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mardi 16 septembre 2014

ISRAËL SOUTIENT LA STRATÉGIE D’OBAMA AVEC RÉSERVE



ISRAËL SOUTIENT LA STRATÉGIE D’OBAMA AVEC RÉSERVE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 




          L’État islamique est le monstre enfanté par l’Arabie saoudite qui se retourne contre ses géniteurs. Cette excroissance déformée d’un sunnisme guerrier avait pour but de contrer la menace chiite de l’Iran et de ses vassaux l’Irak et la Syrie. En éliminant Saddam Hussein, les Américains ont réveillé le sentiment national des Chiites qui avaient souffert de l’oppression des baasistes, prompts à exercer des exactions insupportables. L’EI redore l’image de marque des sunnites dont la splendeur s’est affaiblie au fil des temps et permet de retrouver l’épopée magique du combat de Mahomet contre les mécréants en usant des mêmes méthodes sanguinaires.



Soutien européen limité


Hollande à Baghdad

L’Allemagne et la Grande-Bretagne refusent de faire partie des va-t’en-guerre au risque de laisser le déferlement islamiste sanglant se propager jusqu’en Europe. Les pays arabes muets jusqu'alors se sentent dans l'obligation d'apporter leur soutien sans que l'on ache sous quelle forme. Ils ne veulent pas paraître soutenir la croisade européenne mais leur silence a fait plus de bruit que leur participation effective à la lutte. Les Saoudiens ont pourtant accru leurs dépenses militaires de manière significative, 67 milliards de dollars en 2013, le quatrième plus gros budget militaire dans le monde. Malgré une flotte de centaines d’avions militaires et des pilotes chevronnés formés dans les écoles américaines, aucune force saoudienne ne sera alignée contre les djihadistes. 
Or sans intervention de troupes au sol, l’efficacité des frappes de l’aviation américaine est réduite pour éradiquer les troupes djihadistes. C'est pourquoi les États-Unis tentent de bâtir une coalition internationale contre l'EI qui contrôle de larges pans du territoire en Irak et en Syrie.
Avion saoudien

Israël, qui soutient la démarche américaine mais n’a pas l’intention de participer directement à l’action des Occidentaux. Il fournira à la rigueur une aide logistique avec la communication d’informations de ses services de renseignements qui disposent d’agents sur place. Netanyahou, qui agit par ailleurs de manière discrète dans la région, estime que son pays n’est pas menacé dans l’immédiat et il hésite à provoquer la Syrie pour préserver le calme à sa frontière nord. Les quelques incidents qui ont eu lieu au Golan sont mineurs et les tirs représentent des balles perdues dans un combat entre rebelles et armée syrienne.

Crainte de l’Iran


Armée saoudienne

Cependant, Benjamin Netanyahou rejoint les préoccupations de l’Arabie saoudite qui refuse, au nom du combat contre les djihadistes, de réintroduire l’Iran dans le concert des nations et surtout de le renforcer. Les Saoudiens redoutent l’influence croissante des Chiites dans plusieurs pays  jusqu’alors épargnés. Pour eux l’ennemi reste l’Iran avec sa politique de nuisance qui les a poussés à prendre fait et cause pour la rébellion syrienne afin de faire tomber le régime d’Assad soutenu par le Hezbollah, vassal de l’Iran. Ils craignent que les États-Unis fassent des concessions à l’Iran vis-à-vis de son programme nucléaire en échange de son soutien contre l’EI. Netanyahou pense que l’Occident «renforce les extrémistes chiites dans le but d’affaiblir les extrémistes sunnites». Il craint que, sous couvert de combat contre les djihadistes, les Américains laissent les Iraniens consolider leur programme nucléaire : «Si l'Iran obtient l'arme nucléaire, vous verrez des choses que vous n’aurez jamais imaginé que cela pouvait arriver». Les Israéliens soulèvent quatre écueils dans la stratégie américaine contre les djihadistes.
Les Occidentaux se réunissent secrètement et trouvent la solution ultime pour éradiquer la menace de l'EI

