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mercredi 23 juillet 2014

ISRAËL EST ENGAGÉ DANS UNE LONGUE GUERRE AVEC LE HAMAS



ISRAËL EST ENGAGÉ DANS UNE LONGUE GUERRE AVEC LE HAMAS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

                

          Après le ratissage de la zone frontière frontalière avec Gaza à la recherche de tunnels qui relient la bande à Israël, l’armée israélienne a décidé d’étendre ses opérations à l’intérieur des terres avec inévitablement une confrontation avec les hommes armés du Hamas et une intervention dans des villages arabes dont les rues étroites et les habitations ont été truffées de pièges explosifs. De mauvaises nouvelles sont déjà parvenues en Israël avec l’annonce de la mort de vingt-sept soldats israéliens au combat, dont un colonel. Certains ont été abattus par des infiltrés à travers un tunnel au sud de Gaza, les autres par le tir d’obus anti-tanks. La guerre risque d'être plus dure que celle du Liban en 2006 en raison de exiguïté des lieux.


Audace du Hamas



Tsahal a déjoué des attaques audacieuses car plusieurs terroristes déguisés en soldats israéliens et armés de mitrailleuses et de missiles anti-chars, se sont infiltrés depuis la bande de Gaza, ont lancé leur attaque puis sont retournés par le même tunnel. Ils ont prouvé que les soldats juifs n’étaient pas à l’abri, même dans une zone ratissée. L’un des terroristes portait d’ailleurs une ceinture qui a explosé après la riposte israélienne. Il avait en sa possession des menottes et des anesthésiants, preuves de son projet de kidnapper des Israéliens.

Mais malgré l’intensité des combats, Israël n’applique pas la politique du pire en coupant l’eau et l’électricité. Il n’a pas verrouillé totalement la frontière puisque cinq camions d'aide humanitaire ont été transférées le 20 juillet dans la bande de Gaza. Les véhicules transportaient environ 20 tonnes de fournitures médicales, notamment des antibiotiques, des liquides intraveineux, des trousses de premiers soins personnels, et des couvertures. Un hôpital de campagne a été installé au point de passage d’Erez pour venir en aide aux Palestiniens blessés.
Dôme de fer et les pierres tombales protègent Israël

Tsahal doit faire face à de petits groupes de commandos lourdement armés qui parviennent à s’infiltrer parmi les forces israéliennes qui patrouillent à proximité de tunnels non encore détectés. La faiblesse relative des pertes israéliennes résulte de l’armure de protection originale enveloppant les tanks qui a permis aux tirs de roquettes antichars de ne pas causer de dégâts aux blindés.
Tank Merkava

Le Hamas ne semble pas découragé par les frappes portées par l’aviation et l’artillerie. Il tente d’utiliser les tunnels qui n’ont pas été découverts par Israël pour obtenir une petite victoire à brandir face à ses combattants dans une mission réussie à l'intérieur d'Israël. Il sait que Tsahal a porté un coup décisif dans ce qui constituait un élément fondamental de sa stratégie d’attaque car les tunnels étaient la réponse adéquate aux fortifications infranchissables érigées par les Israéliens. 

Il avait mis de gros moyens en affectant plus de 16.000 islamistes au projet de construction des tunnels qui ont dilapidé une partie des aides financières en provenance des Émirats et des stocks de ciment censés être utilisés pour la construction de logements sociaux.  Il réagit fortement pour sauver ce qu’il peut de la colonne vertébrale de sa défense militaire de défense  dans la bande de Gaza.

Intensification des combats



C’est pourquoi Tsahal est soumis à une intensification des combats entre fantassins, entrant dans la deuxième phase de conquête. Le Hamas fait preuve d’une grande résistance et il apparait sur le terrain que son infrastructure militaire a moins souffert que prévu des frappes de l’aviation militaire. Son armement était bien protégé dans les dédales d’un labyrinthe de sites souterrains reliés entre eux.
Le commandement israélien a réévalué ses plans et il estime qu’il lui faudrait plusieurs semaines pour venir à bout de la défense du Hamas malgré les intenses bombardements de son artillerie. Il en a été conscient au vu des résultats sur le terrain. Le gouvernement a d’ailleurs autorisé, le 19 juillet, la mobilisation d’une nouvelle tranche de 50.000 réservistes des brigades d’infanterie pour participer au combat terrestre. D’autres réservistes attendent l’ordre de rejoindre le front. 

