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dimanche 23 février 2014

UKRAINE : LE NOUVEAU DESTIN DE LA PRINCESSE IOULIA



UKRAINE : LE NOUVEAU DESTIN DE LA PRINCESSE IOULIA

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps



          Les manifestants ukrainiens auront eu raison du pouvoir. En quelques heures, l'opposition ukrainienne s'est emparée, le 22 février, des principaux leviers du pouvoir après le départ précipité de Kiev du président Viktor Ianoukovitch. Le nouveau président du Parlement ukrainien, Olexandre Tourtchinov, bras droit de l'opposante Ioulia Timochenko, qui vient d’être libérée après une décision du Parlement, a affirmé que l'objectif de l'opposition était désormais le retour au «fonctionnement normal des institutions».



Poupée Barbie



L’Ukraine, ancienne république soviétique, avait refait parler d’elle à l’occasion des élections du 28 octobre 2012. Celles du 30 septembre 2007 avaient vu la victoire d’Ioulia Timochenko. Ce pays plus étendu que la France, l’un des plus grands de l’Europe, peuplé de 50 millions d’habitants vit une situation politique très compliquée car il est virtuellement coupé en deux entités totalement opposées. L’occidentale lorgne vers l’Ouest, se vante que son Église soit rattachée à Rome, défend sa langue, l’ukrainien, et vit sous le rêve américain. L’Orientale, qui ne parle que le russe, affiliée au Patriarcat orthodoxe, est indéfectiblement attachée aux liens historiques avec la Russie.
Chacune de ces deux régions est personnifiée par des figures emblématiques : Viktor Ianoukovitch, pro-russe élu à la présidence de la république en 2010, et  Ioulia Timochenko, pro-occidentale, qui avait été son alliée lors de la Révolution orange en 2004 et qui s’était séparée de lui à la suite de dissensions politiques. Lors des élections législatives anticipées du 30 septembre 2007, le bloc dirigé par Ioulia Timochenko était arrivé en deuxième position avec 30,7 % des voix tandis que le parti des Régions de Viktor Ianoukovitch avait remporté les élections avec 34,4 % des voix.  Mais c’est Ioulia qui avait été désignée comme premier ministre.

Le ver dans le fruit

Ioulia à son procès

La condamnation contestable pour abus de pouvoir de l’ancienne premier ministre et chef de l’opposition, Ioulia Timochenko, à 7 ans d’emprisonnement en 2011 a inquiété la communauté internationale dont une partie estime que le pays est en voie de «poutinisation». En fait le pouvoir avait trouvé cette solution pour l’éliminer sur le plan politique car elle agrégeait autour d’elle toutes les rancœurs d’une population excédée. Son cas était considéré comme emblématique. Son affaire avait provoqué une grave crise entre Kiev et l'Union européenne qui y voyait des motivations politiques à son internement. Elle avait été accusée d’avoir détourné une partie des fonds provenant de la vente au Japon de quotas ukrainiens de gaz carbonique (environ 250 millions d'euros). Une autre affaire de CO2 de celle de France.
Celle qu’on surnomme la Princesse du gaz, allusion à sa richesse spontanée lors de son passage à l’Ukrainian Oil Corporation, avait comme dessein politique de s’opposer radicalement à tout lien avec la Russie et de nouer des relations privilégiées avec l’Europe qui seule, selon elle, pouvait donner le coup de fouet économique salvateur à l’Ukraine. Sa méfiance vis à vis de l’ancien bloc communiste avait été affirmée ouvertement dès 2005 : «La Russie a dû déjà comprendre que l’Ukraine élit ses présidents et nomme ses premiers ministres elle-même».  

Deux clans

Révolution orange

Mais le pouvoir en place avait réussi son coup en la condamnant car, croupissant en prison, la figure de proue de la Révolution orange n’a pu jouer un rôle direct dans les élections de 2012. Son parti l’avait cependant désignée tête de liste, à titre symbolique. Les résultats avaient déçu les Ukrainiens qui voyaient ainsi s’évanouir les espoirs de la Révolution orange de 2004.  
Mais il ne s’agit cependant pas de se méprendre sur le véritable caractère de cette femme angélique, déterminée, à la coiffure de poupée Barbie et au teint aseptisé qui s’apparente plutôt à un Machiavel féminin. Capable de parler pendant des heures, sans notes, elle enflamme son auditoire pour mieux poursuivre son ascension tout en ne reniant pas sa volonté révolutionnaire. 
Le Parti des régions du président Ianoukovitch était arrivé en tête du scrutin, suivi de près par la principale alliance de l'opposition, composée notamment de la formation d’Ioulia Timochenko. L'Union européenne et les États-Unis se sont inquiétés des méthodes douteuses observées lors de la campagne, teintées de favoritisme à l’égard de certains candidats. Déjà en 2004, des fraudes électorales massives lors de la présidentielle avaient provoqué la révolution orange pacifique. Mais il semble que ces habitudes soient ancrées chez les Ukrainiens.
Les élections ont profondément divisé l'Ukraine en deux clans : les soutiens, particulièrement nombreux, de l'ancienne premier ministre Timochenko, et les partisans du président qui a multiplié les menaces portées contre la liberté de la presse et les arrestations et autres événements judiciaires portés à charge contre les anciens ministres de sa rivale. La décision de donner à la langue russe un statut particulier avait été très contestée dans un pays très sensible à sa propre culture.  

