ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mercredi 2 avril 2014

LE POISSON D’AVRIL A-T-IL DES ÉCAILLES ET DES NAGEOIRES ?



LE POISSON D’AVRIL A-T-IL DES ÉCAILLES ET DES NAGEOIRES ?

Par Yaacov NEEMAN
copyright © Temps et Contretemps


Houmous, purée de pois chiches

        Quand je reviens de la synagogue, après la prière du matin, j’aime bien ouvrir la radio pour apprendre les dernières nouvelles. Je ne sais pas si vous écoutez les informations, mais quelque chose est en train de changer en Israël. Jugez plutôt : pour compenser la suppression de la TVA sur les nouveaux appartements, le ministère des Finances s’apprêterait à créer une nouvelle taxe sur le houmous.


Gefilte fish

Pour commenter cette info, le speaker avait invité un monsieur d’origine marocaine, qui n’y est pas allé par quatre chemins : «C’est pénaliser toute la communauté séfarade ! Il faut exiger une mesure identique sur le gefilte fish.» J’ai été un peu surpris, mais quand on sait que plusieurs dizaines de tonnes de houmous sont consommées chaque année dans l’Etat hébreu, j’ai trouvé que quelque part, c’était logique.


Vertus médicales

Et le speaker d’expliquer qu’il y a quelques mois, des chercheurs israéliens de l’Université hébraïque de Jérusalem se sont penchés sur les vertus du houmous et ont découvert que cette purée de pois chiches accélérait la croissance, diminuait l’agressivité, accroissait la confiance en soi, ou encore agissait comme un antidépresseur. Cette taxe est donc justifiée, puisque non content de nous nourrir, le houmous nous soigne !
Avion civil sans pilote

L’eau de mon café était en train de bouillir quand, quelques secondes plus tard, un journaliste scientifique annonça : «Fort de l’expérience israélienne en matière de drones, El Al vient de conclure un partenariat avec Elbit, pour construire le premier avion civil sans pilote.» Après tout, pourquoi pas ? A l’aéroport Charles-de-Gaulle, la navette qui relie les deux terminaux fonctionne bien toute seule !
Je cherchais désespérément la tasse fétiche qui m’a été offerte à ma bar-mitsva quand une voix dans la radio déclara : « La gouverneure de la Banque d’Israël Karmi Flug a déclaré : "Comme l’expérience prouve que ça ne sert à rien d’acheter des millions de dollars pour tenter de déprécier la cotation du shekel, nous avons décidé d’adopter la monnaie américaine comme monnaie nationale." Stanley Fisher, gouverneur adjoint de la Fed, a salué "cette mesure courageuse qui simplifiera nos échanges avec nos alliés américains".» Après tout, pourquoi pas ? Il existe bien des dollars australiens, des dollars canadiens, des dollars rhodésiens. Eh bien il y aura désormais des dollars israéliens ! D’ailleurs, ne dit-on pas qu’Israël est le 51ème État des États-Unis d’Amérique ?
Quelques secondes plus tard, le journaliste économique nous apprenait la fusion de la Bank Hapoalim avec le Vaad HaRabbanim [1]. Interviewée, la présidente du groupe, Sherry Harrison, a déclaré : «Je me réjouis de cette décision qui vient confirmer la vocation humaniste de notre institution. Renouant avec une importante mitsva du judaïsme, le groupe HaPoalim a décidé de verser le maasser [2] de ses bénéfices aux bonnes œuvres. »

