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lundi 6 octobre 2014

UN KIPPOUR COMME UN AUTRE Une chronique de Marc FEMSOHN



UN KIPPOUR COMME UN AUTRE

Une chronique de Marc FEMSOHN


Au Golan en 1973

Et voilà, on y arrive. Yom Kippour. Chaque année je me pose la même question. Jeûner ou ne pas jeûner. Autant l’avouer tout de suite, finalement je ne jeûne pas. En fait, je n’ai jamais jeûné sauf une fois. C’était en France. J’avais 20 ans et j’avais décidé cette année-là de jeûner en solidarité avec ma petite amie de l’époque, qui est devenue ma femme.
Cette année-là, Kippour débutait également  un vendredi pour coïncider avec le Shabbat. Cette année-là, c’était le samedi 6 octobre 1973… Ce jour-là débutait la Guerre de Kippour, Israël était attaqué simultanément par l’Égypte et la Syrie. Après quelques jours de chaos, Israël reprenait le dessus mais au prix de 3.020 morts et d’un traumatisme qui a changé la face de notre pays.



Laisses tomber


Donc, bien entendu, je culpabilisais d’avoir jeûné. Pour une fois que j’avais décidé de respecter une prescription religieuse alors que je suis issu d’une famille on ne peut plus juive mais on ne peut plus laïque, je me suis dit finalement que D.ieu m’envoyait un message : «Laisses tomber, ce n’est pas pour toi, il y en a d’autres pour faire ce boulot». Je me suis dit qu’Il n’avait peut-être pas tout à fait tort là-haut et qu’Il était plutôt logique.
Finalement c’est vrai. Lorsqu’on reproche aux Harédim (ultra-orthodoxes) de ne pas faire l’armée, ils répondent qu’ils mènent le combat par la Torah, défendant le pays et les soldats par la prière. Donc je leur ai laissé la religion, ses rites et l’observance de ses préceptes en compensant par mon sionisme avec l’alyah et le service militaire dans les rangs de Tsahal. Cela dit, il parait que lorsqu’on fait son alyah, lorsqu’on s’installe sur la Terre d’Israël, on remplit les 613 Mitsvot d’un coup…
Cependant, chaque année, cela me titille un peu. Et si je jeûnais quand même cette année, ne fut-ce que pour «communier» avec ma femme qui, elle, respecte scrupuleusement cette journée sacrée, et ne veut surtout rien savoir de ce que fait, ou ne fait pas, son impie de mari. J’ai des amis qui préparent à manger pour toute cette journée et n’arrêtent pas de s’empiffrer. D’autres qui ne mangent pas, mais regardent la télé, d’autres encore qui ne regardent pas la télé, mais font des pauses «petits» gâteaux ou «petits» sandwiches, comme si lorsque c’est «petit», la transgression était plus «petite».

Sortir les petits-enfants


Pour éviter tous ces tentations, il faut sortir. Donc, je prends mes petits-enfants qui habitent à côté de chez moi et nous allons au parc. Ils sont en bicyclette ou en mini-tracteur et peuvent tranquillement rouler sur les chaussées et les routes totalement désertées par les voitures qui sont toutes immobilisées ce jour-là. Mais il fait chaud, les petits-enfants sont munis de bouteilles d’eau, et puis, ces pauvres gosses ont des mères juives, donc il ne faudrait surtout pas qu’ils ne mangent pas pendant une heure ou deux. Je porte donc un sac à dos remplis de sachets de chips et autres apéritifs chimiques tant appréciés par les enfants et les adultes israéliens.
Il me prend des envies de leur voler un sachet ou tout au moins quelques chips dans un sachet ouvert et de les avaler rapidement, mais discrètement. Finalement, ce n’est pas nécessaire. Un de mes petits-fils me brandit sous le nez un apéritif au gout cacahuète en me disant : «tu jeûnes ou tu veux un Bamba ?» Et, la mort dans l’âme (est-ce D.ieu  qui veut me tester ou le Diable qui veut me tenter ?) je réponds : «non merci, je jeûne, tu sais aujourd’hui c’est Yom Kippour, c’est un jour sacré,  d’ailleurs ton papa est à la synagogue et Mimi (ma femme) aussi». Je n’en reviens pas : je suis un vrai héros !

