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mardi 5 août 2014

L’HÉRITAGE EXPLOSIF D’ARIEL SHARON Par Yaacov NEEMAN



L’HÉRITAGE EXPLOSIF D’ARIEL SHARON

Par Yaacov NEEMAN
copyright © Temps et Contretemps




Depuis le désengagement de Gaza, c’est donc la quatrième fois qu’Israël s’est trouvé contraint de faire usage de la force contre le Hamas : est-ce à dire qu’il faudra remettre ça tous les deux ou trois ans [1] ? Alors qu’Israël entre dans la quatrième semaine de combats, on pourrait se demander : mais comment en sommes-nous arrivés là ?



L’homme fort

Souvenons-nous : en 2003, Ariel Sharon vient de remporter les élections. Les Israéliens, qui s’appuient sur sa réputation d’homme fort, l’ont élu pour qu’il mette fin à la dégradation de la situation sécuritaire. L’intifada continue à faire des victimes, et l’érection d’une barrière de sécurité accroît l’animosité des Nations-Unies. 

La même année, en novembre 2003, George Bush vient d’être réélu. Traumatisés par l’attaque-suicide contre les deux tours du World Trade Center, les Américains ont également plébiscité un homme fort, avec pour mission d’éradiquer la terreur, qui pour la première fois a frappé les Etats-Unis sur son sol.
Entre les deux hommes, le courant passe. Dans un courrier adressé au président américain le 14 avril 2004, Ariel Sharon écrit : «J’ai décidé d’initier un processus de désengagement progressif dans l’espoir de réduire les tensions entre Israéliens et Palestiniens. Ce plan a pour objectif de garantir la sécurité d’Israël et de stabiliser notre situation politique et économique. Une fois que nous serons partis de Gaza, les Palestiniens n’auront plus l’excuse de la terreur». 
D’autres échanges suivront, dans lesquels Sharon se renforce dans sa conviction : «Nous n’avons aucune raison d’être à Gaza. Au lieu de nous diviser, le désengagement nous permettra de nous concentrer sur les objectifs qui valent la peine : Jérusalem, les blocs d’implantation, les zones de sécurité et le maintien de l’identité juive d’Israël.» D’autres raisons expliquent aussi la décision de Sharon : le déséquilibre démographique ; le fait que Gaza ne soit pas économiquement rentable ; le maintien de forces israéliennes dans la zone divise le pays, et cause un déficit d’image sur la scène internationale.

Le désengagement


Sharon espère rallier à ce plan une majorité de citoyens, mais les choses ne se passent pas comme il le souhaite. L’opposition au projet de désengagement se fait de plus en plus virulente et le pays apparaît de plus en plus divisé. Pour tenter de démontrer à l’opinion israélienne que le désengagement est voulu par la majorité des citoyens, Sharon organise le 2 mai 2004 un vote à l’intérieur du Likoud, le parti qui a gagné les élections. Mais 65% des votants dénoncent le plan ! 

Sharon demande alors à son ministre de la Défense Chaoul Mofaz de remodeler le plan pour le rendre acceptable par le Likoud. Le 6 juin 2004, par 14 voix contre 7, le gouvernement approuve le plan d’expulsion. Quatre mois et demi plus tard, le 26 octobre 2004, par 67 voix contre 45 et 7 abstentions, la Knesset donne son approbation préliminaire au plan de désengagement de Gaza. L’approbation définitive de la Knesset interviendra le 16 février 2005, par un second vote : 59 voix pour, 40 contre et 5 abstentions. Et le 9 juin 2005, la Haute Cour de Justice statue que «le désengagement est légal».

Rejet du plan


Ce qui frappe dans cette chronologie, c’est le décalage entre la vox populi et la classe politique. Le rejet du plan par les membres de base du parti Likoud représentait un signal d’alarme : il ne sera pas perçu.
D’autres exemples prouvent le refus du pouvoir d’écouter l’opinion :
Le 25 juillet 2004, plusieurs dizaines de milliers d’Israéliens affirment leur opposition au plan et demandent l’organisation d’un référendum national. Les manifestants forment une chaîne humaine de 90 km depuis Erez, à la sortie de la bande de Gaza jusqu’au Kotel à Jérusalem.
Le 14 octobre 2004, 100.000 Israéliens défilent dans les villes d’Israël pour protester contre le plan sous le slogan «100 villes appuient Goush Katif et la Samarie».
Le 15 septembre 2004, une enquête publiée dans Maariv montre que 69% des citoyens soutiennent l’idée d’un référendum national pour statuer sur le désengagement, mais une proposition de loi visant à soumettre le plan à un référendum national sera repoussée le 28 mars 2005 par 72 voix contre 29. 
Alors qu’il apparaît de plus en plus que la présente opération militaire – comme les trois précédentes – n’est que la conséquence d’une situation léguée par Ariel Sharon, il est étonnant qu’aucun analyste ne se soit empressé de rappeler qui sont – et ce que sont devenus – les hommes politiques qui soutinrent en 2004 et 2005 ce désastreux désengagement.

