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lundi 19 mai 2014

DE LA TORAH AU CORAN Par Jean CORCOS



DE LA TORAH AU CORAN

Par Jean CORCOS


Catherine Pennacchio

Mon émission du 4 mai nous a fait voyager loin dans le temps puisque nous avons parlé du Coran, du livre sacré des Musulmans dans lequel on trouve, et c'est une réalité d'évidence, énormément de passages qui semblent inspirés de la Bible. Même si bien sûr les textes sont différents, on retrouve en effet, avec des noms arabes, les Patriarches de la Torah, mais aussi d'autres personnages et récits bibliques comme Moïse et le récit de la sortie d'Égypte.



Fossé entre religion juive et musulmane

Coran imprimé

Parce qu'on lit tellement de sottises sur le fossé qui séparerait définitivement les religions juive et musulmane, je voulais faire entendre une voix compétente, et surtout purement universitaire et objective et ce fut un grand bonheur de recevoir Catherine Pennacchio, connue à l'occasion d'un cours qu'elle donnait à l'Institut Elie Wiesel. Catherine Pennacchio a un atout décisif pour traiter de ces sujets, puisqu'elle maîtrise parfaitement l'hébreu et l'arabe, ayant passé une maîtrise dans ces deux langues. En 2011, elle d'ailleurs soutenu à l'INALCO un doctorat de linguistique comparée hébreu-arabe.
Dans ma première série de questions, on a planté le décor historique de l'Arabie à l'époque du Prophète Mahomet et de la révélation du Coran : quel était le contexte religieux dans la région? Et les Juifs, où vivaient-ils ? Quelle était leur origine ? Catherine Pennacchio a rappelé qu'à la veille de l'islam, l’Arabie était habitée par des tribus arabes, sédentaires et nomades, qui s’occupaient du commerce de l’encens et des épices. Ces nomades étaient aussi des bergers. La plupart de ces tribus étaient polythéistes, certaines s’étaient converties au judaïsme, d’autres au christianisme.
Empire des Sassanides

Le christianisme était installé à Byzance et régnait sur la Syrie-Palestine et l’Égypte, l’Empire sassanide, qui dominait la Mésopotamie et la Perse, pratiquait le culte zoroastrien. L’un et l’autre cherchaient à étendre leurs influences sur l’Arabie tout en essayant de contenir les razzias des Bédouins. Les Juifs s’étaient installés en Arabie longtemps avant le christianisme, ils ont été les premiers à y introduire le monothéisme. Ils sont arrivés à plusieurs périodes et pour plusieurs raisons. 
Dès la conquête de Canaan, des tribus ont demandé à Moïse de ne pas franchir le Jourdain. À la période du roi Salomon, des caravanes de chameaux assuraient le transport de marchandises entre le Levant et le Yémen. En -556, le roi Nabonide s’installe dans le nord de l’Arabie, on pense que dans ses garnisons il y avait des exilés juifs de Nabuchodonosor. Le dernier motif d’immigration massive a été la destruction du second Temple ; beaucoup de Juifs se seraient installés au nord de l’Arabie pour fuir les Romains.
Nicolas Poussin : destruction second temple


Conversion au judaïsme

Il y a eu aussi un phénomène important de conversions au judaïsme, qui s’est propagé au Yémen. Il a été suffisamment influent, peut-être au niveau de l’élite, pour transmettre cette religion aux souverains, puisqu’il y a eu un roi juif, le roi Yusuf. Enfin, la vie de ces communautés était florissante. Elles cultivaient des dattes, possédaient d’immenses palmeraies, et vivaient du commerce et de l’artisanat.
La Mekke

