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lundi 30 juin 2014

EUTHANASIE : TU NE TUERAS POINT Par Marianne ARNAUD



EUTHANASIE : TU NE TUERAS POINT

Par Marianne ARNAUD

copyright © Temps et Contretemps



Statue de Moïse présentant les tables de la Loi exposée dans une artère piétonne de Jérusalem

Ce n'est certainement pas à nos lecteurs que je vais apprendre tout ce que la civilisation occidentale doit à ses racines judéo-chrétiennes, et peut-être en premier lieu à ce sixième commandement du Décalogue : «Tu ne tueras point». Car qui oserait nier que c'est en référence à cette loi divine du «Tu ne tueras point», qui nous vient du fond des âges, que notre loi française a supprimé la peine de mort ? Et ce n'est sans doute pas un hasard si cette loi a été défendue par un Juif, Robert Badinter, Garde des sceaux de François Mitterrand.



Mise à mort

Guillotine

Or ces derniers jours - et par deux fois – les Institutions de notre République ont tourné le dos à cette loi qui, au-delà d'interdire la mise à mort des criminels, se doit avant tout de protéger la vie des plus faibles d'entre nous : handicapés, malades et vieillards en fin de vie. Ainsi les hauts-magistrats du Conseil d'État avaient à se prononcer «pour la première fois sur la légalité d'une décision médicale ayant pour conséquence d'entraîner la mort d'une personne par arrêt de son traitement». Et ils ont répondu OUI.
La victime de cette décision, si elle devait finalement s'appliquer, est Vincent Lambert, cet infirmier psychiatrique, tétraplégique depuis 2008, à 32 ans, suite à un accident de la route qui le laisse dans un coma végétatif d'où il sortira en état de conscience minimale. S'ensuit un combat d'experts, des pour et des contre, de sa mise à mort ou de sa survie qui partage la famille et le corps médical en deux camps qui s'opposent jusque dans les medias.
Pour l'heure il a fallu surseoir à l'euthanasie réclamée par le Conseil d'État, une partie de la famille ayant fait appel auprès de la Cour européenne des droits de l'homme. Mais qu'en sera-t-il si la CEDH entérine le verdict du Conseil d'État ? Comment empêchera-t-on la décision de cette plus haute juridiction de l'État de faire jurisprudence ? Et, par voie de conséquence, que deviendront ces 1.500 à 1.700 handicapés qui, en France nous dit-on, sont dans le même état que Vincent Lambert ? Imagine-t-on pouvoir procéder à une euthanasie de masse ?

Fin de vie


L'autre décision judiciaire qui ne manquera pas de faire avancer les affaires de ceux qui prônent l'euthanasie à cor et à cris, c'est celle du tribunal d'Assises de Pau où un jury populaire vient de faire acquitter sous les applaudissements de la foule venue le soutenir, un médecin – le docteur Nicolas Bonnemaison – qui par sept fois a mis à mort des patients «en fin de vie», sans en référer ni aux familles des malades, ni à l'équipe médicale au sein de laquelle il officiait, et qui avaient été confiés à ses soins.
Jean Leonetti

Venus témoigner en sa faveur, si le président de l'Association pour mourir dans la dignité «montre l'urgence d'une loi légalisant l'euthanasie», et si Bernard Kouchner a appelé – et avec quelle ardeur - «à dépasser la loi Leonetti au plus vite pour qu'il n'y ait plus, en France la possibilité de condamner celui qui soulage les souffrances», parlant même pour ceux qui transgressent la loi d' «illégalité féconde», il n'en reste pas moins que Jean Leonetti lui, affirme : «Être médecin ne confère pas l'impunité d'actes qui seraient interdits à tous les autres.» Le jury populaire en a jugé autrement.
Qu'on s'en félicite ou le déplore, ces deux jugements nous montrent que «si notre société reconnaît un droit de mourir opposable, elle reconnaît forcément le devoir de certains de donner la mort», comme l'écrit le philosophe Thibaud Collin dans une tribune du magazine Valeurs actuelles, qui ajoute : «Faudra-t-il bientôt interdire aux pompiers de secourir une personne venant de faire une tentative de suicide, voire l'obliger à aller jusqu'au bout si telle est sa volonté» ?
Haïm Korsia

