer les résultats avec une erreur inférieure à 2%. Les deux forces politiques principales sont au coude à coude et aucun élément dramatique ou économique n’est venu perturber la décision première des électeurs. Il reste encore beaucoup d’indécis qui fixeront leur vote à la dernière minute. Le camp sioniste du centre gauche conduit par Isaac Herzog et Tsipi Livni et le camp de droite représenté par le Likoud de Benjamin Netanyahou avoisinent les 25 députés avec une fourchette de 24 à 27 députés dans une Knesset qui comporte 120 députés.


Sondage du 30/1/15

Listes définitives



Les listes ont été closes le 30 janvier (*) au soir tandis que la campagne électorale va pouvoir débuter avec ses excès, ses esbroufes et ses incertitudes. On aurait pu croire que l’incident grave à la frontière nord qui avait entraîné la mort de deux soldats de Tsahal aurait pu inverser les résultats des sondages. En effet, l’opinion a tendance à virer à droite lorsque des attentats sont perpétrés ou lorsque la sécurité du pays est engagée. Il n’en a rien été car le Hezbollah et Israël ont calmé le jeu en estimant que chacun avait soldé la note soit par l’élimination de terroristes iraniens et libanais soit par des tirs sur un véhicule léger de Tsahal.
Ce qu'il nous faut c'est une bonne brise et une mer calme

Il n’y a eu aucune volonté d’aggraver la situation. Les deux parties n’ont aucun intérêt à la poursuite des hostilités, chacun pour ses propres raisons. Le gouvernement israélien et sa coalition ont été fragilisés par la sortie de Yaïr Lapid et Tsipi Livni de la coalition alors que le Hezbollah n’est pas disposé à ouvrir un troisième front après le front syrien et le font libanais contre les miliciens de Daesh. Il faut savoir gré aux politiciens qui n’ont pas exploité la mort de deux soldats à des fins électorales ou politiciennes.

Netanyahou en difficulté

Benjamin Netanyahou sent que sa situation politique est incertaine contrairement à celle de 2013 où le résultat était pratiquement acquis. Il est abandonné par ses principaux alliés d’hier qui veulent faire cavaliers seuls parce qu’ils savent que leur moment est venu d’être calife à la place du calife. Il aurait bien voulu rééditer la manœuvre efficace de 2013 lorsqu’à quelques jours du scrutin il avait sorti de son chapeau l’alliance avec les nationalistes d’Avigdor Lieberman afin s’assurer sa désignation comme premier ministre en tant que chef d’un parti arrivé en tête.
Benny Begin

Alors il a jugé judicieux de ramener à lui les nationalistes du Likoud en attribuant à la veille de la clôture des listes, sans passer par les primaires, une place éligible à Benny Begin, symbole du retour aux fondamentaux du Likoud. Il a aussi tenté de convaincre son ancien bras droit et dissident du Likoud Moshé Kahlon de fumer le calumet de la paix pour constituer une liste unique qui avait toutes les chances de dépasser toutes les autres listes. Il avait même proposé à la célèbre journaliste du Jerusalem Post, Caroline Glick, de figurer sur sa liste à une place éligible mais elle n'a pas estimé devoir donner suite à cette proposition pourtant alléchante.  
Moshe Kahlon
Il avait pour cela assuré à son éventuel colistier le ministère des finances qui lui avait été refusé en 2013 et même le poste de vice-premier ministre. Il lui a même offert neuf places éligibles pour ses amis dans la nouvelle liste commune. Le refus de Kahlon augmente les incertitudes du premier ministre qui se voit relégué au rang de candidat lambda. Et pourtant Kahlon, dont les convictions dépassent l’ambition, n’est pas assuré d’obtenir, selon les sondages, plus de huit députés.
Le camp des sionistes religieux de Naftali Bennett péche par trop d’assurance. Pourtant rien n’est jamais acquis et  il a dû en faire l’amère expérience. Il croyait surfer sur sa victoire éclatante de 2013 et sur la faiblesse d’un premier ministre usé. Les sondages le mettaient au firmament avec une sérieuse chance d’être le vrai gagnant des élections. Mais dans l’euphorie il n’a plus contrôlé ses paroles et ses décisions. Il a eu la maladresse de proposer une place éligible à une vedette du football, Eli Ohana du Betar Jerusalem, pensant  se donner une image populaire. 

