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mercredi 26 février 2014

LES JUIFS DE TUNISIE SOUS LA BOTTE ALLEMANDE De Jean-Pierre ALLALI



Une recension de Jacques BENILLOUCHE

LES JUIFS DE TUNISIE SOUS LA BOTTE ALLEMANDE 

De Jean-Pierre ALLALI

copyright © Temps et Contretemps
         
        Ce thème a été peu abordé de manière exhaustive par les écrivains. Plusieurs auteurs ont certes effleuré le sujet dans des ouvrages autobiographiques, sur la base de souvenirs personnels. Mais devant les fantasmes créés par l’occupation de la Tunisie par les Allemands, du 13 novembre 1942 au 7 mai 1943, il devenait nécessaire de témoigner au sujet de cette péripétie dramatique de l’Histoire que certains qualifient à tort de Shoah en Tunisie. En assimilant à la solution finale les problèmes vécus sans commune mesure pendant six mois par des victimes tunisiennes, on insulte en fait les six millions de Juifs morts par la barbarie nazie.



Jean-Pierre Allali, spécialiste de la Tunisie, a relevé le défi parce qu’il estimait, à juste raison, que les témoins de cette période dramatique disparaissaient progressivement, emportant avec eux leurs souvenirs et leurs témoignages. L’auteur a décortiqué cette période critique en profitant de l’intégrer à toute l’histoire des Juifs de Tunisie. Cet ouvrage efface ainsi les fausses idées et les interprétations sur la réalité de l’occupation allemande et tord le cou à des légendes totalement fantaisistes, ou inventées par mimétisme avec les Juifs ashkénazes.  
Moncef Bey

On apprend ainsi que les Juifs de Tunisie, grâce aux autorités italiennes, n’ont jamais été astreints au port de l’étoile jaune bien que quelques travailleurs forcés la portèrent, par anticipation, par fierté ou par provocation ou dans les villes de Sousse et de Sfax. Par ailleurs, il est à présent établi que le Bey Moncef n’a pas protégé ses citoyens juifs puisqu’il promulgua le statut des Juifs par le biais des décrets beylicaux des 30 novembre 1940 et 26 juin 1941 alors qu’il avait refusé de signer l’arrêté instituant le service obligatoire de travail pour les Musulmans. Il le fit peut-être sous la contrainte mais, en tant que haute personnalité morale arabe, il se serait grandi en refusant de signer un acte discriminatoire et en laissant cette responsabilité aux autorités françaises. Il le paiera cher puisqu’il fut contraint d’abdiquer le 5 juillet 1943 au profit de Sidi Lamine Bey.
Lamine Bey

Ce fut d’ailleurs aussi le cas pour le roi Mohamed V «qui finit par apposer son sceau au bas des dahirs et des arrêtés concernant le statut des Juifs du Maroc». L’auteur dénonce aussi, preuves à l’appui, la complicité de nombreux dirigeants du Néo-Destour, dont Habib Thameur, avec le Grand mufti de Jérusalem et les puissances de l’Axe. En revanche, il confirme que Habib Bourguiba avait tout fait pour conseiller à ses amis de prendre le parti des Alliés alors que d'autres pensaient que les Allemands pouvaient les aider à obtenir leur indépendance.
Ce livre est une véritable encyclopédie de l’histoire des Juifs en Tunisie, et pas seulement durant les six mois critiques. Il révèle de nombreux faits totalement ignorés parce que rien n’a été fait par les dirigeants juifs de Tunisie pour enseigner aux Juifs leur propre histoire. Il remet les pendules  à l'heure en ce qui concerne la réalité de l’antisémitisme tunisien qui s’amplifia avec l’arrivée des Allemands. La légende tenace prétendait que les Juifs de Tunisie avaient vécu en bonne entente avec les Tunisiens et n’avaient jamais rien subi de la part des citoyens arabes alors qu'au mieux, ils avaient vécu dans l'indifférence mutuelle.

Jean-Pierre Allali, grâce à ses nombreux témoignages, nous propose une description fidèle de la période d’occupation allemande de six mois mais il ne sous-entend jamais une volonté d’éradication des Juifs même si les sévices dans les camps de travail étaient souvent inhumains. Les Allemands avaient besoin de main d’œuvre pour consolider leurs positions militaires et ils réquisitionnèrent des jeunes Juifs dont ils firent leurs esclaves. Les enfants, les femmes et les vieux n’ont jamais été inquiétés à l’exception des quelques notables otages qui eurent tous cependant la vie sauve. Mais nulle part dans les documents il n’y a trace d’un programme d’extermination massive comparable à celui appliqué en Europe dans le cadre de la solution finale. Il est donc impropre de qualifier de Shoah les six mois d’occupation allemande, au sens précis du terme.

