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mardi 20 mai 2014

MASOCHISME OU MESSIANISME ? Par Yaacov NEEMAN



MASOCHISME OU MESSIANISME ?

Par Yaacov NEEMAN


copyright © Temps et Contretemps



Le dimanche 11 mai, sur le parvis de l’Université de Tel-Aviv, une cinquantaine d’étudiants arabes israéliens ont manifesté contre «l’occupation israélienne». Parmi eux se trouvait le député arabe israélien Jamal Zahalka, qui a notamment déclaré : «Nous voulons célébrer la Nakba. Il n’est pas possible de déraciner un peuple de sa terre, de causer une pareille catastrophe, sans que nous restions silencieux… Au moins, nous avons le droit de crier ! » Comme chacun sait, le Nakba [littéralement : la catastrophe] est le concept utilisé par les Palestiniens pour désigner l’établissement d’un État juif au Moyen-Orient.



Député arabe israélien Jamal Zahalka


Bourses universitaires

L’intéressant – dans ce qui pourrait n’être qu’un fait-divers de plus au chapitre des relations israélo-arabes – c’est que ce même dimanche 11 mai, le Conseil israélien de l’Éducation supérieure annonçait l’attribution de 650 bourses d’études universitaires à des étudiants arabes poursuivant des cursus post-bac. Budget : 6,5 millions de shekels. 
Ministre de l'éducation Shaï Piron

Ce plan, qui vise à financer à 80 % de leurs dépenses universitaires (10.000 shekels (2.200 euros) au cours des deux premières années, et 5.000 shekels au cours des troisièmes et quatrièmes années), a été commenté comme suit par le ministre israélien de l’éducation Shaï Piron : «Ces bourses ouvriront les portes des structures universitaires à de nombreux étudiants talentueux qui pourront ainsi poursuivre des études de haut niveau.»
De son côté le Pr Manuel Trajtenberg, président du Comité de prévision budgétaire au Conseil de l’Éducation supérieure, estime que cette initiative «vise à provoquer une révolution dans la société arabe dans la manière dont est considérée l’éducation supérieure. Il permettra d’augmenter le nombre de diplômés dans le secteur arabe et facilitera leur intégration dans le marché du travail». Ces bourses s’inscrivent dans un plan plus global, défini en mars 2013 et pour une durée de six ans. Objectif : accroître le pourcentage de diplômés arabes. Budget : 300 millions de shekels.

Politique égalitaire

D’où cette question, politiquement incorrecte : pourquoi Israël consacre-t-il tant d’argent à promouvoir une classe intellectuelle arabe qui n’hésite pas à fustiger ouvertement «l’entité sioniste» et à appeler à une Palestine libre, érigée sur un Moyen-Orient Jude rein?
Nasri Saïd(gauche), arabe israélien, patron de New Generation Technology

       Au fil des années, cette politique résolument égalitaire – qui ne date pas d’hier et qui illustre la dimension démocratique d’Israël – s’est concrétisée sur le terrain par la création d’une classe moyenne arabe. Composée d’avocats, de médecins, de fonctionnaires, et présente dans de nombreuses activités de service (transports, fourniture de gaz, etc.), celle-ci accède généralement plus tôt au marché de l’emploi, du fait qu’exempte de toute obligation militaire.
       En réaction, dans les couches les plus profondes de l’opinion, en marge des discours officiels et d’une lecture «correcte» de la société israélienne, il existe un discours rampant qui dénonce à voix basse cette politique au motif qu’elle contribuerait à créer à terme une 5ème colonne, capable dans quelques décennies, du fait de sa démographie et de ses responsabilités, de remettre en question la nature même d’Israël.
Manifestation commune d'Arabes palestiniens et israéliens

Pour les tenants de ce discours, avoir accordé citoyenneté et éducation israéliennes à la minorité arabe relèverait du masochisme, d’une naïveté angélique, d’une volonté perverse d’aveuglement. Et au vu du nombre croissant d’Arabes israéliens impliqués dans des activités hostiles à Israël, ils s’étonnent de l’absence de toute remise en cause de cette politique dans la sphère publique – comme en témoignent les déclarations des quelques responsables cités plus haut.

