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mardi 4 novembre 2014

ÉCONOMIE ISRAËL : LES VOYANTS ROUGES S’ALLUMENT


ÉCONOMIE ISRAËL : LES VOYANTS ROUGES S’ALLUMENT

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Israël a une économie de marché technologiquement avancée. Les diamants taillés, les équipements de haute technologie, l’armement militaire et les produits pharmaceutiques figurent parmi les produits les plus exportés. Ses principales importations concernent les matières premières (38%),  les hydrocarbures (20%), les biens de consommation (16%) les céréales, le blé, et des compléments d'équipements militaires.
En 2013, les importations israéliennes ont atteint  55 milliards d’euros en diminution de 8% par rapport à 2012 ce qui a entraîné une baisse de 26% du déficit commercial de 11 milliards d’euros. Cette baisse a été constatée malgré le renforcement du shekel par rapport à l’euro et au dollar et malgré une légère baisse des exportations s’élevant à 43 milliards d’euros. Israël accepte des déficits de son commerce couverts par le tourisme, par des exportations de services et par les flux importants des investissements étrangers.



Croissance élevée

Tours Azrieli symboles de la croissance d'Israël

Entre 2004 et 2011, la croissance moyenne s’établissait à près de 5% par an, tirée par les exportations. La crise financière mondiale de 2008-09 a entraîné une brève récession en Israël mais le pays est entré dans la crise avec des fondamentaux solides. En effet les gouvernements ont géré leur politique budgétaire de manière prudente tandis que le secteur bancaire a retrouvé sa trajectoire de croissance après avoir encaissé un choc. Cela a permis à Israël à adhérer officiellement à l'OCDE en 2010.
Contrairement à d’autres pays européens, l'économie israélienne  a résisté aux conséquences du  Printemps arabe parce que ses liens commerciaux étroits s’établissaient en dehors des pays touchés et que l’économie s’est trouvée isolée des effets d'entraînement. Cependant Israël souffre d’un ralentissement de la demande nationale et internationale, dû à un shekel fort entraînant une prévision de croissance de seulement 3% pour les années à venir.

Gaz de Tamar

Les champs de gaz naturel découverts au large de Haïfa en 2009 ont donné des couleurs aux perspectives énergétiques d’Israël avec, à terme, une indépendance qui consolidera la sécurité du pays. Les champs gaziers de Tamar et de Léviathan constituent les plus grandes réserves de gaz naturel off-shore du monde, découverts durant cette dernière décennie. L’exploitation a déjà commencé mais la production massive de Léviathan ne sera atteinte que vers l’année 2018. En revanche la production de Tamar qui a été lancée en 2013 permettra d’augmenter de un point le PIB d'Israël en 2013 et se traduira par  0,5% de plus dans la croissance en 2014. Le produit intérieur brut (PIB) en Israël s’élevait à 291,36 milliards de dollars en 2013 et représente 0,47 % de l'économie mondiale.
Progression du PIB


Inégalité et hausse des prix

Malgré une économie euphorique, la révolution des tentes de 2011 avait mis en évidence la persistance d’une inégalité des revenus et d’une hausse des prix de l'immobilier et des matières premières. Le paradoxe de cette euphorie économique tient au fait que le taux de pauvreté en Israël est parmi les plus élevés des pays de l'OCDE. La population israélienne ne retient que l’image d’une dizaine de familles de magnats qui contrôlent quelques cartels dans les secteurs les plus influents. 

Et elle a raison car il n’est pas normal qu’un même produit coûte plus de 30% en Israël qu’en France où le salaire minimum est de près de 7.000 shekels. Il n'est pas normal que les prix augmentent continuellement dans un environnement de salaires fixes compliquant la gestion du budget des familles nécessiteuses. Le gouvernement, qui tient à limiter ses dépenses pour ne pas aggraver les déficits, persiste à rester sourd aux demandes de certains dirigeants qu’il accuse de vouloir  satisfaire des "demandes populistes".