L’objectif de Tsahal consiste à isoler les villages palestiniens pour empêcher la circulation des hommes et l’arrivée de renforts islamistes. Tsahal a compris qu’il n’avait pas d’autre stratégie que de reconquérir l’espace au sol  pour atteindre les différents centres de commandement du Hamas et surtout les stations de lancement des missiles qui touchent encore le sud d’Israël.

Cessez-le-feu précaire


L’État-Major israélien accepterait difficilement la conclusion d’un cessez-le-feu tant que les capacités du Hamas ne sont pas détruites. L’Égypte, qui s’interpose pour un cessez-le-feu est la première à attendre d’Israël qu’il élimine le danger terroriste car elle a été l’objet d’une attaque sanglante. Vingt et un soldats de l’armée égyptienne ont été tués le 19 juillet dans une attaque perpétrée par des hommes armés contre un point de contrôle militaire à 630 km à l’ouest du Caire. 
Il s’agit de l’une des attaques les plus meurtrières enregistrées en Égypte depuis la destitution en juillet 2013 du président Mohamed Morsi. Le pays connait des vagues d’attaques revendiquées par des groupes islamistes armés installés dans le Sinaï, certains éléments en provenance de Gaza. L’Égypte se trouve donc en communauté de destin avec Israël face à des terroristes lourdement armés de lance-roquettes antichars et de mitrailleuses lourdes.
 Une défaite du Hamas, même partielle, aurait un impact certain sur le moral des groupes djihadistes qui tentent de semer le trouble et l’anarchie en Égypte. Al-Sissi a par ailleurs décidé d’intensifier la lutte contre le trafic d’armes en provenance de Libye et dont une partie parvenait à Gaza par des petites embarcations maritimes et par quelques tunnels non encore détruits.
Sur le plan politique, les Occidentaux ne s’expliquent pas l’intransigeance du Hamas. Dans le cadre d’un positionnement extrême, le leader du Hamas, Khaled Mechaal, basé au Qatar, refuse de discuter de la cessation des hostilités au Caire alors qu’il avait reçu une invitation du président Al-Sissi. Il a décidé d’envoyer un collaborateur à sa place pour entendre les propositions. Il est vrai que les participants sont brouillés entre eux, ce qui complique la tâche. Khaled Mechaal, chef politique du Hamas,  est en froid avec Mahmoud Abbas chef du Fatah. Le président Al-Sissi a rompu avec les dirigeants du Hamas à Gaza parce qu’ils ont été alliés des Frères Musulmans. En fait, et c’est le paradoxe de la situation, le président de l’Autorité palestinienne est le seul qui puisse s’interposer en arbitre.

Intransigeance du Hamas


Toutes les médiations internationales, celle de Laurent Fabius en particulier qui s’est rendu en Israël et dans la région, n’ont pas été suivies d’effet. Devant cette attitude négative, le secrétaire d’État John Kerry avait renoncé à se rendre dans la région en chargeant le président égyptien de conduire en son nom la négociation dans l’impasse. Mais devant l’évolution dramatique de la situation, il s’est trouvé contraint d'arriver au Caire pour sauver ce qu’il pouvait encore sauver.
Dans un discours à Gaza ce 21 juillet, Ismail Haniyeh a critiqué le silence et l'inaction du monde arabe face à «l'agression israélienne». Il tente de raviver la flamme de ses amis : «Les massacres et les tueries aveugles prouvent simplement que l'ennemi a échoué et est incapable de faire face aux combattants d'Al-Qassam sur le terrain. L’opération terrestre d'Israël est une preuve de l'échec de la guerre aérienne contre la bande de Gaza». Par ailleurs, il n’a pas fermé la porte à un arrêt des hostilités mais ses conditions restent élevées.
Rafah