Politique suicidaire

D’où leur interrogation : Israël serait-il devenu suicidaire ? Nos responsables sont-ils inconscients à ce point qu’ils semblent ne pas craindre d’élever des vipères au sein de la société qu’ils ont pour mission de guider et de protéger ?
À ces questions qui dérangent, et pour se garder de toute réaction primitive et raciste, on pourrait apporter une réponse qui serait tout à l’honneur d’Israël : si l’État hébreu entend promouvoir une politique résolument égalitaire entre Arabes et Juifs, c’est parce que l’une de ses missions – de nature messianique, excusez du peu – est d’offrir aux descendants d’Ismaël (le père de la nation arabe) la possibilité de retourner dans la tente d’Abraham d’où il a été exclu.
Avraham, Itzhak et Yaacov

Naturellement, pour souscrire à cette lecture, il faut repartir de nos textes fondamentaux. Lesquels nous enseignent qu’avec le retour d’Israël sur sa terre – après la longue parenthèse de 2.000 ans d’exil – le peuple juif renoue avec la dimension biblique de son histoire, commencée il y a plus de 3.000 ans. Pour certains, il est difficile d’accepter que nous soyons les descendants d’Avraham, Itzhak et Yaakov. Quant à leur faire comprendre que les Arabes d’aujourd’hui sont les descendants d’Ismaël – fils d’Abraham et demi-frère du second de nos patriarches – pour eux c’est une fiction, une légende, un discours qui n’a rien à voir avec la réalité présente. À ceux-là, il faudrait leur rappeler la réponse même de Yasser Arafat à un journaliste qui lui avait demandé quels droits les Palestiniens pensaient avoir sur cette terre : «Mon ancêtre Ibrahim [Abraham] vous le dirait mieux que moi !»

Affrontement religieux

Il est clair que cette lecture résolument nouvelle ne manquera pas de provoquer un haussement d’épaules chez le lecteur satisfait d’une compréhension laïque – c’est-à-dire, mécaniste, primaire et incomplète – de l’Histoire juive. Or il est incontestable que l’affrontement moyen-oriental est de nature religieuse. C’est la variable-clé, sur laquelle viennent se greffer d’autres narratifs (nationaliste, territorial, etc.). Tout se passe donc comme si le Maître de l’Histoire, après avoir orchestré le retour du peuple juif sur Sa terre, exigeait à présent de lui qu’il s’attache à reconstruire l’unité de la famille abrahamique – brisée après l’exclusion d’Ismaël.
Cette tâche difficile, ambitieuse, dangereuse, ne pouvait être confiée qu’au peuple juif – lequel en a vu d’autres – concerné au premier chef. Rien ne prouve que l’objectif soit atteint. Rien ne prouve que le partenaire ait bien compris la dimension religieuse de l’enjeu. Pour sa part, le peuple juif, aussi idéaliste que têtu, am kché oref [1]¸ s’y emploie avec ordre, méthode, confiance et persévérance.
Et si Israël échoue, me demandera-t-on ? Assurément le Maître de l’histoire, dont les yeux sont ouverts en permanence sur ce petit bout de terre, saura exactement à qui faire porter la responsabilité de l’échec de ce plan. Et on peut Lui faire confiance: quelque part Il nous a concocté un plan B, qui sera révélé en son temps, à son heure, à la génération qui saura l’accomplir.


[1] NDLR : peuple à la nuque raide

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Article ambigu très bien illustré par cette phrase pour le moins sibylline : "Il n'est pas possible de déraciner un peuple de sa terre, de causer pareille catastrophe, sans que nous restions silencieux", où on dit le contraire de ce qu'apparemment on voudrait dire.

AMMONRUSQ a dit…

C'est un point de vue qui peut se défendre !

Avraham NATAF a dit…

Celui, qui monologue croit dialoguer; le Shah d'Iran, qui avait voulu instruire son peuple, et avait été rejeté et la génération suivante se lance dans le nucléaire sans s'instruire sur Chernobyl , Fukoshima ou Three miles island