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samedi 13 décembre 2014

LES ÉLECTIONS SE JOUERONT SUR L’ÉCONOMIE



LES ÉLECTIONS SE JOUERONT SUR L’ÉCONOMIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            Ce texte reprend l’intervention à la soirée du 10 décembre 2014 «Décryptages de la vie publique en Israël» organisée par l’association Francophonia Israël, dirigée par Me Johann Habib, dans la grande salle de l’Hôtel de Ville de Tel-Aviv. Sous le parrainage de la Fédération Israélienne Francophone, présidée par le Dr Jo Zrihen, plus de 80 francophones ont assisté à l’événement animé par Emmanuelle Adda entourée des journalistes Stéphane Amar, Gérard Benhamou et Jacques Benillouche.



Sauf incidents ou attentats provoqués par les Palestiniens, les élections israéliennes de mars 2015 se joueront sur les problèmes économiques et moins sur les questions sécuritaires. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un renversement de tendance comme en mai 1996, lorsque Shimon Pérès, donné gagnant par tous les sondages, avait été battu de justesse par le candidat du Likoud, Benjamin Netanyahou, qui avait recueilli 50,5 % des voix. 
En effet quatre  attentats-suicides à Jérusalem, Ashkelon, et Tel Aviv, revendiqués par le Hamas, avaient poussé les électeurs à choisir les candidats de droite, censés être plus favorables aux questions de sécurité. Peres disposait alors d’une confortable avance de 20% dans les sondages au début de 1996. Mais la vague d'attentats-suicides ayant fait 18 morts à Jérusalem et 59 morts au Dizengoff center de Tel-Aviv avaient gravement endommagé ses chances électorales.


Administration des terres



La question de la construction de logements est le premier problème récurrent dans plusieurs pays. La Chine vient de passer à la première place des économies mondiales, avant celle des États-Unis. Mais les experts ont constaté que ce ne sont pas les productions textiles ou électroniques qui ont boosté la Chine mais le volume des constructions dans le pays. On retrouve ainsi le dicton : quand l’immobilier va, tout va.  Le manque de logements pour les jeunes couples israéliens avait déjà été soulevé lors de la révolution des tentes de 2011 mais rien n’a été entrepris depuis. Pourtant des solutions simples existent puisqu’elles ont été expérimentées dans les années 1960/70.  
Pour protéger le patrimoine foncier du pays,  97 % de la terre est entre les mains de l'État selon un principe inattaquable. Une loi de 1960, toujours en vigueur, stipule que «la propriété de la terre d'Israël est la propriété de l'État, de l'Autorité de développement ou du Fond national juif ; elle ne peut être transmise que ce soit par une vente ou de toute autre manière que ce soit». Concrètement, les propriétaires d’habitations ne sont en fait que locataires du terrain avec un bail de 49 ans renouvelables par l’Administration des Terres d’Israël. Cet organisme détient les clefs de l’immobilier et peut faire frémir la vie politique à tel point que, lors du départ fracassant de Moshé Kahlon du Likoud, Benjamin Netanyahou voulait le nommer à sa tête.

Logement sociaux

Moshe Kahlon avait mesuré l’étendue des dégâts occasionnés par une politique ultra-libérale. Sa nomination, refusée par le Likoud, avait pour but de réduire considérablement les coûts des logements pour les citoyens d'Israël, et en particulier pour les jeunes couples et les anciens combattants. La situation de la construction empire et la politique choisie fait gonfler les prix de manière drastique. En effet de janvier à juin 2014, les projets de constructions ont diminué de 7% alors que les besoins sont en hausse. Pour les experts de l’immobilier en Israël, le ralentissement des mises en chantier est le résultat de la politique hésitante du gouvernement en ce qui concerne la baisse de la TVA.
Vieilles constructions

Pourtant les solutions existent et ont déjà été testées dans le passé. Dans les années 1970, un grand secteur public cohabitait avec le secteur privé. Les sociétés de construction de la centrale syndicale Histadrout, Amidar par exemple, recevaient gratuitement le terrain de l’État pour y construire des logements confortables à bon marché, de type HLM amélioré, constitués de deux chambres et un séjour pour une surface de 70 m². Cet espace permettait aux jeunes couples et aux nouveaux immigrants de démarrer dans la vie dans le cadre d’une location à un prix inférieur aux prix des logements privés du fait de l’incidence du coût du terrain. Par ailleurs, une option d’achat s’ouvrait à eux, après quelques années, avec l’avantage que les loyers versés venaient en déduction du prix de vente. L’accession à la propriété était facilitée alors que nous vivons aujourd’hui dans le tout libéral.
Le gouvernement peut à nouveau exploiter cette solution en mettant sur le marché de nouveaux terrains à bâtir offerts gratuitement par l’État à des constructeurs sociaux pour créer des zones de peuplement en Israël. S’agissant des constructions privées, une loi pourrait imposer de réserver les deux premiers étages dans les tours, les plus difficiles à vendre, pour la construction de petits logements à prix réduits réservés aux jeunes couples pour un premier logement avec, pour éviter les spéculations, de ne le vendre qu’à un autre jeune couple.