Récession économique

À partir de ce moment l'Ukraine est entrée dans une période de récession économique, avec une croissance proche de zéro pour l'année 2012 et une récession en 2013. Les taux d'intérêts élevés, la perte de confiance dans la hryvnia, la monnaie nationale, et la dégradation du climat des affaires ont conduit à la détérioration de la situation économique. L'Ukraine s’est par ailleurs trouvée sur le plan international en situation d'isolement diplomatique. Les projets d'accords économiques et douaniers avec ses principaux partenaires commerciaux, l'Union européenne et la Russie, furent dans l'impasse. L’absence de confiance a réduit les investissements étrangers tandis que le Fonds monétaire international a interrompu le versement d'aides financières en raison de l'insuffisance des réformes structurelles. Ce fut suffisant pour étouffer la situation économique et créer les conditions d’une révolution.
Avant l’arrivée du président Ianoukovitch, l’Ukraine, trait d’union entre les deux Europe, était en plein boom économique mais encore pauvre malgré un grand potentiel qui lui permet de rêver à une entrée dans l’Union européenne. C’est un marché de 50 millions d’habitants qui s’ouvre pour Israël et les pays européens. Tout est à reconstruire dans un pays où l’industrie est obsolète et l’agriculture dépassée par la technologie. L’expertise israélienne pourrait aider l’agriculture à se moderniser pour être exportatrice. Si l’industrie locale est d’abord fondée sur la métallurgie et la chimie, l’industrie des textiles et des meubles nécessite beaucoup de fonds qui pourraient susciter des partenariats avec des investisseurs israéliens.
Lieberman-Ianoukovitch

C’est pourquoi Israël tient à développer des relations facilitées par le ministre israélien des affaires étrangères, russophone, qui s’était rendu en Ukraine en juillet 2012 pour une visite de quatre jours. Le président Viktor Ianoukovitch et Avigdor Lieberman s’étaient rencontrés pour discuter  de la création d'une zone de libre-échange entre les deux pays et de la coopération économique. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Kostiantyn Hryshchenko,  avait déclaré: «Nous sommes parvenus au fait que cette année pourrait conduire à des échanges de biens et de services pour environ un milliard de dollars». Par ailleurs Ianoukovitch et Lieberman ont mis l'accent sur la coopération israélo-ukrainienne dans la science et la technologie, le renforcement des contacts humains et le dialogue politique. Certes l’Ukraine a tenu à équilibrer ses relations puisqu’elle a reconnu la Palestine qui dispose d’un ambassadeur officiel en la personne du Dr Mohammed Alasaad.

Antisémitisme

Défilé nazi en Ukraine

Le nouveau gouvernement n’a pas donné de gages sérieux de sa volonté de contrer l’antisémitisme ouvertement affiché dans le pays. On se souvient de l’énorme manifestation en faveur des S.S qui a permis à 100.000 nazis d’Ukraine de défiler tandis que les principaux médias internationaux, à une ou deux exceptions près, passaient sous silence l’événement. Les vieux démons peuvent enfoncer encore plus l’Ukraine vers le camp du passé.
Manifestation nazi

Pour la Coupe d’Europe 2012 en mai, la BBC avait diffusé un reportage qui avait représenté un véritable choc, un retour vers les heures les plus sombres du fascisme avec des chants et des saluts nazis tandis que la police restait passive. L’organisation de la coupe d’Europe en Pologne et en Ukraine avait été un coup de projecteur sur la montée d’un racisme qui apparaît de plus en plus organisé et idéologique. Le nouveau gouvernement n’a pas donné de gages de démocratie, mais a surtout prouvé qu’il compte réactiver les vieux démons. La tutelle discrète russe a certainement orienté le pays vers un autoritarisme musclé. 
Ioulia libérée

Mais il semble que la population pro-européenne refuse la mainmise russe en Ukraine. Plus de 100.000 personnes avaient manifesté pour demander la démission du président Viktor Ianoukovitch et pour dénoncer le fait que le président avait fait une pause dans le processus de rapprochement avec l'Union européenne. La princesse Ioulia Timochenko avait observé les événements depuis sa prison avec l’espoir que sa doctrine du rapprochement avec l’Europe sera privilégiée. Il semble qu’elle ait été entendue. Elle doit faire face à présent aux nouveaux défis et en particulier le défi face aux nazis qui s'affichent ouvertement en Ukraine.
video



2 commentaires:

Avraham NATAF a dit…

Nous avons les printemps arabes et d'autres révoltes et grandes manifestations populaires mais notre monde est à la recherche d'un nouvel équilibre après celui qui a suivi la 2ème guerre. La prospérité venait des emprunts, les couples travaillent à plus de 2 emplois pour joindre les 2 bouts, le logement au dessus des moyens.

Il y a 50 ans une usine employait 400 travailleurs contre 40 aujourd'hui grâce à l'automation et l'Etat, qui a moins de revenus d’impôts, serre la vis dans les dépenses comme les services, les retraites, la santé pour offrir la privatisation.

Robert DUPRAT a dit…

Elle a une petite âme de SS .. Qui deviendra grande ,,, donc ouvrons les yeux