Plus de 25 tribus sunnites irakiennes ont promis de travailler avec le gouvernement irakien dans la lutte contre l'État islamique et les États-Unis sont en relation avec eux. Mais leur coopération pourrait être remise en question si des milices chiites radicales, influencées par l’Iran, interviendraient dans des régions sunnites. Les tribus sunnites hésiteraient à combattre l’EI s’il y avait un risque que les djihadistes soient remplacés par des milices plus hostiles. Si des actions terroristes étaient menées contre les Sunnites, alors ils seraient nombreux à rejoindre l’EI. Selon les Israéliens, toute stratégie efficace conduite par l’Irak doit prévoir une réduction de l'influence iranienne pour conduire à l’éradication des milices chiites radicales.
De nombreux dirigeants de l’opposition syrienne envisagent un renversement du régime de Bachar Al-Assad pour le remplacer par une démocratie laïque. La neutralisation de l’EI nécessite des troupes au sol et cela passe  par un soutien affirmé aux rebelles modérés de l’Armée syrienne Libre, non islamistes, et d’une certaine mesure aux Kurdes qui sont les seuls à avoir les moyens de s’opposer avec succès à l’EI.
Les États-Unis devront neutraliser les éléments pro-islamistes de la coalition. L’opposition laïque syrienne conteste la présence du Qatar et de la Turquie qui ont soutenu ouvertement les Frères musulmans et d’autres organisations islamistes. Le Qatar est accusé de soutenir les forces islamiques en Libye dans le cadre de combats sanglants contre les laïcs. Le Qatar ne cache pas son soutien aux Frères musulmans, au Hamas et au Front islamique Ahrar Al-Sham.
Eh les gars nous avons besoin d'un tuyau. Comment bombarder d'une manière chirurgicale humanitaire

Enfin le dernier écueil concerne le rôle des troupes américaines au combat. Barack Obama a annoncé l’arrivée de 475 soldats américains supplémentaires pour aider les forces irakiennes et kurdes ce qui porte à 1.600 soldats la présence américaine en Irak. Or Obama est catégorique en précisant que ses troupes n’interviendront pas dans les opérations terrestres. On ne voit d’ailleurs pas comment elles pourraient éviter d’être impliquées dans les combats. Après le discours du président, les Américains deviendront la cible privilégiée de l’EI et il est fort improbable qu’ils ne répliqueront pas aux attaques dont ils seraient l’objet. Barack Obama aura du mal à respecter son engagement de rester à l’écart des combats au sol.

L’ennemi iranien

L’ennemi désigné des Israéliens reste toujours l’Iran. D’ailleurs ils affinent leurs liens avec leurs alliés dans la région, en particulier auprès des pays du Caucase. L’Azerbaïdjan musulman, à majorité chiite, avait été arraché à l'Iran par la Russie tsariste, puis remodelé par les soviétiques qui ont sécularisé sa population. Les dirigeants de l'Azerbaïdjan, comptant parmi les élites politico-intellectuelles sensibles aux valeurs de l'Occident, ont été très inquiets de l'avènement du régime islamique en Iran. Les péripéties nucléaires du régime ont rendu exécrables les relations entre ces deux pays. La frontière commune, qui s'étend sur 560 kilomètres, est devenue une barrière idéologique dont s'est servi Israël pour ouvrir de nouvelles alliances et un nouveau front. 
Yaalon en Azerbaidjan
Moshé Yaalon, s'est d’ailleurs rendu le 10 septembre en visite officielle, la première d'un ministre israélien de la défense dans ce pays frontalier de l'Iran, démontrant que l’EI est une source d’inquiétude de deuxième niveau. Cette visite a eu pour but de «renforcer la coopération bilatérale entre Jérusalem et Bakou et d'évoquer les enjeux stratégiques régionaux». Bakou a acheté pour plus d'1,5 milliard de dollars d'armements aux Israéliens et aurait autorisé les avions israéliens à utiliser les bases aériennes azéries dans l'hypothèse d'éventuelles frappes contre l'Iran. Moshé Yaalon a inauguré le pavillon israélien de l’exposition internationale de l’industrie militaire qui héberge 15 entreprises israéliennes de défense. C’est dire que le problème du nucléaire iranien reste primordial dans la stratégie israélienne et que Benjamin Netanyahou fera l’effort minimum pour soutenir Barack Obama dans son combat contre l’EI, dès lors où les deux plus gros pays européens se déchargent de cette responsabilité.

   

1 commentaire:

Jean CORCOS a dit…

Un article parfait ... merci Jacques. Ce que vous dites à propos du risque de rentrer l'Iran dans l'alliance est tout à fait clair : une preuve, ce que disent ici les "experts" et politiques à ce sujet. Tous les anti-israéliens maladifs (Dupont Aignan, Védrine par exemple) veulent qu'on se rapprochent d'eux et du régime Assad !