Les plages de Gaza

Plage de Gaza

J’étais tout de même incrédule, quand ma femme – qui avait tout entendu – entra dans la cuisine en disant : «Tu vois, c’est la preuve que Machi’ah arrive !» [3] Puis il y eut une page de publicité, après quoi le speaker annonça que Le Club Med allait ouvrir un village de vacances à Gaza. Son directeur, Henri Giscard d’Estaing, a déclaré : «Il était temps de valoriser la beauté des plages gazaouites.» Et d’expliquer que cette initiative est en phase avec la nouvelle politique palestinienne, qui entend s’ouvrir à la modernité. Ainsi le maire de Naplouse (Djénine) veut développer le tourisme dans sa ville : «Notre artisanat local et nos souks n’ont rien à envier à Jérusalem.»
Là encore, j’étais un peu sceptique, mais la radio ne vous donne pas le temps de réfléchir : une information chasse l’autre. Je compris qu’il fallait s’attendre à tout. Et quand le speaker annonça qu’après le gaz off-shore, on venait de découvrir du pétrole sous l’immeuble de la Knesset, je ne fus guère surpris. Et pas davantage lorsqu’à l’antenne, le médecin de service déclara : «Pour contenir les dépenses publiques, la ministre de la Santé et son collègue des Finances ont décidé d’offrir un abattement de 10% d’impôts à tout citoyen n’ayant pas été malade pendant l’année fiscale de référence. Le syndicat des médecins proteste, faisant valoir que cette mesure réduira le nombre des consultations.»
Kotel de Jérusalem

Un peu plus tard – c’était la plage culturelle – j’appris que Rav Adin Steinzaltz s’est lancé dans la première traduction du Talmud en swahili, en déclarant : «La pensée juive doit se mettre à portée de toutes les cultures.» Il était temps d’éteindre le poste, mais l’oreille, qui n’est jamais lasse d’entendre, capta encore cette stupéfiante information : «Un milliardaire américain veut acheter le Kotel [4] et le démonter pierre par pierre pour le remonter au Texas… » Tout est possible le premier avril !

50 ans pour s’y faire

Charles IX

Les coutumes ont la vie dure ! Lors d’un voyage dans les différentes parties de son royaume, le roi de France Charles IX, remarquant que l’année nouvelle débutait ici le 25 décembre, ailleurs le 25 mars, voire le 1er avril, comprit qu’il fallait uniformiser tout cela. Le 9 août 1564, par un édit qu’il promulgua à Roussillon, près de Grenoble, il fut décidé que l’année civile commencerait au premier janvier. Il ne faisait en cela qu’imiter son collègue, l’empereur d’Allemagne Charles Quint, qui en avait décidé pareillement quelques décennies plus tôt.
Pour ridiculiser ceux qui continuaient à fêter comme auparavant, on s’employa à tourner en dérision le 1er avril. C’est de cette manière que des historiens expliquent la tradition du poisson d’avril. Il faudra 50 ans pour que les populations s’habituent au 1er janvier : pour preuve, ce n’est qu’en 1622 que Rome s’y résoudra. D’autres remarquent que dans plusieurs civilisations, une journée festive existait déjà, qui coïncidait avec l’équinoxe de printemps (le 21 mars).
En Israël – où la joie de Pourim n’a absolument rien à voir avec les blagues du 1er avril – ce jour s’appelle השׁקר יום, le «jour du mensonge», et cela pour des raisons que la tradition justifie. Quoi qu’il en soit, les journalistes israéliens ont repris le concept avec succès, faisant croire au monde entier, en avril 2011, qu’Israël allait construire une île artificielle au large de Tel-Aviv. Pour notre part, nous avons glissé deux informations vraies parmi celles inventées plus haut. Saurez-vous les découvrir ?


[1] NDLR : Vaad haRabanim : Le rabbin Yossef Chalom Eliachiv, grand décisionnaire de la génération, avait demandé au rabbin Azriel Auerbach de créer une nouvelle association afin de distribuer davantage de tsedaka (aumône et charité) en Israël. En effet, les demandes se multiplient : veuves, orphelins, nécessiteux vont trouver un véritable appui financier et humain.

[2] NDLR : Le Maasser, dîme du pauvre;  le judaïsme orthodoxe considère comme méritoire de donner une partie de son revenu, idéalement un dixième, à la tsedaka.

[3] NDLR : Le Messie


[4] NDLR : Le Mur des lamentations

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je dirais : les vertus du houmous et l'avion sans pilote ...

Norbert LIPSZYC a dit…

Les informations vraies glissées dans tes poissons d’avril : les vertus médicales du Houmous bien sûr, et la décision de Charles 9 ?
Ai-je raison ?
Amitiés
Norbert