Bijoux de famille
Fermeture de l'usine de mouchoirs et de nappes à Arad


Le libéralisme à outrance peut coûter au pays certains fleurons industriels avec à la clef une délocalisation de la production à l’étranger. Certains investisseurs étrangers ne sont traversés que par la seule idée de la rentabilité à outrance. La plus grande usine chimique d’Israël située à Ashdod a été vendue aux Chinois avec le risque de la dépouiller de ses brevets plus innovants. À Dimona et à Mitspeh-Ramon, de nombreuses chaînes de production textile ont déjà fermé ou sont en voie de liquidation, mettant à la rue de nombreux ouvriers au chômage.
Haute Galilée

Mais certains experts, peu proches des gauchistes, préconisent d’orienter d’abord les investissements vers le développement industriel de la Galilée et surtout du Néguev. La Galilée, qui a d’immenses espaces inexploités, est devenue une terre minoritaire en habitants juifs. La nécessité impose d’y construire une ou deux nouvelles villes, avec structures universitaires et industrielles, pour rééquilibrer la région. Un ministère avait même été prévu à cet effet mais les fonds ont tous été orientés vers d’autres régions, surtout au-delà de la ligne verte.

Alors à la veille des élections, des politiques s’aperçoivent tardivement qu’on laisse en Israël les usines fermer les unes après les autres parce qu’il fallait satisfaire les intérêts d’une minorité avide qui brade les intérêts des millions d’israéliens. Les tissus industriels israéliens s’appauvrissent, le nord et le sud du pays se désertifient, les populations montent vers le centre du pays mais le gouvernement tient bon face à sa politique nationaliste.  Certains sont tellement occupés à soigner leur électorat que, hormis les préoccupations dans les territoires, toutes les autres questions, pourtant centrales du pays, n’entrent pas dans leur stratégie. La sanction de l’électorat risque de tomber de manière radicale.

Tva et gaz

Le coût de la vie augmente en Israël. Selon les statistiques il a doublé en dix ans alors que dans le même temps les salaires ont stagné. Le premier ministre a bien proposé de supprimer la tva sur les produits de première nécessité, dont la liste est limitée : "C'est un avantage dont bénéficieront des millions de personnes. Il s'agit d'un besoin de base pour les gens: du pain, du lait, des œufs... C'est de la justice sociale!". Mais une solution plus générale et plus efficace consisterait, comme en France, à baisser le taux de tva à 7% sur tous les produits alimentaires, en contrepartie d’une hausse sur les autres produits à 20%. Cette baisse de 11% de la tva, et donc des prix des produits de première nécessité, aiderait certainement les classes défavorisées dans la gestion de leur budget.

La gestion des recettes du gaz doit être amendée. Découverts à 130 kms au large de Haïfa, les puits ont commencé à produire et devraient couvrir à terme 70% des besoins en électricité. Bien que la production soit gérée par des groupes privés, l'État prélève environ 50% du chiffre d'affaires réalisé. Benjamin Netanyahou, avait été fortement critiqué parce qu’il n’avait pas voulu utiliser les revenus du gaz pour réduire les inégalités sociales qui sont fortes, préférant les mettre dans un fonds d'épargne investi à l'étranger pour couvrir une situation exceptionnelle éventuelle. Il aurait dû s’inspirer de l’exemple norvégien qui engrange, depuis 1990, la moitié des revenus générés par le pétrole dans le Fonds pétrolier de Norvège investi à l’étranger et l’autre moitié pour les besoins économiques de sa population.
La situation critique actuelle devrait permettre d’utiliser une partie de ces revenus pour aider les classes défavorisées israéliennes.  Une marge importante existe encore pour augmenter les dépenses de l’État en laissant filer les déficits du budget. L’ancien ministre des finances, le centriste Yaïr Lapid, avait précisé que: «le déficit public se monte aujourd’hui à 2,5% du PIB, soit en dessous de l’objectif fixé à 3% par le gouvernement et les principaux pays européens; ce qui fait que nous avons encore une marge pour faire face aux coûts du conflit».