Il réclame la fin de l'agression contre le peuple palestinien, la levée complète du blocus de Gaza, l'ouverture permanente du poste-frontalier de Rafah avec l'Égypte, la liberté de mouvement pour les Gazaouis à travers la frontière avec Israël, la suppression de la zone tampon interdite aux habitants de Gaza, l'autorisation de pêcher jusqu'à 12 milles marins des côtes de Gaza et enfin La libération de prisonniers  qui avaient fait l’objet d’un échange contre le soldat israélien Gilad Shalit en 2011. Le Hamas a mis la barre très haute sachant que ni l'Égypte et ni Israël ne se plieront à ses conditions.
Les dirigeants israéliens, dans leur for intérieur, sont prêts à un cessez-le-feu mais à leurs conditions car ils redoutent un conflit qui dure et qui leur coûte des vies humaines et l’explosion de son budget militaire. Le conflit avec le Hamas n’en est qu’à son début et Tsahal est engagé dans une course contre la montre avant qu’une décision internationale ne le stoppe dans son objectif d’éradiquer les structures militaires à Gaza ou au moins, de les rendre en grande partie inoffensives.   

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Aurais-je le droit, sans me voir accusée de faire des amalgames, de rappeler ici, les stratégies mises en oeuvre par les Alliés, au cours de la Deuxième guerre mondiale pour venir à bout de l'hitlérisme ?
La France sur laquelle se déversèrent 550 000 tonnes de bombes qui firent 75 000 victimes pratiquement toutes civiles, est après l'Allemagne le pays qui a été le plus touché par cette stratégie.
L'objectif était non seulement de détruire les ports de Lorient, Brest, Saint-Nazaire, Le Havre, mais aussi les villes afin de les isoler.
La préparation des débarquements de Normandie et de Provence provoqua les bombardements de Saint-Etienne, Nantes, Marseille, Cambrai, Tours, Lisieux, Nîmes, (etc dit Wikipedia) qui subiront la destruction de quartiers entiers et de nombreuses pertes civiles.
A cette époque-là, tout le monde avait bien compris que si on voulait la fin il fallait y mettre les moyens.

Marc a dit…


Bonjour,

Votre analyse est très intéressante sur plusieurs points:

En premier lieu, l'audace des terroristes du hamas me surprend. Ils étaient apparemment trés bien préparés à la confrontation directe.

Vous dites que les pertes de Tsahal sont relativement faibles...euh, je trouve au contraire qu'elles sont élevées. D'ailleurs je lève un tabou: la doctrine militaire d’Israël d'envoyer de jeunes soldats de 18 à 20 ans, fussent_ils des Golani, me parait de plus en plus discutable. Il faudrait dorénavant une armée de métier, très aguerrie, professionnelle, expérimentée et constante au lieu de jeunes appelés qui au bout de 3 ans quittent l'armée.


Vous citez un responsable du Hamas:" L’opération terrestre d'Israël est une preuve de l'échec de la guerre aérienne contre la bande de Gaza». Malheureusement, je suis de plus en plus enclin à partager ce point de vue... A quoi ont servi tous ces bombardements? Ces derniers ne semblent pas avoir endommagés considérablement l’infrastructure militaire du hamas. En revanche ils ont bien participé à dégrader ENCORE d'avantage l'image d’Israël et surtout à tuer - et oui! - des femmes et de enfants innocents.

Maintenant Israël n'a plus le choix. Il doit finir le travail et éradiquer le hamas sinon tous ces morts (israéliens et palestiniens) auront péri pour presque rien. Ce ne serait pas acceptable.

Le prix à payer, si cher aux extrémistes de tous bords, va être trés douloureux. Manque surement un Arik Sharon pour impressionner l'adversaire et rassurer la population israélienne.

Cdlt

@Marianne: Effectivement, vous n'avez pas tort. Quand on se lance dans une guerre, il faut être prêt à accepter des options tactiques affreuses, sans états d'âmes, pour arriver enfin à la paix. Sinon on reste tranquille...

Michael a dit…

Concernant l'efficacité relative ou non des bombardements, j'attendrai un peu, laissons le temps au temps.
Concernant les pertes humaines, elles seront toujours trop élevés, surtout les israéliennes, mais le zéro mort n'existe pas, honorons nos morts et finissons le travail.
Le principe consistant à avancer, sécuriser, contrôler permets ensuite d'installer une relation avec la population ( une fois celle-ci purgées des éléments radicaux) et enfin de poser les bases de toute démarche de contre insurrection (lire ou relire gallula, hart, petraus...)
C'est à mon sens la meilleure des stratégies. Pourvu que nous ayons le temps de l' appliquer, Car le point se sortie la pour moi.