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jeudi 22 mai 2014

LE CHAOS EN LIBYE RISQUE DE DÉBORDER SUR LA TUNISIE



LE CHAOS EN LIBYE RISQUE DE DÉBORDER SUR LA TUNISIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Attaque du parlement libyen

          La Libye se rappelle à notre bon souvenir alors que l’on croyait que la situation serait stabilisée avec la chute de Kadhafi. Il est un fait que les pays qui ont connu le printemps arabe sont tombés dans le chaos car ils étaient peu préparés à la démocratie à l’occidentale. Exception faire de la Tunisie, qui évolue favorablement après la mise à l’écart volontaire des islamistes d’Ennahda, l’Egypte a retrouvé sa stabilité avec le retour au pouvoir des militaires tandis que la Libye renoue avec la guerre civile avec un risque accru de déborder sur la Tunisie, sa voisine. Les Occidentaux doivent mesurer ce risque s'ils ne veulent pas perdre le contrôle de l'Afrique du nord.



Attaque du parlement


Colonel Hafter

La violence est de retour en Libye après des affrontements qui ont fait 24 morts et près de 200 blessés le 17 mai 2014 à Benghazi dans l’est de la Libye. Les combats ont opposé des milices islamistes et des groupes paramilitaires qui ont utilisé des hélicoptères et des avions de combat. La guerre civile est en marche. Les autorités de transition n’ont plus le contrôle de la situation face à des milices bien armées qui se sont équipées dans l’arsenal du colonel déchu. Les rebelles, à dominante islamiste, s’opposent à la reconstruction des institutions légales dans le pays car le chaos est l’élément fondamental de leur idéologie.
Le parlement libyen a été attaqué le 19 mai par une force paramilitaire dirigée par le général Khalifa Hafter qui a réclamé la suspension du pouvoir en place et la mise à l’écart des islamistes.  Il avait pris part à la révolte contre le régime de Kadhafi en 2011. La Tunisie, qui subit de plein fouet une crise économique sans précédent, souffre des répercussions de ce conflit qui gèlent tous les projets bilatéraux en particulier la création d’une zone franche à la frontière entre Ben Gardane en Tunisie et Ras-Jedir en Libye ainsi que la construction d’un pipeline gazier reliant la Libye à Gabès. Les troubles sécuritaires ont par ailleurs développé la contrebande et le commerce parallèle tandis que le commerce pétrolier est confisqué par les milices armées qui pillent les ressources du pays. La Libye, qui représente une source d’oxygène pour la Tunisie sur le plan économique, risque d’influer défavorablement sur la croissance déjà molle du pays.

Troubles à la frontière

Moktar Ben Nasr

Selon le colonel à la retraite de l’Armée nationale tunisienne, Mokhtar Ben Nasr, les conséquences de la guerre civile pourraient se traduire par un afflux de réfugiés  et de groupes terroristes armés en Tunisie, déstabilisant un pays en voie de reconstruction en se propageant en Afrique du nord. Des unités de l'armée, de la sûreté nationale, de la garde nationale et de la Douane ont pris position pour prévenir toute éventualité, et prendre les mesures préventives nécessaires et faire front à toute infiltration de groupes armés libyens. Ben Nasr estime que la situation est encore confuse en Libye et que rien n'est encore clair au sujet de l’action menée par l'ex-chef d'État-major, Khalifa Haftar.
Laâroussi Gantassi et Mohamed ben Cheikh

Deux diplomates tunisiens, Mohamed Ben Cheikh et Laâroussi Gantassi, ont été kidnappés depuis plusieurs semaines et sont retenus en otages par des milices dont les revendications sont contestées. Cela a d’ailleurs poussé  l’Algérie à fermer son ambassade ainsi que son consulat général à Tripoli face aux menaces réelles et imminentes sur ses diplomates.
En fait les troubles sont causés par deux clans qui se disputent le pouvoir à coup d’armes lourdes : les ex-kadhafistes et les islamistes. Cette situation a poussé les États-Unis et les Émirats arabes unis à intervenir conjointement pour stabiliser le régime en évinçant les islamistes. Les Américains ont cautionné ainsi l’assaut du général Khalifa Haftar contre le parlement libyen qui, avec l’aide d’anciens soldats et de quelques milices ralliées, compte mettre fin au chaos parce que selon lui «les extrémistes islamistes ont pris le pays en otage». 
Cheikh Mohamed Zayed Al Nahyan

Des sources sécuritaires rapportent que Barack Obama et le Prince héritier Cheikh Mohamed Zayed Al Nahyan, par l’intermédiaire d’officines occultes, fournissent des armes et des fonds secrets au général Hafter. Ils lui ont donné l’objectif de bouter hors de Tripoli et de Benghazi les islamistes d’Ansar Al-Sharia dont le chef Abou Khattala est censé avoir perpétré l’attentat contre le consulat américain à Benghazi le 11 septembre 2012 et l’assassinat de l'ambassadeur Christ Stevens et de trois membres de la CIA.

Premiers résultats probants


Brigade Al-Saiqa

Les forces loyalistes ont obtenu des premiers résultats probants grâce aux roquettes Grad et aux canons anti-aériens montés sur camions grâce auxquels ils ont infligé de lourdes pertes aux islamistes de Benghazi. Le général Hafter a été rejoint à Tripoli par la force Al-Saiqa constituée d’anciens commandos parachutistes de l’armée de Kadhafi et par la brigade Al-Qaaqaa composée d’anciens soldats libyens de l’ouest. Mais il n’a pas réussi à rallier à lui les dirigeants libyens. Il est en effet accusé, par les ministres et hauts-fonctionnaires, dont une grande partie a d’ailleurs fui sous les coups des islamistes, d’avoir fomenté un coup d’État.
Brigade Misrata

 La réussite de sa mission dépend de sa capacité à mater  les 17 grandes milices bien armées issues des troupes de Kadhafi et des tribus qui contrôlent de nombreux fiefs. Il devra en particulier neutraliser la brigade de Misrata, installée dans le port éponyme, qui est constituée de 40.000 combattants lourdement armés avec 800 chars et 2.000 véhicules blindés prélevés dans l’arsenal de Kadhafi. De cette neutralisation dépendra la réussite  du général Hafter, et par contrecoup de celle des Occidentaux.
La situation en Libye est loin de se clarifier et les conséquences de la guerre civile risquent de se propager en Occident qui croyait avoir réglé le problème libyen en éliminant le colonel Kadhafi. Nombreux sont ceux qui pensent aujourd’hui que les dictatures sont en fait des sources de stabilité politique et économique dans les pays qui ignorent les bienfaits de la démocratie.  De ces troubles entre clans, nul ne peut prédire lequel sortira vainqueur des anciens khadafistes ou des islamistes.  



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