          Il avait oublié que son parti, bâti sur les ruines du Parti National religieux, était un parti de militants croyants adoubé en force par les habitants nationalistes des implantations de Cisjordanie. La candidature d’un footballeur sans expérience politique le desservait et déroutait ses militants purs et durs qui comprenaient mal l’ouverture recherchée auprès des laïcs, voire des séfarades. Par ailleurs la création d'une liste à l'extrême droite lui enlève les voix des nationalistes les plus irréductibles. Le résultat s’est immédiatement fait sentir avec une baisse drastique dans les sondages à 12 députés au lieu des 16 actuels.
Le centriste Yaïr Lapid ne décolle pas et il n’a aucune chance de retrouver ses 19 députés de cette dernière législature. Pourtant il avait bâti un programme sérieux avec des candidats de talent. Mais il est tombé dans le piège que lui avait tendu Netanyahou en acceptant le ministère des finances où il a montré peu de compétence et où il n’a pu réaliser aucune réforme majeure. Il s’est brûlé les doigts en perdant toute crédibilité auprès de ses électeurs. Sa liste sans grand changement, comportant le général Stern transfuge du parti de Tsipi Livni, peut compter sur l’élection de seulement neuf députés, tout juste pour permettre à son parti centriste de devenir un parti charnière.

Des petits partis charnière

Le parti d’extrême-gauche Meretz stagne à cinq ou six députés. Ses positions considérées trop pro-palestiniennes ne lui laissent aucune chance de progresser au-delà de ses militants inconditionnels. Mais il rêve d’entrer dans une coalition du centre gauche espérant ainsi influer sur les questions sociales et sur le processus de paix israélo-palestinien moribond. 

Le conflit entre les deux leaders orthodoxes séfarades du Shass, Elie Yshaï et Arie Dhery, a fait éclater le parti avec le risque de lui porter un coup fatal puisqu’il dégringole de 11 députés à 7. Son seul espoir reste de devenir un renfort pour une gauche gagnante avec qui il se sent proche en raison de ses convictions économiques. Il n’envisage pas d’entrer dans un gouvernement dirigé par la droite qui, selon lui, a abandonné les populations défavorisées constituant le socle du parti.

Le grand perdant reste Avigdor Lieberman, touché par les révélations de corruption visant son parti. Empêtré dans les problèmes judiciaires de plusieurs membres d’Israël Beiteinou, il a été abandonné en masse par ses amis historiques. Une liste rénovée, faite de candidats inconnus, ne lui permettra pas de retrouver sa splendeur de 2013 puisqu’il passe pour l’instant de 13 à 5 députés avec le risque persistant de passer en dessous du seuil fatidique de 4 députés autorisant un parti à intégrer la Knesset.
Candidats arabes

Les trois partis arabes ont le mieux assimilé la nouvelle situation en présentant un front uni qui leur assure de passer à 11 ou 12 députés, voire plus, leur donnant ainsi le rôle d’arbitres dans la constitution d’une nouvelle majorité. Ils risquent d'être les gagnants de cette élection. Certains israéliens jugent que ce serait un comble que les Arabes puissent décider de l’existence ou de l’avenir d’une majorité étriquée.

