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vendredi 21 février 2014

LES GERMES DE LA CRISE UKRAINIENNE



LES GERMES DE LA CRISE UKRAINIENNE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps



Kiev centre-ville

Pour l’économiste ukrainien Volodymyr Vakhitov, professeur à Saint-Petersbourg, «les analyses de la crise politique ukrainienne exagèrent le poids de la tutelle russe». Selon lui, il est illusoire d’affirmer que le pays est physiquement divisé, partagé entre l’Ouest pro-européen et l’Est pro-russe. En fait la révolte contre les autorités est une protestation contre un régime corrompu qui confisque les richesses.




Volodymyr Vakhitov

Division économique et politique

Les événements à Kiev démontrent effectivement une division économique et politique mais cela a toujours été ainsi depuis des dizaines d’années, de part et d’autre du fleuve Dniepr. Mais cette division a concerné plusieurs éléments et clans qui se sont souvent affrontés : les pro-communistes contre les nationalistes, Iouchtchenko contre Ianoukovitch, le Parti des régions contre Patrie, Timochenko contre Ianoukovitch. Cette division semble plus mentale que géographique, économique, ou sociale entre zones d’influence pro-occidentale et pro-russe.
Mineurs de charbon

Il est un fait que l’Est de l’Ukraine a toujours été plus riche en matières premières, en particulier en charbon et en minerais, grâce aux nombreux investissements engagés à l’époque de l’URSS. Ainsi l’Est s’est trouvé plus industrialisé, plus urbanisé et plus peuplé avec une population employée dans les industries lourdes. Mais l’effondrement de l’URSS a rendu ces entreprises techniquement obsolètes avec, comme conséquence, des plans de privatisation illégaux qui ont distribué la richesse entre quelques mains qui, par coïncidence, se trouvaient être des cadres du Parti communiste, du Komsomol (jeunes communistes) et des chefs de gangs criminels.

Ainsi, à la fin des années 1990, les usines ont été vendues pour une bouchée de pain à des entreprises venues de Russie, qui ont souvent délocalisé la production, entraînant une réduction de moitié des emplois et un chômage dramatique. Les nouveaux propriétaires ont dicté leur loi parce qu’ils étaient les seuls employeurs locaux qui n'hésitaient pas à faire appel à des personnes au passé criminel pour assurer l’ordre.

Ouest agricole


En revanche l’ouest de l’Ukraine est une zone agricole avec peu d’usines. La terre n’a pas subi de privatisations mais est quand même tombée entre les mains «d’agroholdings» qui n’ont pas procédé en 1990 à de gros investissements pour enrayer la baisse de la production agricole et donc une baisse des revenus. Les Ukrainiens ont été poussés à émigrer pour subvenir aux besoins de leurs familles, devenues plus pauvres que celles de l’Est. La division économique du pays est donc profonde mais elle n’a pas entraîné de division culturelle ou linguistique.
À l’exception de la Crimée, la population se sent ukrainienne même si le russe domine à l’Est et l’ukrainien à l’ouest. Mais l’idée d’intégrer l’Union Européenne est devenue populaire dans tout le pays. La corruption dans un État paternaliste a aggravé l’écart entre les riches et les pauvres d’autant plus que les résidus de l’époque soviétique tendent à faire croire que tout doit provenir de l’État providence. L’État est en effet toujours impliqué dans les services sociaux, les hôpitaux, les universités, la police et même l’entretien des habitations. 

Mais la corruption est partout pour acheter une place dans les crèches ou dans les universités et même dans les cimetières car les fonctionnaires sont très mal payés. Les pots-de-vin sont une réalité quotidienne aussi bien au bas niveau des fonctionnaires que dans la haute hiérarchie. Tout est achetable, même les tribunaux qui sont soudoyés. Certes l’intégration à l’OMC a imposé certaines règles pour les appels d’offres de l’État mais l’inégalité existe toujours entre citoyens. Enfin le système de la corruption impose un nivellement par le bas ; les personnes les plus loyales au gouvernement sont favorisées par rapport aux plus diplômées et aux plus capables.