Monopoles


Magnats israéliens

Après avoir réussi à fonder une dynastie d’oligarques qui ont profité de l’aubaine des privatisations, Israël doit s’attaquer à présent à leur pouvoir exorbitant.  Dans l’ordre de leur richesse, les dix familles Ofer, Wertheimer, Arisson, Techouva, Khan, Saban, Federman, Zevledovitz, Steinmetz et Levaïev avaient touché le jackpot. Il est vrai que les privatisations se sont déroulées en Israël de manière transparente et sous contrôle d'une autorité de régulation indépendante.
Mais cela a entraîné qu’une dizaine de familles gère à présent l’économie israélienne. Trois gros distributeurs se partagent 60% de la grande distribution avec Supersol qui contrôle à lui seul 40% du marché, imposant ainsi les prix des denrées et les bas salaires de son personnel. Cette pénétration n'a nul équivalent dans les pays occidentaux. Le premier distributeur français sous l’enseigne des Centres Leclerc détient 17% du marché hexagonal, tandis que Wal-Mart contrôle 20% de la distribution au U.S.A et Tesco 25% au Royaume-Uni.
Pour asseoir leur puissance, les groupes ne se contentent pas d’une activité unique mais ils se diversifient dans tous les domaines, élargissant ainsi leur monopole sur plusieurs secteurs économiques. Le groupe Dankner, qui a conclu en 2010, un accord d’investissement avec deux nouveaux associés du Qatar et d’Arabie Saoudite, vient de prendre une participation dans Carrefour. Mais il contrôle d’autres groupes économiques dans le bâtiment, Azorim, dans les assurances, Clal, et dans les télécommunications, Cellcom. Il n’existe pas en France de situation qui verrait une seule entité avoir mainmise à la fois sur les hypermarchés Carrefour, Leclerc et Intermarché, les groupes Bouygues, Axa et l’opérateur SFR. 
Les revenus de ce groupe se comptent en milliards de dollars sans que la classe moyenne israélienne n’ait profité de cette manne. L’industriel Haïm Saban contrôle la téléphonie Bezeq, l'opérateur mobile Pelephone, et le réseau de télévision YES. Le marché de l’essence est partagé entre Delek contrôlé par Itzhak Tshouva, Sonol par les frères Borovich, et Dor-Alon par David Wiessman.

Deux banques possèdent le monopole de la stratégie bancaire dans un pays où les petites entités financières font pâle figure. Le groupe Arisson contrôle la première banque israélienne, Bank Hapoalim, avec 40% du marché bancaire laissant la deuxième banque, Bank Leumi, loin derrière, avec 20%. Par comparaison, les groupes BNP-Paribas et Société Générale détiennent ensemble à peine 32% du marché en France. Ce monopole bancaire explique d’ailleurs le taux élevé des prélèvements appliqués pour chaque opération banale.

Les problèmes économiques seront à la base des choix des électeurs. C’est ce qui a poussé des dirigeants du Likoud à s’éloigner de leur parti. Moshé Kahlon a créé Kulenou. Avigdor Lieberman a rompu son alliance de liste avec le Likoud. Le parti orthodoxe Shass risque d’imploser avec ses deux composantes de droite et de gauche. Et enfin les centristes lorgnent avec intérêt vers une alliance électorale avec les travaillistes. L'élection de 2015 est totalement ouverte et nul ne peut se prévaloir aujourd'hui d'une victoire certaine. 

2 commentaires:

Avraham NATAF a dit…

Bon article bien détaillé; les élections se joueront peut être sur les conditions sociales, L’économie mondiale ne va pas bien. La chute du prix de pétrole, l’immobilier surévalué,les emprunts plus difficiles , le Qatar, devient prudent, refuse les livraisons d' Airbus 350. L’économie n'est pas un casino, il faut deviner les tendances et planifier. Nathanhyou a permis l'achat de réussites israéliennes à des intérêts chinois.La terreur attendra le résultat des élections pour se manifester.

Johnny Claude GERMON a dit…


Mon cher Jacques excellent article , hormis les monopoles des 10 familles qui sont innommables dans ce pays très important est le déficit de population juive en Galilée et dans le neguev . Des villes nouvelles avec des zones d activités nouvelles pourraient naître qui ne sont pas idéologiques mais économiques sans contestation possible . J espere que les palestiniéns ne fausseront pas ces élections par des attentats , qui feraient que le sujet deviendrait exclusivement sécuritaire . La vie dans ce pays est trop chère , même prix qu en europe avec des salaires moindres cela va devenir intolérable .