Moshe Kahlon


L’étoile montante du Likoud, Moshe Kahlon, avait plusieurs fois prêché dans le désert et, résigné, il avait préféré quitter le Likoud pour annoncer il y a quelques jours la création d’un parti qui se chargerait des populations déshéritées. Il dénonce le tout sécuritaire dans le budget de l’État et estime qu’il est capable de casser les monopoles qui imposent leurs lois, pas toujours sociales, aux défavorisés. Il se fonde en effet sur les statistiques du Bureau central israélien précisant que plus de 1,7 millions de personnes vivent dans la pauvreté en Israël. Ce rapport dénombre exactement 1.754.700 personnes, dont 439.500 familles et 817.200 enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté.
Déjà en mai 2013, le gouvernement israélien avait eu du mal à faire passer son budget d'austérité  qui avait pour objectif de réduire le déficit et surtout de rétablir la confiance dans la situation financière du pays. Mais sur le long terme Israël fera face à des problèmes structurels comme le faible taux de main d’œuvre intervenant dans les secteurs les plus dynamiques et comme la faible participation  des communautés juives ultra-orthodoxes et arabes exclues socialement. Le pays a surtout développé le secteur des services qui distribuent des bas salaires pour répondre à la concurrence mondiale alors que le secteur de la haute technologie emploie à peine 9%  de la population active.
Mais cette euphorie économique camoufle cependant un retour de bâton qui risque d’être rude pour la population. Les effets de la crise mondiale ont fini par se répercuter en Israël qui se croyait à l’abri des remous économiques d’une Europe malade. Les chiffres virent au rouge. Le Bureau Central des Statistique a évalué à 11.000 l’augmentation des demandeurs d’emplois au troisième trimestre 2014, par rapport au second trimestre, fixant ainsi le taux de chômage à 6,4% contre 6,1% le trimestre précédent. Nous sommes certes loin des chiffres européens qui avoisinent les 10% mais la tendance devrait inquiéter les dirigeants israéliens.

Le rouge est mis


Des usines commencent à fermer dans le secteur textile tandis que les entreprises de high-tech sont aussi touchées. L’entreprise américaine Cisco, installée au sud de Netanya et spécialisée dans la fourniture de serveurs informatiques et de commutateur Internet, vient de licencier 280 ingénieurs et programmeurs israéliens, dans le cadre d’un plan de réduction global de ses effectifs.  Cisco est une exception en plein centre du pays car la vague de licenciements touche surtout les régions déjà sinistrées du sud.
En raison des coûts élevés de production, la filière textile est en voie de disparition en Israël au profit de la Jordanie et de la Turquie où les usines sont délocalisées. Ainsi la société  Magavot Arad (Arad Towels), spécialisée dans les serviettes et nappes, vient d’annoncer sa fermeture entraînant le licenciement des derniers 200 salariés qui n’ont aucune chance d’être reclassés à Arad faute d’entreprises nouvelles.  En effet, le groupe créé en 1976 comptait 700 personnes en 2009 et représentait le seul pourvoyeur d’emplois à Arad. 

Mais par la volonté du propriétaire américain, la production est délocalisée aux États-Unis. C’est le risque que prend Israël lorsqu'il brade à l'étranger les fleurons de son industrie à des investisseurs étrangers dont le seul objectif est la rentabilité à outrance. À Dimona et à Mitspeh-Ramon, de nombreuses chaînes de production textile ont déjà fermé ou sont en voie de liquidation.
Depuis de nombreuses années sont qualifiés de gauchistes ceux qui préconisent d’orienter d’abord les investissements vers le développement industriel de la Galilée et surtout du Néguev. Un ministère avait même été prévu à cet effet mais les fonds étaient orientés vers d’autres régions, surtout au-delà de la ligne verte. Alors on laisse en Israël les usines fermer les unes après les autres pourvu que l’on satisfasse les intérêts d’une minorité qui brade les intérêts des millions d’israéliens. Les tissus industriels israéliens s’appauvrissent, le sud du pays se désertifie, les populations montent vers le centre du pays mais le gouvernement tient bon face à sa politique nationaliste.  Le ministre de l’économie Naftali Bennett est tellement occupé à soigner son électorat, pour prétendre à la place de premier ministre, que hormis ses préoccupations dans les territoires, toutes les autres questions pourtant centrales du pays, n’entrent pas dans sa stratégie.
Moshe Kahlon a fait frémir la vie politique en Israël parce qu’il a mesuré l’étendue des dégâts occasionnés par une politique ultra-libérale.  De retour sur la scène nationale, il devrait s’inspirer de Menahem Begin qui a su s’appuyer sur les classes défavorisées pour parvenir au pouvoir, à condition d’assurer la sécurité du pays, de signer une paix durable et de réaliser une politique sociale conséquente quitte, lui-aussi, à être traité de gauchiste.          


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