Certains se plaignent déjà qu'on n'entend pas assez l'Église catholique sur le sujet. Mais peut-être que le tout nouveau Grand rabbin de France – Haïm Korsia – ne tardera pas à nous dire ce qu'il pense de l'avenir d'une société qui tourne le dos au «Tu ne tueras point» qui l'a fondée.

7 commentaires:

AMMONRUSQ a dit…

Article admirable,mais je comprend et je ne comprend pas de vouloir garder en "vie" des gens qui sont déjà mort,qu'en est-t-il de leurs souffrances et désiraient-ils lorsqu'ils étaient pleinement conscients
sur la façon dont il souhaitaient mourir ?

Je souhaite que si une chose pareille m'arrivait,sans espoir de guérison acceptable,on mette fin à mes jours,j'ai déjà fait don de mes organes récupérables.

Il est souhaitable qu'un vrai débat s'installe dans la société.

Bernard LAVIN a dit…

Tu ne mettras pas fin à l'agonie d'autrui ? Tu regarderas autrui souffrir sans intervenir ?

Takouhi DJAN a dit…

cela fait bien longtemps que le monde a oublié.

Danièle GERMON a dit…

Je pense que l'ensemble de la société doit s'interroger sur cette question fondamentale . Ce n'est pas une question de morale . Mais face aux progrès de la science que doit on faire ? La loi Leonetti proposant de laisser mourir de faim et de soif sous analgésie est elle plus humaine ? Je ne sais pas . c'est très difficile de modifier la mort qui était naturelle avant .Et de légiférer aussi ..

Geneviève Boyer a dit…

Merci pour cet article, Marianne. Dans la blogosphère que nous partageons pour une part, j'ai lu ce matin un article intitulé "Une mort douce ? Je suis pour". Ces incroyables contorsions sémantiques de ceux qui poussent à "l'euthanasie sans peine" me laissent quasiment sans voix.
Avec "On achève bien les chevaux", Sydney Pollack -roman McCoy- (je vois l'affiche du film, avec Jane Fonda et le pistolet qu'on lui met sur la tempe) mettait l'accent sur l'exploitation de la misère économique par les cyniques, mais l"altruisme narcissique" se nourrissant de la vie des autres n'a rien à lui envier.

Jiminycriquette a dit…

La loi Lonettti fait mourir dans les pires souffrances auxquelles la sédation ne fait qu'ajouter celle des psychotropes incisives qui empêchent la moindre expression et même de formulation de ces souffrances. La mort par la soif se fait dans une encéphalopathie urémique et la sédation la réduplique.
Bbby Sands a tenu 66 jours sans manger et en buvant... si l'on veut tuer aussi hypocritement pourquoi y ajouter la folie par la soif ? Pourquoi empêcher l'offrande de la vie par la sédation "profonde" ?
La barbarie de Leonetti approche celle des nazis et même dépasse la torture du P Kolbe.

Marianne ARNAUD a dit…

Je ne peux que conseiller au lecteur qui voudrait aller plus loin dans sa réflexion sur le sujet, de lire l'article de François Goldwasser, cancérologue à l'hôpital Cochin de Paris et professeur de médecine, paru sur Slate.fr en décembre 2012. Il y explique en quatre points très précis, pourquoi selon lui, "il est dangereux d'aller directement à l'exercice d'un pouvoir sans prendre le temps de la maturation, de la sagesse avant l'action."

Je vous remercie très cordialement pour vos commentaires.

http://www.slate.fr/tribune/66353/fin-de-vie-aider-au-suicide-redoutable-regression-ethique