Lorsque les armes se seront tues, et que la situation sera devenue plus sereine dans le sud, on pourra se demander : mais qui sont ces 23 députés du Likoud qui ont voté le désengagement le 25 octobre 2004 ? Sont-ils encore en poste à la Knesset ? Et les 19 députés du parti Avoda, qui ont tous voté comme un seul homme pour l’expulsion, combien d’entre eux continuent à siéger dans le Parlement israélien ? Eprouvent-ils un quelconque remords de conscience, alors que la liste des soldats tués s’allonge de jour en jour ? Ceux auxquels le peuple confie la mission de diriger Israël seront-ils capables de reconnaître et de corriger leurs erreurs passées ? Il faut l’espérer, faute de quoi l’histoire continuera – tragiquement – de se répéter.




[1] 2006 : « Pluie d’été ». 
2008/09 : « Plomb durci ». 
2012 : « Pilier de défense ». 
2014 : « Bordure protectrice ».

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Monsieur Benillouche.

A la lecture de votre article, permettez moi de vous poser LA question: fallait-t-il donc rester à Gaza ?

Patrick a dit…

Malgré toutes les difficultés rencontrées, il FALLAIT sortir de Gaza, mais en négociant avec l'AP. Cette absence de négociation a entre autre permis l'arrivée du hamas.

Claude a dit…

... Sans me prendre pour un stratège militaire, je pense qu'il nous faut dans un premier temps, "reprendre" la bande de Gaza, sans pour autant l'occuper militairement, après avoir anéanti totalement le virus du Hamas. Sinon cette "guerre" aura été inutile et nos soldats morts pour rien !!
Dans un second temps, demander aux "palestiniens" gazaouis s'ils souhaitent ou non rester sur ce territoire, à la condition de demeurer sous contrôle israélien. Ce qui, de facto, serait considéré par la communauté internationale comme une levée du "blocus".
Ainsi, et sous l'égide de l'ONU, le monde entier constaterait que le blocus n'a jamais existé vraiment, dans la mesure où Israël a toujours permis à Gaza d'être alimenté en eau, en électricité, en aide humanitaire, voire même en produits de reconstruction que le Hamas a utilisé pour construire les fameux tunnels, en privant sa population de toutes constructions sociales.
Alors, et alors seulement, Israël pourra négocier en direct, et sans l'aide de qui que ce soit, une paix durable avec les représentants du Fatah.
... Pardon pour ce scénario digne d'un roman de fiction.
Claude

Anonyme a dit…

"Négocier avec l'AP".
Mais toutes les négociations avec l'AP ont échoué. Pour preuve les refus répétés des propositions de restituer la quasi totalité de la Judée Samarie, à l'exception des grands blocs, où il y a un consensus tacite de les maintenir sous autorité israélienne.
Donc l'argument que vous avancez a toujours été cruellement démenti par la dure réalité des faits.
Je reste persuadé, et de très nombreux analystes le disent depuis de nombreuses années, qu'il ne s'agit pas d'un conflit territorial, mais d'un refus de tous les palestiniens d'accepter toute présence JUIVE dans la région: la conception d'un état palestinien "Judenrein ( j'allais écrire Juden Rien , par un labsus significatif) de la part de l'AP.
Pour preuve les programmes de haines antisémites dans les médias palestiniens de cette même AP, que l'on dit modérée. Ah la tartuferie!
Ne parlons pas du Hamas et de sa charte mortifère.
Bonne journée.

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Expulsion ? Désengagement ? Ces mots veulent teindre notre perception d'une réalité qui a échappé aux uns et aux autres. Les arguments avancés dans les deux camps sont rarement pertinents et de ce fait, il est difficile de les entendre. Voire même impossible. Surtout si une partie des gens qui manifestaient étaient étrangers à la population concernée. Le fait est, et il est humain, que nous n'aimons pas entendre la colère, car elle brouille notre capacité d'écoute, c'est le cas dans les couples comme dans la relation avec les adolescents, il faut une très grande capacité intellectuelle et affective pour entendre les autres quand ils crient et leur message cache les raisons sérieuses de leurs craintes ou de leur mécontentement. Si les opposants avaient trouvé les arguments nécessaires, peut-être Sharon s'en serait-il pris autrement et aurait agi plus bilatéralement en interne et en externe.

Les idées de la gauche et de la droite dont la majorité sont légitimes sont difficilement audibles quand des tribuns de la plèbe font un vacarme insupportable pour se faire entendre. Il faut de la pédagogie en politique comme dans la vie affective.

Nétanyahu a peut-être réussi à gagner une stature de leader d'Israël aujourd'hui, mais il a tellement mal géré ses premières années d'opposition, qu'il était dans l'absolue incapacité de se présenter devant les gens dont Rabin était le héros. Il doit aujourd'hui comprendre dans quelle solitude ses propres attitudes ont plongé Rabin en son temps.
Espérons que l'avenir sera plus sage et plus sensible.

Jérôme Lassaigne a dit…

D.ieu sait Arik si je t'ai combattu quand j'étais sioniste de gauche.

Mais grace à toi j'ai comprit. Les lois humaines sont aussi incontournables que les lois physiques.

Tu as donné ta vie pour faire la preuve que la négociation ça ne marche pas avec les arabes.

Zbang vé gamarnou, c'est la seule politique..