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jeudi 29 mai 2014

QUAND JEAN-MARIE LE PEN NOUS FAISAIT DES APPELS DU PIED Par Arie AVIDOR



QUAND JEAN-MARIE LE PEN NOUS FAISAIT DES APPELS DU PIED

Par Arie AVIDOR
Ancien Ambassadeur d’Israël

copyright © Temps et Contretemps et Arie Avidor

Arie Avidor à gauche remet la médaille des Justes

Arie Avidor, ancien ambassadeur qui vient de prendre sa retraite du ministère israélien des affaires étrangères, nous fait l'honneur de son témoignage historique relatif à la position du gouvernement israélien face à ses relations avec le FN et Jean-Marie Le Pen.

   
En 1986, grâce à la sollicitude du président Mitterrand qui avait institué la proportionnelle comme mode de scrutin aux législatives, le FN fit élire un groupe de 35 députés à l'Assemblée nationale. Les 35 membres du groupe parlementaire FN n'étaient pas tous d'anciens pétainistes ou collabos; on y trouvait quelques anciens gaullistes, transfuges de l'UNR, pour cause d'indépendance algérienne ou qui tout simplement n'avaient pas été retenus comme candidats sur les listes du parti gaulliste.



Grand résistant


Pascal Arrighi

Parmi ces derniers, Pascal Arrighi, grand résistant, énarque, conseiller d'Etat, juriste, ancien président de l'Université de Toulon et surtout, en ce qui nous concerne, l'un des dirigeants des Amitiés France-Israël - Association Général Koenig.
Lorsqu'Arrighi nous annonça, peu après les élections législatives, sa venue en visite en Israël, un dilemme se posa à nous: comment nous distancier de l'élu FN sans heurter l'ami sincère qu'il a toujours été? Nous le reçûmes aux Affaires étrangères où il tenta de nous convaincre de la volonté de Le Pen d'entamer un dialogue sincère avec la communauté juive et de venir en visite en Israël. Conscients des positions très nettes du CRIF à l'époque à cet égard, nous répondîmes à sa démarche par une fin de non-recevoir.
Alain Pierret

Le soir même, l'ambassadeur Alain Pierret offrit une réception en l'honneur d'Arrighi. Nous avions soigneusement briefé le Bureau du Premier ministre et le président de la Knesset sur la problématique de cette visite, en recommandant aux ministres et aux députés de s'abstenir de rencontrer le député FN. Du côté du ministère, il fut décidé que je serais le seul, en ma qualité de référendaire pour la France, à participer à la réception. Aucun ministre ne fut présent ce soir-là à la résidence de l'ambassadeur à Jaffa mais j'y remarquai néanmoins deux députés de l'aile droite du Likoud venus affirmer avec force gesticulations et péroraisons leur dédain pour les notes d'orientation des Affaires étrangères.


Visite de Jean-Marie Le Pen
Ambassadeur israélien Ovadia Soffer


Quelques semaines plus tard, nous reçûmes un télégramme de notre ambassadeur à Paris qui rendait compte d'une démarche pressante de Pascal Arrighi pour arranger, dans les plus brefs délais, la visite de Jean-Marie Le Pen en Israël. Je me souviens avoir rédigé une réponse très concise, mais aussi très claire, à l'attention de l'ambassadeur, le priant de préciser à son interlocuteur qu'aucune instance politique officielle de la majorité comme de l'opposition n'accepterait de rencontrer Jean-Marie Le Pen, si d'aventure le chef de file du FN décidait de se rendre en Israël.
Dans le courant de la même journée, l'affaire avait fuité, probablement à Paris, et la presse française et israélienne s'en était emparée. Je me souviens qu'en voiture, retour du bureau, j'avais entendu au journal du soir à la radio une interview de notre ambassadeur à Paris reprenant presque mot à mot la teneur du télégramme que je lui avais envoyé le matin même!
Deux années plus tard, en 1988, suite à la saillie de Jean-Marie Le Pen sur «Durafour crématoire», Pascal Arrighi se mit en congé du FN et rejoignit, à notre grand soulagement, le parti des Indépendants et Paysans.Parmi ces derniers, Pascal Arrighi, grand résistant, énarque, conseiller d'Etat, juriste, ancien président de l'Université de Toulon et surtout, en ce qui nous concerne, l'un des dirigeants des Amitiés France-Israël - Association Général Koenig.
Lorsqu'Arrighi nous annonça, peu après les élections législatives, sa venue en visite en Israël, un dilemme se posa à nous: comment nous distancier de l'élu FN sans heurter l'ami sincère qu'il a toujours été? Nous le reçûmes aux Affaires étrangères où il tenta de nous convaincre de la volonté de Le Pen d'entamer un dialogue sincère avec la communauté juive et de venir en visite en Israël. Conscients des positions très nettes du CRIF à l'époque à cet égard, nous répondîmes à sa démarche par une fin de non recevoir.
Le soir même, l'ambassadeur Alain Pierret offrit une réception en l'honneur d'Arrighi. Nous avions soigneusement briefé le Bureau du Premier ministre et le président de la Knesset sur la problématique de cette visite, en recommandant aux ministres et aux députés de s'abstenir de rencontrer le député FN. Du côté du ministère, il fut décidé que je serais le seul, en ma qualité de référendaire pour la France, à participer à la réception. Aucun ministre ne fut présent ce soir-là à la résidence de l'ambassadeur à Jaffa mais j'y remarquai néanmoins deux députés de l'aile droite du Likoud venus affirmer avec force gesticulations et péroraisons leur dédain pour les notes d'orientation des Affaires étrangères.
Deux années plus tard, en 1988, suite à la saillie de Jean-Marie Le Pen sur "Durafour crématoire", Pascal Arrighi se mit en congé du FN et rejoignit, à notre grand soulagement, le parti des Indépendants et Paysans.