Début de campagne électorale

La situation électorale n’est pas figée puisque les partis entrent à présent en campagne avec l’originalité en Israël des nombreuses réunions dans les appartements privés où le bouche à oreille reste l’élément déterminant. Les partis terminent de peaufiner leur programme top axé sur un passé stérile et sans une  véritable vision de l’avenir parce qu’ils n’arrivent pas à mobiliser les jeunes, souvent considérés comme des alibis dans leurs listes. L’existence d’une nomenklatura inamovible hante encore les esprits des électeurs.
Stav Shaffir

Des exceptions existent pourtant puisque, la semaine dernière, la Knesset avait vibré au discours de trois minutes de la jeune députée travailliste Stav Shaffir. Avec un physique de passionaria, des convictions fortes et un cri du  cœur qui avait résonné dans l’enceinte de la Knesset, elle avait ému son auditoire accroché au son de ses lèvres tremblantes : «Vous avez oublié le Néguev et la Galilée pour transférer 1,2 milliards de shekels aux implantations. Vous avez oublié Israël. Vous avez perdu le sionisme depuis un certain temps déjà». C’est cette fougue qui manquait aux tenants du pouvoir qui ne s’appuyaient que sur des militants usés, presque robotisés.
Zeev Jabotinsky

Effectivement le parti travailliste avait perdu son sionisme pionnier et seuls des jeunes pouvaient raviver cette flamme presque éteinte parce que selon Stav «la loi était détournée et l’idéologie corrompue». Mais l’époque moderne n’aime plus les idéologues qui savaient remuer les foules avec leurs certitudes au point de réunir dans un même pays des Juifs aussi divers que le pragmatique Ben Gourion, l’extrémiste Jabotinsky, le laïc Nordau et le religieux Kalisher dans une œuvre commune au service d’Israël.

Religieux et laïcs

Aujourd’hui la dichotomie existe entre religieux et laïcs. Le sionisme est périmé parce qu’il ne s’est pas modernisé pour se vivifier. Il a perdu le sens profond du travail parce qu’il est devenu un mouvement pragmatique et matérialiste où l’argent est roi. Il ne retrouve plus sa volonté messianique qui avait inventé une patrie diverse ouverte aux Juifs du monde entier. D’un État pour les Juifs, Israël se transforme par la volonté des nationalistes religieux en État juif. Les nouveaux gouvernants ont échoué à trouver des solutions originales aux questions difficiles économiques et sécuritaires parce qu’ils regardent sans cesse, dans le rétroviseur, les échecs  du passé.

L’existence de vingt-six de listes montre que le pays est trop divisé. S’il ne revient pas aux fondamentaux qui ont aidé à sa création, il ira en déliquescence. On compte le nombre de sièges de députés sans voir réellement autour de soi la misère qui gangrène des populations soumises au matraquage de la nouvelle société égoïste qui a perdu le sens de la solidarité. Penser à droite ou à gauche relève d’une notion anachronique lorsque l’homme est au centre des problématiques. La religion a pris trop d’espace dans le quotidien israélien. Si elle est indispensable pour donner une identité majoritaire au pays et à ses habitants, elle doit rester à l’écart de la vie politique et les dirigeants doivent éviter de croire que leur main est guidée par la puissance céleste. La seule certitude reste que l'on ne peut pas désigner aujourd’hui le parti gagnant.

(*http://benillouche.blogspot.co.il/2015/01/liste-electorales-definitives.html

4 commentaires:

David SILICE a dit…

Je me répète : si la gauche veut gouverner, elle devra s'allier aux partis arabes. Livni et Zoabi dans un même gouvernement, vous y croyez sérieusement?

Jean Corcos a dit…

Excellente synthèse, Jacques ... hélas, cela n'incite guère à l'optimisme !

Marianne ARNAUD a dit…

"Les trois partis arabes ont le mieux assimilé la nouvelle situation..."
Se pourrait-il qu'en Israël aussi il puisse se jouer un scénario à la Houellebecq ?

andre a dit…

Pourquoi les gouvernements successifs se sont-ils si peu préoccupés du Neguev et de la Galilée? Pourquoi ont-ils financé les implantations en Cisjordanie, territoires disputés ? Pour conquérir les suffrages des religieux qui ne veulent pas revenir sur les lignes du cessez le feu de 1967? Serions nous en paix aujourd'hui avec les palestiniens si on était resté en deçà ?
Les électeurs israeliens ont-ils eu tout faux en écartant du pouvoir la gauche désespérante de naïveté ?