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jeudi 4 décembre 2014

LA MALÉDICTION DES ÉLECTIONS EN ISRAËL



LA MALÉDICTION DES ÉLECTIONS EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            
Knesset 2013

          La décision a été prise ; les élections anticipées auront lieu le 17 mars 2015. Cette législature n’aura duré que deux ans.  Depuis 2003, ce sera la plus courte durée d’une Knesset puisque les élections précédentes ont eu lieu en 2006, 2009 et 2013. Jamais, depuis une décennie, la Knesset n’aura été au bout de son mandat. L’instabilité gouvernementale, qui rappelle celle de la IVème république française, est due aux mêmes causes : le système électoral à la proportionnelle intégrale ne permet pas de faire émerger une majorité capable de gouverner dans la durée. Il est vrai que la coalition de 2013 s’était en plus distinguée par son côté hétéroclite et par la cohabitation de fortes têtes politiques qui se neutralisaient mutuellement.


Sondages au firmament


        Le premier ministre surfe sur les sondages qui le placent en tête, mais il s’agit d’une image ponctuelle qui évolue tous les jours. Nul ne peut être certain que la victoire est au bout du processus tant que les urnes ne sont pas ouvertes; d’autres se sont brûlés les doigts à vendre la peau de l’ours. L’électorat israélien, volatil et capricieux, peut encore évoluer en fonction des listes présentées et des têtes d’affiche. Mais la résignation n’est pas une qualité en politique sinon elle n’aurait pas permis à Menahem Begin de gagner les élections en 1977, contre toute attente.
Moshé Kahlon

Le scrutin de mars 2015 pourrait, lui aussi, apporter ses surprises car Benjamin Netanyahou n’est pas inamovible ; il prend des habitudes de monarque avec ses certitudes et son assurance. Ses plus proches collaborateurs ont quitté le parti pour ne pas subir sa pression autoritaire et sa méthode fondée sur des illusions. Guidéon Sar et Moshé Kahlon en sont les prototypes les plus parfaits après avoir été, chacun, l’alter ego du premier ministre. Ils ont exigé des reformes concrètes qu’ils n’ont pas pu réaliser car elles mettaient en danger la stabilité de la coalition. Réouven Rivlin a lui aussi pris ses distances depuis qu’il a été nommé président de l’État après avoir vu sa candidature rejetée par le premier ministre. En fait le Likoud a tout fait pour perdre ses étoiles montantes qui risquaient de faire de l’ombre au chef suprême.
Les listes ne sont pas encore constituées et la recomposition du paysage politique est en marche mais rien n’est immuable car Netanyahou a agrégé contre lui des rancœurs qui  déstabilisent son électorat. La prophétie de sa réélection est sur toutes les pages des journaux. «Quand les prédictions s'effondraient, la prophétie restait le seul espoir» avait écrit Albert Camus. Mais des corrections à la prophétie sont nécessaires si l’on veut éviter des proclamations instinctives mues par l’aveuglement idéologique ou par l’animosité personnelle. Il est courant pour les élus de changer leur fusil d'épaule une fois qu'ils entrent en fonction, abandonnant le discours incendiaire de la campagne électorale pour une dialectique plus consensuelle.

L’illusionniste

Jabotinsky

Netanyahou pense être seul à suivre les enseignements du nationaliste Ze'ev Jabotinsky, en se montrant dévoué à la terre d'Israël et aux valeurs de la démocratie libérale. Il a oscillé entre une position de faucon, de pragmatique, et d’ultra-libéral convaincu malgré la crise. Ces fluctuations ont confirmé l’appellation que lui donnaient ses détracteurs au début de sa carrière : «L'illusionniste». Mais il devra à nouveau réussir son opération de séduction auprès d’un l'électorat atteint de mélancolie parce que la situation diplomatique et stratégique d’Israël n’a jamais été aussi détériorée. Il avait lui-même manifesté son inquiétude à l’occasion d’une récente réunion de son cabinet en martelant la table avec colère : «Notre situation dans l’arène internationale est difficile. Je suggère que nous soyons tous prudents dans nos projets de construction dans les implantations».