39 travailleurs juifs «périrent de maladie ou d’épuisement à la suite de leur séjour en camp de travail» et parmi eux certains ont été les victimes d’une lâcheté individuelle et gratuite de la part de soldats allemands particulièrement féroces. C'est beaucoup trop pour les familles mais c'est négligeable comparativement aux massacres en Europe. L’auteur constate aussi que «la déportation de Juifs au départ de la Tunisie est souvent ignorée, même de certains historiens». En faible nombre certes, 17 Juifs tunisiens ont péri dans les camps de concentration en Europe, certains raflés alors qu’ils se trouvaient en Métropole où ils vivaient. «Si minime soit-elle, la déportation de Juifs au départ de la Tunisie sous occupation allemande est néanmoins une réalité».
Le livre fourmille de détails, d’anecdotes historiques, de faits méconnus qui donnent au livre son intensité dramatique. Jean-Pierre Allali a effectué un énorme travail de compilation et de documentation donnant à son livre la qualité d’un ouvrage historique pour les juifs tunisiens qui vivent aujourd’hui en Israël ou en France. Nous apprenons ainsi la rupture douloureuse parmi les Juifs, entre ceux qu'on traitera de "collaborateurs" alors qu'ils cherchaient à atténuer la souffrance des travailleurs et les autres qui préféraient ne pas être impliqués dans la gestion de la communauté. La tâche restera indélébile pendant plusieurs années. 
Les 56 témoignages recueillis auprès des derniers survivants sont un gage historique car ces derniers témoins nous racontent avec réalisme l’horreur allemande qu'ils ont vécue en Tunisie à la fois en tant que travailleurs forcés mais aussi en tant que simples citoyens juifs en Tunisie. 
Nous ne déflorerons aucun récit pour laisser le lecteur vivre intensément les journées dramatiques des Juifs soumis à la barbarie allemande. C’est de l’Histoire en direct, de la télé-réalité intense, un retour en arrière sur des faits que les témoins n’ont pas abordés jusqu’alors, parce qu'ils n'osaient pas en parler ou parce que personne ne le leur a demandé. Il faut remercier ces survivants et surtout Jean-Pierre Allali pour nous avoir plongés dans cet épisode méconnu de l’Histoire des Juifs de Tunisie. Les récits sont émouvants, sans aucune espèce de haine, mais profondément instructifs. 
Un beau livre à lire, surtout pour notre nouvelle génération. Un véritable témoignage au moment où la Tunisie cherche à gommer le passé des 120.000 Juifs qui ont quitté leur pays parce qu'ils ne se sentaient plus tolérés ou parce que leur coeur battait pour leur patrie historique, Israël.

            Editions Glyphe
85, Avenue Ledru-Rollin
75012  PARIS
www.editions-glyphe.com

4 commentaires:

Guy Sitbon a dit…

La nation juive moderne s'est constituée autour de la Shoah plus que de la Torah. Les Orientaux, étrangers à cette histoire, n'y trouvent pas leur place. Juif sans Holocauste, c'est incomplet, dépareillé. Une pièce rapportée. Comme si on nous enlevait les 40 ans dans le Sinaï. Les Tunes, seuls Orientaux occupés par les nazis, cherchent à se tricoter un épisode, à magnifier nos six mois sous la botte que j'ai vécus enfant. Une manière de s'intégrer, de se fondre aux Européens. Déjà que nous ne représentons pas grand chose dans l'épopée sioniste... qu'on nous laisse au moins nos six mois.

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

A une époque où certains Juifs, déjudaïsés sur presque tous les plans, ne se perçoivent qu'à travers le martyrologue juif et que d'autres, haredims ou parfois gauchistes se prétendent les VRAIS JUIFS PERSECUTES, (par d'autres Juifs), et travestissent toute opposition en forme de "Nazisme", il est bon de rappeler les faits historiques et de relativiser, relativiser ne veut surtout pas dire ici dévaluer, ou mépriser la souffrance, mais face aux douleurs vécues, et aux passés idylliques dont dealent certains, ce ne sont que des élucubrations aussi valables que la parole de ceux qui n'ont jamais mais au grand jamais vécu d'antisémitisme en France. Sourds au discours de De Gaulle, de Barre, de Cheysson, de Védrine ou de Chirac, ils ont feint d'ignorer les violences quasi quotidiennes dont sont affectés leurs frères. Le Judaïsme, ce n'est ni être une victime expiatoire, ni une réalité unidimensionnelle, religieuse ou pas, c'est une Civilisation et une Culture qui se doit de se regarder en ouvrant bien les yeux avec objectivité pour ne pas répéter les erreurs de l'Histoire. Alors, place aux historiens et désenclavons les passés cachés.

Edith a dit…

Allali est universitaire, et pas historien de la Shoah.
Comme l'a bien dit the United States Holocaust Memorial Museum (ushmm):

CONTEXTUALIZE THE HISTORY. Events of the Holocaust, ... should be placed in historical context. The Holocaust must be studied in the context of European history as a whole to give students a perspective on the precedents and circumstances that may have contributed to it.

Similarly, the Holocaust should be studied within its CONTEMPORANOUS context so students can begin to comprehend the circumstances . … Investigates POLITICAL circumstances."

FACTS: “The Holocaust of the Jewish people, SHOAH: the attempt to annihilate the Jewish people,” (Salev at YAD VASHEM) was a political process (Hilberg) and not an event. It evolved, not according to the geographic borders of continents/masses land, such as the masses land of Europe and North Africa, but within the political context of European History, a Europe of “the European nations and its colonies,” as Hitler himself defined ‘Europe;’ “Europe… without consideration of geographic limitations,” as per the Wannsee Protocol of January 20, 1942; and Europe of “European States {such as} … Tunisia … Algeria,” as per a German document relevant to the Jewish question in Europe, dated October 22, 1942 (after Wannsee).

Edith a dit…

Yad Vashem: french North Africa was an integral part of unoccupied Vichy." "The regime saw it as an integral part of non-occupied France, and all the decrees published during the Vichy period were immediately implemented throughout the empire." Thus, the persecution of the Jews in Vichy-North Africa is "an integral part of the Shoah in France." (Sir Martin Gilbert.