Bon, c’est trop dur, je rentre à la maison. Pas de télé, d’accord, pas de téléphone, de sms, de Facebook et Twitter,  c’est donc l’occasion de prendre un livre. Je vais dans ma bibliothèque. Je me retrouve nez à nez avec tous les livres de gastronomie juive et les autres livres de cuisine que nous ramenons à chacun de nos voyages à l’étranger. Outre, bien sûr, la gastronomie française, il y a toutes les «pasta d’Italie», les meilleurs sushis, la cuisine chinoise, l’Europe centrale, les chocolats belges, les meilleures gaufres, j’arrête…
Je laisse tomber les bouquins. Il y a longtemps que je n’ai pas fait de mots croisés. J’adore.    Première définition. En 9 lettres ; d’origine allemande il a été naturalisé américain avant de conquérir le monde. Facile : HAMBURGER… Au secours !!!

Pas de guerre


Il n’y a qu’une seule solution. Prendre un somnifère et tenter de dormir jusqu’à la fin du jeûne. Oui, mais pour prendre un cachet, il faut de l’eau, et boire c’est interdit lorsqu’il ne s’agit pas d’un médicament indispensable. Ma femme est toujours à la synagogue en train de prier. Cela prend du temps, elle a beaucoup de travail à cause de son mari qui n’est pas le meilleur Juif du monde.
Qu’est-ce qu’il y a de bon dans le frigo ? Comme chaque année, tant pis pour le jeûne. Mais ce ne sera pas faute de ne pas avoir essayé. Et finalement tant mieux, il n’y aura pas de nouvelle Guerre de Kippour.
Cette chronique été rédigée sur mon ordinateur pendant le Yom Kippour. La 2ème chaine télévisée publique israélienne Aroutz-2 indiquait jeudi soir que 60% des Israéliens jeûnent pendant Yom Kippour, 34% mangent et 6% n'ont pas encore décidé.


6 commentaires:

קרבי kravi a dit…

Bonjour Marc,
content de vous retrouver sur ce site avec cet amusant article.
Guysen et vos éditoriaux me (nous ?) manque, qui ne sont à ce jour pas remplacés.

Marianne ARNAUD a dit…

Merci pour ce texte d'auto-dérision fort réussi et extrêmement amusant.
Ah ! ces "petites amies" magiques pour lesquelles on déplacerait des montagnes, mais qui, une fois devenues des épouses, ne suscitent que le regard qu'on porterait sur Cendrillon après qu'eurent sonné les douze coups de minuit !

Aline Nabet a dit…

Salut Marc,
Sympa ton billet laïc.
Moi j'ai trouvé un site qui remplace guysen c'est coolamnews avec un présentateur de l'ex-guysen David Seban. A recommander !!

Joyce MILDRED MOYER a dit…

daans cet article je me retrouve la premiere fois que j'ai jeune il y a eut la guerre de kipour alors je me suis promis devant Dieu de partir en Israel et de jeuner la premiere annee seulement mais mon fils s'est retoune vers la religion et depuis je jeune mais je reegardais la tele mais voila cette annee apres les evenements je me suis dit qu'il etait tant pour moi aussi de respecter pas de tele pas d'ordi il etait ferme par de pelephonne et aller ca la synagogue prier pour Israel et dorenavant c'est ce que je ferais »

Spira a dit…

Ravi de vous retrouver sur ce blog. Vos chroniques hebdomadaires de Guysen me manquent. J'espere que l'on vous retrouvera plus souvent.
Je suis encore en France mais je fais partie des 34 pct...

guy cohen a dit…

une bonne journée sans gaz carbonique... pour nos jeunes cyclistes et leurs braves grands parents qui se sacrifient à les accompagner, et après tout une journée de jeûne, si ca ne fait pas de bien, .....ca ne fait pas de mal
Amitiés
Guy Cohen