Netanyahou a épuisé le capital international de bienveillance ; le vote de reconnaissance de l’État palestinien à l’assemblée française en est l’exemple douloureux. Malgré cela, il ne semble pas vouloir envisager un changement de tactique dans le processus de paix alors qu’Israël rencontre des problèmes sur tous les fronts. La détérioration de l’environnement politique et militaire du Moyen-Orient lui impose de rechercher de nouveaux alliés potentiels parmi les pays arabes après avoir perdu son allié de longue date, la Turquie. La perte du soutien européen combiné au désengagement des États-Unis laisse présager des nouvelles difficultés à venir.

Sa détermination à combattre l’Autorité palestinienne pose la question de la stratégie à adopter à son égard sachant que deux scénarios peuvent être envisagés. L’Autorité peut soit s’effondrer sous les coups de butoir israéliens, soit être renversée par un soulèvement islamiste prévisible si aucune avancée politique n’est en vue. Dans les deux cas, Israël serait contraint de réoccuper la Cisjordanie au prix d’un grand effort financier au moment où la situation économique connaît des ratés et au prix d’une détérioration encore plus grave de l’image internationale d’Israël.

Opposition laïque

Les nouvelles élections ne changeront pas Netanyahou car il a le cuir politique bien tanné. À la rigueur il cherchera à gagner du temps, quelques semaines ou quelques mois avant d’inventer un nouveau tour de passe-passe. Mais il devra affronter une opposition laïque organisée autour des nationalistes d’Avigdor Lieberman et des travaillistes d’Isaac Herzog en passant par les centristes de Yaïr Lapid et Tsipi Livni. Israël est déjà habitué aux  bouleversements politiques majeurs comme celui de 1977, avec l’arrivée de la droite au pouvoir après 29 années de gouvernance à gauche.
Les sondages ponctuels, qui placent Netanyahou en tête, ne tiennent pas compte de la lassitude de la population israélienne. Ils s’expliquent parce qu’aucune personnalité charismatique ne peut rivaliser pour l’instant avec lui. Le centriste Yaïr Lapid a eu le tort d’accepter le poste de ministre des finances qui l’a décrédibilisé parce qu’il n’en avait pas la compétence. Il s’est cramé de lui-même. Tsipi Livni s’est déconsidérée le jour où, gagnante des élections en 2009, elle n’avait pas eu le courage de gouverner avec une équipe minoritaire en attendant que d’autres la rejoignent. Le travailliste Isaac Herzog, un fils de, n’a pas de charisme et a été terne au poste de chef de l’opposition.

Certes la situation sécuritaire d’Israël a poussé l’électorat vers les thèses de la droite dure tout en abhorrant les religieux orthodoxes qui se préparent à nouveau à arriver aux affaires comme appoint à une majorité Likoud étriquée. C’est le paradoxe d’Israël, pays moderne de haute technologie, codirigé par des anachroniques qui nous ramènent un siècle en arrière. Le retour des rabbins au pouvoir pourrait faire réfléchir les tenants d’une société laïque car le mélange extrême-droite et orthodoxes pourrait freiner l’évolution économique et moderne d’Israël.

Lassitude

Netanyahou devra surmonter la lassitude des électeurs face à une présence discontinue au pouvoir pendant un quart de siècle. Les Israéliens souhaitent un rajeunissement des cadres, une nouvelle pointure politique qui saurait s’affirmer face à lui.  Cette lassitude s’exprime d’ailleurs par une baisse des opinions favorables de 77% au plus fort de la guerre de Gaza en août à 38% actuellement. Ces sondages ne sont pas significatifs sur le plan politique d’autant plus que la droite se déchire et que les opinions favorables fondent à mesure que les électeurs se réveillent de la torpeur de la guerre.

La rivalité est exacerbée entre le sioniste religieux Naftali Bennett et le nationaliste Avigdor Lieberman qui a mis de l’eau dans sa vodka en présentant un programme original de négociations avec les Palestiniens. Ce dernier lorgne vers les centristes et les travaillistes pour constituer une coalition crédible censée renvoyer Netanyahou dans ses foyers. Il pourrait faire appel aux déçus qui ont quitté le parti alors qu’ils représentaient l’avenir du Likoud. L’ancien ministre populaire des communications, Moshe Kahlon, d’origine libyenne et de sensibilité de gauche, peut compter sur un réveil des couches séfarades défavorisées qui ont été les victimes économiques du gouvernement Netanyahou. Le scrutin se jouera sur les problèmes économiques comme en 1977 lorsque Begin avait agrégé autour de lui les populations séfarades, victimes de discrimination.
Youval Diskin