         Un petit rappel sur le récit historique tel qu'on le lit dans le Coran était nécessaire, pour rappeler qui était le Prophète Mahomet et surtout pour expliquer comment le même homme, qui semble avoir eu des relations amicales avec les Juifs à La Mecque, a fini par faire la guerre aux tribus juives de Médine, en faire exterminer une et en expulser les deux autres. Les premiers contacts du Prophète avec les autres religions ont commencé à la Mekke, qui attirait une population marchande cosmopolite, dont bon nombre de Chrétiens et Juifs de passage.
         Dès le début, Mahomet doit faire face à l’opposition des Mekkois, des membres de sa propre tribu, qui ne voient pas d’un bon œil la proclamation du culte du Dieu unique puisqu’il s’attaque aux divinités locales et à la Ka’ba. Il fuit à Médine, et là le Prophète découvre véritablement le judaïsme. Trois tribus juives, les Banu Qaynuqa, les Banu Nadhir et les Banu Qorayza partageaient cette oasis avec deux tribus arabes originaires du Yémen. Il semblerait que Mahomet ait voulu modeler sa religion sur le judaïsme, afin de montrer qu'elle était dans la continuité des précédentes.
Site de Banu Qaynuqa

         Mais malgré les concessions qu’il était prêt à faire, les Juifs refusaient de le reconnaître comme Prophète. En 624, suite à un incident, les Banu Qaynuqa sont expulsés. En 625, c’est au tour des Banu Nadhir. En 627, les Banu Qorayza avaient négocié avec les Mekkois pour qu’ils les débarrassent du Prophète. Les Mekkois ayant perdu la bataille du Fossé, Muhammad assiégea aussitôt les forteresses juives. Au bout d’un mois, les Juifs doivent se rendre. Les hommes furent exécutés par le sabre, les femmes et les enfants vendus comme esclaves. Donc, oui le Prophète a expulsé les Juifs d’Arabie, mais il ne les a pas «tous massacrés», comme on l’entend souvent, il n’a tué «que ceux» qui avait fomenté un complot contre lui.

Compilation du Coran

          J'ai ensuite questionné Catherine Pennacchio sur la compilation du Coran. La tradition sunnite  affirme qu'il y a un original dont le Coran matériel est la transcription partielle, le livre mère, Oum El Kittab, qui se trouvait au Ciel de toute Éternité. Pourquoi le Coran commence-t-il par la fin, les versets de Médine ? Comment comprendre un texte sans chronologie ? Pourquoi demeure-t-il parfois des contradictions entre des versets ?
          En réponse, mon invitée a rappelé que la Torah aussi ne suit pas toujours un ordre chronologique, c’est un Talmud (traité Pessa'him 7a) qui l’explique : «Ein mukdam ou méou'har baTorah» (pas de plus tôt et plus tard  dans la Torah). Le Coran peut sembler déconcertant, au premier abord, à cause de cette impression de «désordre». Les 114 Sourates sont classées de la plus longue à la plus courte. Par exemple, la Sourate numéro 2, qui est constituée de 286 versets et qui est la plus longue, appartient à la période de Médine, alors que la dernière, la Sourate 114, n’a que 6 versets et elle appartient à la période de la Mekke. On peut dire que dans une certaine mesure, on lit le Coran à l’envers. Les premières Sourates qu’on lit sont les dernières à avoir été révélées.
          Les savants musulmans ont été les premiers à vouloir mettre les versets dans l’ordre chronologique où ils ont été révélés. Ils ont ensuite été suivis par les savants occidentaux qui sont arrivés à retrouver un certain ordre, grâce à une étude du texte basée sur des critères précis : l’allusion du Coran à des événements, le contenu et le style. L’intérêt de la chronologie était essentiel pour les Musulmans : non seulement parce que le texte coranique leur apparaît comme une source pour établir la biographie du prophète de l’islam ; mais aussi, parce que cette chronologie permet d’expliquer les contradictions que présentent certains versets, et de répondre aux interrogations juridiques. C’est ce qu’on appelle le système de «l’abrogeant et de l’abrogé», c’est-à-dire l’annulation d’un verset par un autre verset.

