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mardi 14 octobre 2014

PALESTINE : UNE CONTAGION RISQUÉE


PALESTINE : UNE CONTAGION RISQUÉE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Stefan Löfven


          Après la Suède, c’est à présent à la Grande-Bretagne de faire preuve de velléité en votant une motion de reconnaissance de l’État de Palestine. Il s’agit peut-être de deux pétards mouillés mais ces décisions risquent de porter plus de tort aux Palestiniens qu’aux Israéliens.



Nouveau gouvernement suédois

Le premier ministre du centre-gauche de la Suède, Stefan Löfven, avait annoncé, sitôt son gouvernement formé, le 3 octobre, que son pays allait reconnaître «l'État» de Palestine. Il affiche ainsi la couleur de son nouveau gouvernement plus favorable à la cause palestinienne que son prédécesseur qui s’alignait sur la position des grands pays d'Europe de l'ouest. 
Parlement suédois

L'annonce, saluée par les autorités palestiniennes, a suscité la réticence des États-Unis qui ont jugé la démarche «prématurée». Cela n’est pas une première politique puisque 112 pays ont déjà reconnu «l'État de Palestine», parmi lesquels sept pays de l'Union européenne : République tchèque, Hongrie, Pologne, Bulgarie, Roumanie, Malte et Chypre. Mais les fervents partisans d’Israël - les États-Unis, le Canada, l’Australie et la plupart des pays de l’Union européenne - ne l’ont pas fait.
Des contingences politiques internes expliquent cette annonce suédoise subite. Le nouveau gouvernement s’est allié aux Sociaux-démocrates et aux Verts réputés plus favorables à la cause palestinienne. Cependant, il n’y a aucune innovation en la matière puisque la Suède a toujours soutenu les Palestiniens tout en critiquant systématiquement la politique israélienne qui mène, selon elle, le processus de paix à une impasse. Ainsi donc la Suède a estimé qu’il fallait trouver, par cette motion, un levier pour raviver le processus moribond et faire pression sur Israël en imposant une discussion d’égal à égal, d’État à État.

Annonce contre-productive

Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères au Quai d’Orsay avec son homologue suédois, Carl Bildt.

Cette annonce pourrait gêner les Palestiniens et être contre-productive car elle les pousserait à déclarer unilatéralement leur État sans l’obtenir au terme de négociations bilatérales et internationales. Mais elle pourrait susciter un effet d’entraînement en poussant d’autres pays européens à imiter la Suède. La France serait tentée puisque, Laurent Fabius, ministère des Affaires étrangères a expliqué «qu’il faudrait bien à un moment reconnaître cet État de Palestine. Il est urgent de faire progresser la solution des deux États et d’aboutir à l’établissement d’un État de Palestine, vivant dans la paix et la sécurité, aux côtés d’Israël».
            Mais la réaction immédiate des Américains a incité les Suédois à moduler leur déclaration. Le gouvernement israélien a violemment réagi par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères. Avigdor Lieberman a mis en doute la compétence suédoise en la matière : «En ce qui concerne le premier ministre de la Suède dans son discours inaugural sur la situation au Moyen-Orient, il ferait mieux de se concentrer sur les problèmes les plus urgents de la région, tels que l’assassinat en masse qui se déroule quotidiennement en Syrie, en Irak et ailleurs dans le région».
L'ambassadrice de suède, Elisabet Borsiin Bonnier

Certes Stefan Löfven a modéré ses propos en faisant dire autour de lui que la Suède «n’allait pas reconnaître un État palestinien demain matin et qu’il veut d’abord parler avec toutes les parties concernées, y compris Israël, les Palestiniens, les États-Unis et d’autres pays de l’UE.» Le nouveau ministre des Affaires étrangères de la Suède, Margot Wallström, a ajouté à la confusion, générale : «Reconnaître la Palestine : Une étape importante vers une solution à deux États. Les deux parties doivent être respectée», sous-entendu Israël et l’Autorité palestinienne. Évidemment le négociateur palestinien Saeb Erekat a glosé sur la décision suédoise: «nous saluons l’annonce faite par le Premier ministre suédois».
Drapeau palestinien

            L’inconvénient majeur de la déclaration suédoise réside dans la reconnaissance d’un État palestinien sur une fraction seulement de la Palestine, ignorant ainsi la bande de Gaza et mettant un terme au concept du droit au retour des Palestiniens de l’étranger. Par ailleurs la nouvelle entité palestinienne ne disposera dans l’immédiat d’aucun attribut d’un État, hormis le drapeau et l’hymne national, à savoir des frontières délimitées, une monnaie reconnue et une armée légitime. Israël n’est pas encore prêt à autoriser les Palestiniens à en disposer.

Contagion européenne




              Cependant la décision suédoise peut être contagieuse. Ainsi à la surprise générale, la Chambre des Communes a enfourché le cheval suédois en votant le 13 octobre une motion proposant de reconnaître la Palestine comme un État. La seule consolation des Israéliens pourrait se trouver dans le faible taux de participation puisque seule la moitié des 650 députés britanniques a accepté de débattre. À noter cependant le résultat écrasant avec une motion adoptée par 274 voix contre 12.
Richard Ottaway

Le soutien à cette motion est venu de toutes parts, des travaillistes, des libéraux mais surtout des conservateurs qui ont toujours été favorables à Israël. Ces derniers se sont justifiés en critiquant la politique d’Israël visant à étendre les implantations par de nombreux programmes de construction. Le Conservateur Richard Ottaway, président de la Commission des affaires étrangères a exprimé sa position : «En regardant en arrière au cours des 20 dernières années, je me rends compte maintenant qu’Israël s’est peu à peu éloigné de l'opinion publique mondiale. L'annexion des 950 hectares de la Cisjordanie, il y a quelques mois, m'a scandalisé plus que toute autre chose dans ma vie politique. Dans des circonstances normales, je me serais opposé à la motion, parce que le refus palestinien de reconnaître Israël était apte à le disqualifier pour l'indépendance».

            Si le vote du Parlement britannique n’est pas contraignant et ne modifiera pas la politique étrangère de la Grande-Bretagne, les Palestiniens peuvent se glorifier d’une  avancée symbolique bien que le premier ministre David Cameron ait demandé à ses ministres de s'abstenir. Il s’agit cependant d’un avertissement au gouvernement israélien si le blocage du processus de paix persistait. Le prendre à la légère risque de coûter à Israël de nombreux soutiens occidentaux.

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