La sécurité du pays restant la pièce maîtresse de la politique israélienne, les anciens généraux, opposants notoires à Netanyahou, sont courtisés pour apporter leur caution d’experts dans la défense du pays. Youval Diskin ancien chef de la sécurité intérieure, le Shin Beth, et Amos Yadlin ancien chef du renseignement militaire sont disponibles à gauche ou au centre pour consolider l’équipe des experts sécuritaires. Ils pourraient arracher des voix au Likoud. Ces nouvelles têtes inciteraient les électeurs à se rendre aux urnes alors que le taux d’abstention est très élevé en Israël. Certains ont déjà prévenu que leur bulletin de vote servirait à marquer leur désapprobation devant le manque de mesures consécutives à la révolution des tentes de 2011.
Députés arabes israéliens

Les partis arabes émiettés en trois listes disposent de 11 députés mais ils songent à se regrouper pour influer sur la politique israélienne. Leur score pourrait s’améliorer par une union pour compenser le poids des Juifs dans les territoires. Il n’est pas impossible que les Américains interviennent en sous-main pour favoriser les hommes qui pourraient renouer avec les États-Unis après des années de relations glaciales avec Barack Obama. Leur influence pourrait jouer en faveur de certains candidats pro-atlantistes.
Un seul élément pourrait influer sur le résultat, l’attitude des Palestiniens qui ne portent pas dans leur cœur Netanyahou jugé intransigeant. Tout trouble ou attentat conséquent  durant les élections rejaillirait sur les questions sécuritaires et basculerait à droite la majorité des Israéliens. L’Iran qui tient à améliorer ses relations avec les États-Unis demandera certainement au Hamas et au Hezbollah de calmer leurs ardeurs pour faire battre le premier ministre actuel.
Bref la défaite de Netanyahou pourrait s’imposer si les Israéliens décident de choisir le candidat qui les sortirait de l’isolement international actuel, qui les rapprocherait des Juifs américains qui ont commencé à prendre leurs distances avec Israël, qui réactiverait le dialogue avec les Arabes et le processus de paix moribond et qui s’occuperait sérieusement des classes défavorisées. Le dernier sondage montre un réajustement des résultats. Certes le Likoud resterait en tête avec 23 mandats, suivi par le HaBayit Hayehudi avec 17 sièges. Les Travaillistes et Israël Beiteinou obtiendraient chacun 12 députés, Yesh Atid de Yaïr Lapid 11 députés, les orthodoxes de Yaadouth Hatorah 8, Shass 8, Meretz 5, Hatnoua 5, les partis arabes 10 et le nouveau venu Moshé Kahlon pointe déjà avec 10 députés. Les électeurs de Moshé Kahlon veulent marquer leur opposition au Likoud face à un coût de la vie multiplié par trois alors que les salaires stagnent depuis dix ans. La droite libérale personnifiée par Netanyahou pourrait ainsi subir une déconvenue. Rien n’est encore fait et la droite devrait être prudente à vendre la peau de l’ours. 

3 commentaires:

Henri OLTUSKI a dit…

Très bonne analyse ,mais quel parti à un programme pour résoudre la question palestiniène ? Ou alors ils n 'en parlent pas et restent dans "leur bulle "

Eber HDDAD a dit…

Sans vouloir discuter les autres points sur lesquels je ne suis pas nécessairement d'accord, je trouve un peu "naïf" de dire que le récent vote de l'assemblée nationale française a à voir avec le premier ministre. Elle a tout a voir avec la politique intérieure française, d'où le vote bien délimité selon les partis.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Les gens de gauche sont tellement convaincus de leurs opinions qu'ils ne laissent aucun crédit au camps adverse. Dire que Netanyahou est responsable du vote de l'Assemblée Nationale c'est faire abstraction du fait que la gauche française aura besoin des votes musulmans s'il veut avoir une chance minime à la prochaine élection présidentielle. Concernant l'Europe, les pays se mettent de concert avec ce vote, pensant apaiser les tensions de leurs musulmans. Rien à voir avec Netanyahou.