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mardi 21 octobre 2014

L’ÉTOILE DU LIKOUD MOSHE KAHLON SAUTE LE PAS




L’ÉTOILE DU LIKOUD MOSHE KAHLON SAUTE LE PAS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps
          

          Moshe Kahlon, né le 19 novembre 1960 à Hadera, a été l’un des hommes politiques israéliens les plus en vue. Député du Likoud, il a détenu les portefeuilles ministériels des Communications, de la Santé et des Affaires sociales. Entré à la Knesset pour la première fois en 2003, alors qu’il avait été élu en troisième position  durant les primaires du Likoud, il avait annoncé à la grande surprise  des dirigeants de son parti, trois mois avant les élections anticipées, qu’il avait décidé d’une pause politique en ne se présentant pas aux élections du 22 janvier 2013.



Désaccords idéologiques


Il n'avait pas voulu trop s’étendre sur les raisons de son désistement alors qu’il était pratiquement certain d'obtenir la première place aux primaires. Il ne voulait pas porter préjudice à son camp en affichant ouvertement ses divergences idéologiques et économiques avec le gouvernement. Il avait en effet peu apprécié l'alliance surprise entre les listes du Likoud avec celles d’Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman. Il ne trouvait pas les décisions économiques du gouvernement suffisamment dynamiques pour enrayer la pauvreté en Israël. Sa décision brutale avait surpris tous les politiques,  et surtout le premier d’entre eux.
Ce fut un coup dur pour Netanyahou car Moshé Kahlon, issu d'une famille nombreuse modeste, était la caution orientale du premier ministre par ses origines libyennes. Il représentait aussi sa caution sociale car, durant son mandat à la Knesset, il s’était attaché à améliorer la situation financière des catégories sociales défavorisées. Il avait présenté en particulier un projet de loi visant à réduire la facture d’électricité des familles pauvres. Par ailleurs, il avait réussi à casser le monopole des opérateurs de téléphonie mobile en libéralisant le marché. Les coûts des forfaits ont subi alors une baisse de moitié.

Système sclérosé

Depuis quelque temps déjà, la situation politique ronronnait devant l’absence flagrante d’une opposition digne de ce nom. La situation économique était passée au second rang à la suite de la guerre de Gaza qui nécessitait la mobilisation de toutes les énergies. Mais rien n’a changé après le cessez-le-feu, avec les mêmes causes et les mêmes effets, puisque déjà les élections de 2013 avaient été anticipées par suite d’une absence de majorité pour le vote d’un budget d’austérité. Kahlon n’a pas voulu cautionner cette politique économique trop libérale à son gré et a préféré quitter le navire. Netanyahou perdait un symbole social qui devait jouer un rôle primordial au Likoud mais il n’a rien fait pour le retenir. Le premier ministre avait du mal en effet à partager son pouvoir omnipuissant devant le vide d’une opposition atone.
Mais paradoxalement le monde politique israélien, avec son système sclérosé, élimine ses meilleurs éléments, les hommes d’initiative et ambitieux, les créateurs et parfois les génies politiques. Les jalousies au sein des formations mettent souvent à mal la montée en puissance des étoiles qui se voient bloquées dans leur ascension jusqu'à être découragés. La politique est ainsi faite que les hommes n’arrivent plus au sommet pour leurs compétences mais plutôt pour leur capacité à avaler des couleuvres et à se courber face au chef. Alors les meilleurs se dirigent vers le secteur privé, avide de ce genre de personnages qui révolutionnent les habitudes.

Révolution des tentes 2011


Moshé Kahlon était la pointure qui aurait pu empêcher la droitisation extrême du Likoud, abandonné aux nationalistes. Il était le symbole de la réussite d’un oriental face à la puissance établie au point que certains attribuent son élimination au résidu de guerre sournoise entre séfarades et ashkénazes. La force de sa personnalité indépendante lui avait permis de prendre position en faveur de la contestation lors de la révolution des tentes en Israël durant l’été 2011. D’ailleurs il avait été le seul ministre du Likoud à voter contre les coupes budgétaires parce qu’il estimait qu’elles touchaient particulièrement les classes défavorisées.
Certains se demandent comment il a pu se fourvoyer parmi les gens de droite alors  que par idéologie, sa place aurait été mieux adaptée parmi les Travaillistes ou les Centristes avec lesquels il partage les mêmes convictions sociales. Mais il voulait combattre de l’intérieur de son parti et il se voyait bien en ministre des finances pour infléchir la politique économique du gouvernement. C’était sans compter sur Benjamin Netanyahou qui craignait qu’il prenne trop d’ascendant sur lui et qu’il lui fasse de l’ombre au point d’en faire un concurrent sérieux. Mais à trop se méfier, la grande assurance du premier ministre était devenue un fardeau qui l’éloignait systématiquement de ses meilleurs éléments.