Liens entre Coran et religions nonothéistes


Abraham Geiger l'un des fondateurs du judaïsme réformé

Autre sujet délicat, les théories qui relient directement le Coran aux religions monothéistes qui ont précédé l'islam : le Rabbin Abraham Geiger, au 19ème siècle, a dit que Mahomet avait été instruit directement par des savants juifs, et qu'il se serait inspiré directement à la fois de textes du Midrash, de la Haggadah du Talmud et des textes dits «apocryphes». Catherine Pennacchio a rappelé que les Midrashim sont des recueils qui ont pour but d’expliquer le texte biblique en utilisant divers procédés littéraires : la parabole, les récits, les légendes ...
La rédaction des Midrashim s’étend jusqu’au 13e siècle. Les textes dits «apocryphes» sont les livres qui n’ont pas été insérés au canon biblique. Les apocryphes de l’Ancien Testament qu‘on retrouve dans le Coran sont Le livre d’Hénoch et le Livre des Jubilés. Abraham Geiger a été le premier à démontrer que le Prophète et ses informateurs auraient été instruits oralement sur le judaïsme. Il explique qu’on peut voir cela aux imprécisions qui apparaissent dans le Coran, aux confusions. Les emprunts de vocabulaire qui viennent plutôt de l’araméen que de l’hébreu, prouvent qu’il s’agit des écrits rabbiniques, et pas de la Torah. Et mon invitée a donné à mon micro un exemple très précis d'un passage du Coran (Sourate 37, versets 91 à 93), où le récit d'Abraham brisant les idoles de son père est calqué sur celui du Midrash (Genèse Rabba 38, 13).
André Chalom Zaoui

J'ai évoqué, en conclusion, la figure du Rabbin André Chalom Zaoui, dont j'ai découvert un texte d'une grande force synthétique publié par les Nouveaux Cahiers en 1979. Il est lucide sur ce qui sépare les grands monothéismes, en particulier l'accusation très grave qui est faite aux Juifs d'avoir falsifié leurs textes sacrés. Mais il souligne aussi que la Sourate 5 et les suivantes reconnaissent le lien entre le peuple juif et la Terre d'Israël. Mon invitée est réticente sur cette interprétation, notant que dans cette Sourate c’est Moïse qui parle à son peuple : ce passage ne prouve donc pas que le Coran reconnaisse ce lien. 
Cependant Catherine Pennacchio pense aussi que c’est l’héritage commun qui doit rapprocher Juifs et Musulmans. Il faut travailler sur ce qui est partagé, ce qui rassemble, et viser une compréhension mutuelle en expliquant les textes et surtout leur contexte. C’est l’ignorance qui éloigne, et le rapprochement doit passer par l’éducation, dans les deux sens. 

Cliquer sur le lien pour réécouter l'émission complète sur Judaïques FM



5 commentaires:

Saulnier a dit…

Bien léger

evy a dit…

Comme c'est étonnant, aucun commentaire???
Serait-ce parce qu'enfin on arrête de diaboliser le coran?
serait-ce parce que pour une fois on reconnait nos origines communes?
je ne peux que féliciter la conclusion: "Il faut travailler sur ce qui est partagé, ce qui rassemble, et viser une compréhension mutuelle en expliquant les textes et surtout leur contexte. C’est l’ignorance qui éloigne, et le rapprochement doit passer par l’éducation, dans les deux sens."
mauvaise foi s'abstenir!

Marianne ARNAUD a dit…

J'ai du mal à imaginer que cette étude de madame Pennacchio, qu'on nous présente comme religieuse, mais qui a indiscutablement l'air d'obéir à une visée politique, enthousiasmera les Juifs, religieux ou pas.
Mais je peux me tromper.

Geneviève Boyer a dit…

Il paraît que le leader de B.H. (je me refuse à prononcer "l'enseignement occidental est haram") est un désaxé sanguinaire. En tout cas, ce n'est pas dans le Livre des juifs ni dans celui des chrétiens qu'il trouve à légitimer ses crimes.

sylvieb a dit…

il eut été judicieux et souhaitable de traiter des 3 monothéistes dans l'ordre chronologique soit
1ére les hébreux universaliste par essence avec moïse et le don de la thora et du décalogue

2éme les chrétiens avec jésus (roi des juifs selon les romains.

3ème l'islam qui voulurent conquire par la FORCE les pays d'orient et d'occident voulant en éliminer tant la chrétienté que le Judaïsme qui naquirent initialement en terres d'orient et y fondèrent le monothéiste en terres idolatres et polythéistes. L'islam et mahomet n'y amenèrent que la guerre de conquête et d'élimination des cultures précédentes