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mercredi 28 mai 2014

LE VATICAN, UNE SECTE QUI A RÉUSSI Par Yaacov NEEMAN



LE VATICAN, UNE SECTE QUI A RÉUSSI

Par Yaacov NEEMAN

copyright © Temps et Contretemps


Vatican

En marge de la visite du chef de la chrétienté au Moyen-Orient, il est bon de rappeler cette formule, forgée en son temps par le Pr Gérard Vincent, qui enseigna longtemps la science politique rue Saint-Guillaume, à Paris. D’ailleurs ce maître de conférences, qui contribua – avec d’autres – à produire toute la génération d’intellectuels cyniques qui gouvernent la pensée contemporaine, ne se privait pas d’ajouter : «La Papauté, c’est le plus vieux parti politique du monde.» 




Pr Gérard Vincent


Juif de Nazareth

Et effectivement, l’Église a réussi à surnager et à survivre à tous les cataclysmes qui ont bouleversé l’histoire humaine depuis qu’un Juif de Nazareth décida qu’en privilégiant l’amour inconditionnel de l’autre on pouvait amener la Rédemption. Une question demeure : savait-il que ses copains – on dit aujourd’hui : ses disciples – allaient lui faire endosser les habits du Messie, ce rôle trop grand pour un simple mortel ? Mais sa mort, voulue cruelle et exemplaire par le pouvoir colonial de l’époque, transforma le destin de ce petit rabbin juif dissident en figure emblématique. Suite à quoi nombre de peintres, sculpteurs et autres créateur d’icônes silencieuses se chargèrent d’en faire une idole. Oublié le sacrifice des premiers Chrétiens dans les arènes romaines, oubliée la sauvagerie des Croisades, oublié le fanatisme antisémite de l’Inquisition.

Aujourd’hui, après bien des accommodements et pas mal d’erreurs – la terre est plate, n’est-ce pas monsieur Galilée – l’Église a finalement concocté une théologie passe-partout, produit adoptable par toutes les cultures et incontestable, puisqu’avec le dogme de l’infaillibilité pontificale, proclamé en 1870 lors du premier concile œcuménique, la chrétienté a toujours raison, même quand l’Histoire, la morale et les droits de l’homme lui donnent tort.
Si l’Église s’est maintenue jusqu’à nos jours, si elle a résisté aux attaques des sages de la Renaissance, des libre penseurs des Lumières, des matérialistes historiques barbus et russophones, des philosophes laïcs et autres postmarxistes contemporains, c’est qu’elle a su au fil des siècles édifier un véritable empire économique, qui se joue des frontières et des gouvernements. Et quand on soulève le voile, ce qu’on découvre pourrait rendre jaloux nombre de gestionnaires de comptes off-shore dans plusieurs paradis fiscaux.

Le Vatican aux affaires

Tout commence en 1870 lorsque la jeune République italienne décide de priver le Vatican de ses États pontificaux, qui s’étendaient sur près d’un tiers de la péninsule. Exproprié et réduit à n’être plus qu’un timbre-poste sur la carte, le Vatican se lance alors dans les affaires, achetant des terrains puis les revendant. La papauté saura prendre le train en marche d’une Europe qui s’industrialise : elle investit dans des entreprises et découvre le commerce des matières premières.
Accords de Latran

L’embellie viendra avec Mussolini, qui par le Traité de Latran va remettre 1750 millions de Lires (100 millions de dollars) en règlement définitif de la question romaine. Le Vatican a alors assez d’argent pour investir à Wall Street : Paul XI comprend à temps qu’après le crash boursier, les actions vont remonter. Pas rancunier, le Vatican investit aussi en Italie, à tel point qu’avant-guerre, il détenait 10 à 15% de toutes les valeurs mobilières de la Bourse de Milan. À tel point que l’hebdomadaire anglais The Economist écrira : «Si l’Église déversait toutes ses actions sur le marché, l’économie italienne pourrait ne pas s’en remettre.»
Pie XI

En 1968, le ministre italien des Finances évaluera à 100 milliards de lires la fortune du Vatican. L’accumulation de tant de richesses oblige les papes à créer une Préfecture des Affaires économiques, confiée à des experts financiers américains, français, allemands qui investissent sur tous les marchés mondiaux. Le Vatican possède ainsi des comptes à la banque JP Morgan de New-York, à la Barclay’s de Londres, et au Crédit Suisse de Genève.
Si on ajoute à cela la valeur des dizaines de milliers d’églises, de cathédrales, de couvents et de monastères à travers le monde, on comprend que la boutade selon laquelle seul le bon dieu connaît exactement la valeur exacte des biens de l’Église n’en n’est pas une. Cela explique aussi pourquoi le pape a été reçu à Jérusalem avec tout le faste réservé à un chef d’État.


Adossé à de tels avoirs, doté d’un réel tempérament d’acteur, conscient que tout se joue en termes d’image et que la politique, c’est beaucoup de show-business (selon le mot de Claude Lelouch), on comprend dès lors que l’occupant actuel du Vatican puisse discuter d’égal à égal avec les chefs d’État. Le prouve sa proposition, adressée à Abbas et à Netanyahou de se rencontrer à Rome, pour conclure une paix au Proche-Orient. Si c’était le cas, ce serait un camouflet de taille pour la diplomatie américaine. Et la chrétienté, que l’on disait en recul partout dans le monde, deviendrait du coup un nouvel acteur sur la scène internationale. Reste à savoir si elle pourrait contrebalancer la montée en force d’un islam mondialiste, violent et conquérant.

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