Opportunité politique



            À la fois le dernier rapport du contrôleur de l’État, qui a pointé l’augmentation de la pauvreté en Israël, et le fiasco politique du leader du centre Yaïr Lapid ont dû le convaincre qu’il était temps de retourner à la politique et qu’une fenêtre politique s’ouvrait pour lui. Il avait annoncé qu’il ne réintégrerait pas le Likoud qu’il juge pollué par «la droite radicale». Il vient de sauter le pas en annonçant officiellement qu’il reprenait ses activités politiques en créant un nouveau parti qui sera présent aux prochaines élections législatives.
En effet, il ne mâche pas ses critiques contre le gouvernement actuel et son ancien parti débordés par «une droite radicale qui a contraint le Likoud à plier son drapeau socio-économique pour des gains de sécurité sachant pourtant que nombreux électeurs du Likoud veulent un parti plus social». Il rêve encore au Likoud de Menahem Begin qui avait pris le pouvoir grâce aux classes défavorisées et qui «représentait une vision sociale avec l’objectif de réduire l’écart entre riches et pauvres, de renouveler les quartiers pauvres, d’œuvrer pour la réinsertion sociale et pour la réforme de l’éducation». Il voulait retrouver le parti «pragmatique qui a su faire la paix quand c’était nécessaire or mon Likoud n’existe plus aujourd’hui».  Il se plaint que le parti de Netanyahou ne défend plus «les deux drapeaux du social et du politique».
           Momentanément hors de la politique, il savait qu’il  n’avait pas de vision solitaire. Il est certain que, dans le nouveau parti qu’il vient de créer, il pourra être suivi par de nombreux militants qui pensent comme lui et qui sont désemparés par la tournure que prend le Likoud, entièrement aux mains des éléments les plus radicaux à droite. Il avait patienté mais «le gouvernement a été mis en place depuis presque cinq ans et nous ne voyons que des résultats négatifs : résultats négatifs concernant le coût de la vie, résultats négatifs liés à la fuite des cerveaux, des résultats négatifs en ce qui concerne les prix de la nourriture».
            Devant l’arrivée d’un agitateur d'idées charismatique et d’un concurrent sérieux, les leaders des partis de droite savent qu’ils ont affaire à un dirigeant de premier plan qui peut donner un souffle nouveau à une politique qui ronronnait face à l’absence d’un leader d’opposition dynamique. Or Moshé Kahlon est en mesure d’impulser des idées centristes originales qui peuvent s'opposer à la poussée de droite des partis nationalistes en déplaçant le curseur vers des options plus sociales. L’échec de Yaïr Lapid, qui a tout promis mais qui n’a rien fait, lui a ouvert un boulevard.

Kahlon s'engage à lutter contre l’augmentation du coût de la vie : «Le coût élevé de la vie n'est pas une fatalité, il peut être résolu si le gouvernement décidait». Il pense avoir le temps, en un an et demi, de s’organiser pour mettre des structures «pour ouvrir le marché et casser tous les monopoles afin de revenir à des prix normaux». Pour régler les problèmes du logement il veut briser les «monopoles des comités de planification, de l’administration des terres qui délivre les autorisations de planification et des municipalités locales.»
Rami Levy


Mais la réussite de Moshé Kahlon ne peut se situer uniquement dans le cadre d'un programme économique. Il doit disposer autour de lui de personnalités politiques expérimentées, charismatiques. Il a déjà obtenu le concours de Rami Levy le propriétaire des chaînes de supermarchés à bas-coûts qui certainement sera l’un de ses sponsors. Il devra amener à lui des transfuges célèbres qui ne se reconnaissent plus dans leur parti actuel. Il devra ratisser large à droite, au centre et même à gauche pour donner plus de crédibilité à son parti. Enfin en ces temps de troubles, la présence à ses côtés d’un spécialiste des problèmes sécuritaires est une condition de réussite. Il lui faudra trouver le général qui acceptera de se mouiller dans les problèmes politiques. La partie n’est pas gagnée car il s’agit d’un pari hasardeux mais il dispose d’un préjugé favorable face à la lassitude de la population israélienne. 

1 commentaire:

Arie AVIDOR a dit…

Alors que "Bibi", l'ultra-libéral, continue à privilégier l'hyper-concentration de l'économie aux mains de quelques grands groupes (qui l'appuient et le financent), Kahlon a une vision de la croissance économique basée sur les PME-PMI avec un rôle régulateur fort de l'État, une vision proche de la social-démocratie.

Je crains qu'en définitive, son nouveau parti pêche des voix surtout au centre (chez les déçus de Yesh Atid) et même un peu plus à gauche pour rejoindre ensuite une nouvelle coalition de droite-extrême droite avec un "Bibi" prêt à changer officiellement de politique économique en nommant Kahlon aux Finances dans l'espoir qu'il s'y usera.