Influence russe

L’influence russe est toujours présente, en particulier par la langue qui est parlée par 75% des Ukrainiens. La majorité des chaînes télévisées, des magazines, des livres et de la musique populaire sont en russe parce que les coûts de ces produits sont plus faibles. Un grand nombre des produits culturels rappellent le passé soviétique comme les chansons populaires, les films et les traditions. C’est cette tutelle russe qui pose problème. Certes le divorce de 1991 a imposé la langue ukrainienne dans l’éducation mais le passé russe est toujours présent bien qu’il n’ait pas motivé la colère des manifestants de la place Maïdan.
Institut français d'Ukraine

Le paradoxe tient dans le fait que l’influence des valeurs européennes est nulle en Ukraine. L’Europe ne fait rien pour promouvoir son style de vie et ses vertus. Quelques colloques restent réservés à une élite. Les activités du British Council, du Goethe-Institut, de la Maison française, de la Maison polonaise et de la SIDA suédoise sont limitées à un public de jeunes restreint et ciblé car les Ukrainiens parlent peu de langues étrangères. Les télévisions européennes ne diffusent pas leurs programmes. L’obtention d’un visa européen est un parcours de combattant alors que la Russie est toute ouverte à son voisin. 
Une expansion culturelle massive de l’Europe en Ukraine se fait bien attendre alors qu’un  marché de 45 millions de personnes est en attente de nouvelles idées. Il n'y aucune raison de s'étonner de la passivité de l'UE qui veut être une force politique alors qu'elle n'est qu'une force stérile, qui affiche ouvertement un égoïsme à toute épreuve et qui perd progressivement du terrain au profit de puissances occultes. Au lieu de tendre la main aux Ukrainiens désespérés, l'UE laisse faire et abandonne une population contrainte de se tourner vers les extrêmes, antisémites compris.  

Gaz russe

Gazoduc en Ukraine

Tout changement politique est hypothéqué par la dépendance de l’Ukraine à l’égard de l’approvisionnement énergétique russe. Le gaz est utilisé non seulement pour le chauffage, mais aussi pour la production industrielle. On voit mal les magnats renoncer à leurs bénéfices en faveur d’un changement politique imprévisible. En effet, beaucoup de gens se sont enrichis grâce à des accords liés au gaz, en particulier Ioulia Timochenko, actuellement en prison. Mais paradoxalement la Russie est tout aussi dépendante du système ukrainien pour le transport du gaz car l’Ukraine dispose de gros réservoirs de stockage utilisés pour la fourniture continue de gaz à l’Europe.
L’adhésion à l’UE pourrait apporter des bénéfices sur le long terme mais sans conséquences immédiates. C’est ce qui permet à la Russie de critiquer cet accord et de mettre en garde les Ukrainiens : «Vous paierez un énorme prix, les marchés pour vos produits se fermeront, à la fois en Europe, car vous n’êtes pas compétitifs, et en Russie, car les réglementations européennes ne sont pas compatibles avec celles de l’Union douanière; vous perdrez votre population active à l’instar de la Lettonie, la Lituanie et la Grèce ; vous deviendrez une source de main d’œuvre à bon marché pour les retraités européens». Cette argumentation fait souvent mouche expliquant pourquoi l’énorme pression, à la fois interne et externe de la part de la Russie, a été plus forte que la tentative de séduction sans précédent de l’Europe.
Victor Ianoukovtch

L’Ukraine s’engage cette année dans une nouvelle campagne présidentielle, avec des élections qui doivent avoir lieu au début de 2015. La gouvernance du président Ianoukovitch a mené le pays au bord de la faillite, avec une dette extérieure énorme, une grosse dette publique, un déficit budgétaire, une énorme dette liée à la Caisse des retraites, un climat d’investissement détérioré, l’absence d’un État de droit, et un manque de confiance en l’État. Il a peu de chance d’être réélu dans le cadre d’élections honnêtes et transparentes. Il ne lui reste plus que la solution de libérer des fonds pour couvrir les déficits les plus frappants touchant la Caisse de retraite et au budget de l’État. Alors il cherche des soutiens tout azimut.