3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Il est toujours intéressant et instructif d'entendre parler des situations historiques par les prsonnes qui les ont vécues Mais il peut être contre productif, voire dangereux de vouloir plaquer systématiquement une situation du passé sur le temps présent.
Ainsi l'antisémitisme de l'entre deux guerres n'a plus rien à voir avec l'antisémitisme qui sévit de nos jours, qui a complètement changé de nature. Ne pas le reconnaître c'est lui permettre de prospérer.

Pat Quartier a dit…

Madame Arnaud a perçu clairement le phénomène de l'antisémitisme actuel. Effectivement il a changé de nature.
Je souscris totalement aux termes de son commentaire.
L'antisémitisme ne ressemble plus autant qu'on s'évertue à le crier-surtout au CRIF, à la Licra ou à l'UEJF- à l'antisémitisme d'avant guerre.
Depuis de Gaulle, précurseur du "temps du soupçon" comme l'écrivait Raymond ARON l'antisémitisme français de "papa", celui des "Croix de feu', puis des skinheads a quasiment disparu. Franchement il n'effraie plus personne.
Ce ne sont pas les petits enfants du colonel de la Roque dans la continuité d'un christianisme éculé de curés de campagne (je caricature bien sûr) qui menacent et agressent les juifs de France ou de Belgique dans la rue ou dans les synagogues.
Qui d'honnête oserait dire le contraire?
Non, cet antisémitisme a pris on le sait le visage de l'antisionisme forcené, façonné par la politique étrangère de la France, menée activement par le Quai d'Orsay.
Ceci fut décrit précisément par Jacques Benillouche dans certains de ses articles bien documentés.
Ce n'est pas un secret aujourd'hui avec le recul :
Cette politique fut relayée à souhait par les medias pendant plus de trente ans, puis renforcée par l'importation à haute dose du conflit israélo-arabe version arabo-palestinienne due à l'immigration massive, courtisée pour des raisons d'opportunité électorale par les politiciens -de l'échelon national à l'échelon local des mairies-.
Les sorties clownesques de JMP aussi détestables fussent-elles sont loin d'avoir eu l'impact dévastateur (sauf pour lui pendant des années où il ne put accéder au pouvoir) en comparaison du mortel cocktail sus mentionné.
Je crains, madame Arnaud, que n'ayiez raison à avertir qu'en persistant à une confusion- je pense savamment entretenue- le vrai (re)créateur de l'antisémitisme :"l'antisionisme" ne continue de prospérer, mis en scéne par les responsables DE TOUS BORDS qui le dénoncent hypocritement ou inconsciemment sous couvert de la "défense des valeurs républicaines".
Le gouvernement israélien actuel a pris conscience de ce nouvel antisémitisme qui vise l'Etat juif ainsi que tous les juifs mis dans le sac de l'antisionisme.
Mais il n'a pas franchi le pas consistant à affronter les vrais responsables siégeant dans tous les gouvernements de la république, auteurs de la politique dont il ne cesse de subir les attaques.
Fera-t'il un jour un pied de nez à tous ces gens qui ont fait leur carrière sur le paillasson de l'antiisraélisme?
Certes des inconnues persistent avec MLP.
L'avenir dira peut-être si sous le poids des réalités, le procès d'intention à l'encontre de celle qui n'a pas fait la politique de la France s'avère plus fondé que le silence complice vis-a-vis des autres qui portent la responsabilité du chaos actuel.
A se tromper trop longtemps--"perseverere diabolicum"- le retour de bâton peut se faire terrible contre les institutions juives de France, leurs ouailles, et contre Israel par reconduction plus féroce de la politique en vigueur si ses politiciens manquant de finesse restent figés dans les certitudes du passé au bénéfice de partis politiques faussement amis mais aussi d'une UE ennemie dans laquelle la France a une politique influente.
Or comme on dit "les ennemis de mes ennemis"...
Aprés tout, les Etats n'ont que des intérêts parfois non concrétisés par une classe politique figée.

Marianne ARNAUD a dit…

@ Pat Quartier

Vous avez écrit exactement ce que j'aurais aimé dire et au-delà.
Je vous en remercie et j'espère que vous serez entendu.

Très cordialement