Il discute donc à la fois avec l’UE, la Russie et la Chine. Il a reçu une fin de non-recevoir de la part du FMI qui conditionne son aide à une augmentation des tarifs intérieurs du gaz pour la population. La Chine le considère comme une potiche et préfère attendre le résultat des élections. Seule la Russie a immédiatement offert 3 milliards de dollars et 12 milliards sous forme de réduction sur le prix du gaz pour les trimestres à venir. La décision de surseoir à l’adhésion à l’UE, qui a déclenché en partie la mauvaise humeur à Kiev, est le résultat d’une décision solitaire d’un Président qui a privilégié ses intérêts personnels à l’intérêt de son pays.

Le modèle de la Pologne

Leszek Balcerowicz

Il aurait dû s’inspirer de l’exemple de la Pologne qui ressemble à l’Ukraine en termes de territoire, de mentalité et de langue et qui offre des centaines de bourses aux étudiants ukrainiens qui désirent étudier dans des universités polonaises. Les réformes économiques polonaises menées par Leszek Balcerowicz au cours des années 1990 sont considérées comme des exemples d’une transformation post-communiste réussie et la Pologne est l’un des rares pays, parmi ceux qui ont récemment rejoint l’UE, qui n’a pas été touché trop sévèrement par la crise. Ainsi, si l’Europe devait décider d’une politique pro-ukrainienne, la Pologne pourrait en être le meilleur véhicule.


4 commentaires:

Albert GUENOUN a dit…

Bonsoir Jacques

je te félicite pour ton article car il dépeint bien la situation en Ukraine - je suis actuellement en mission en Ukraine jusqu'à la fin de l'année à Poltava dans l'est et à 100 km de Karkov. J'ai sous mes ordre une équipe de jeunes ingénieurs et techniciens Ukrainiens et nous venons d'évoquer la crise actuelle et ils m'ont servi exactement le contenu de ton article car ils viennent de toutes les régions du pays .

Je m'occupe du projet de renforcement de la route Kiev Karkov et c'est la banque mondiale qui finance car l'EU n'a pas donné un radis pour améliorer cet axe majeur qui relie l'Ouest à l'Est du pays . Ma première impression depuis quelques jours est qu'ils sont très pauvres salaires de l'ordre de 500 € pour un cadre chambre d'hôtel à 30 € et repas à 7 € dans de bons établissements et cette jeunesse bien qualifiée aspire à un avenir meilleur.

Ceux qui ont appris l'anglais ont un avantage pour l'ouverture vers l'Europe. J'espère en tout cas que la corruption à haute échelle telle que je la constate cessera un jour - C'est un peuple qui gagne à être connu

Renée BUREL a dit…

article qui expose que l'union europeenne est trop absente en Ukraine

atoilhonneur corto a dit…

Je ne suis pas d accord avec tout ce quee vous décrivez mais peu importe, on ne peut être d accord sur tout.

Il y a néanmoins un grand absent dans votre article: Les USA.

Auriez-vous une explication à la présence de John Mac Cain, sur la place Maidan, en compagnie d'un leader de l extreme droite radicale ukrainienne, antisémite notoire Oleh Tyahnybok ?

Mac Cain et John Kerry ont été vu a plusieurs reprises sur la place Maidan. Qu'y faisaient-ils ?

Vaggelis STAVRAKARIDIS a dit…

L'Europe au bout de sa course A! Pauvre Europe tu est devenu une vieille dame et tu ne peut pas supporte tes état d'âmes .Laisse les Ukrainiens résoudre leurs problème tout seuls ne met pas tes grains de la haine regarde toi tu est devenu ridicule pauvre Europe !tu est déjà malade:::::::::::::::::