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dimanche 23 février 2014

AU VENEZUELA NICOLAS MADURO EST PIRE QUE HUGO CHAVEZ



AU VENEZUELA NICOLAS MADURO EST PIRE QUE HUGO CHAVEZ

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Capriles et Maduro

Les présidentielles, suite au décès de Hugo Chavez, ont eu lieu le 14 avril 2013 à une date choisie symboliquement car elle rappelait qu’Hugo Chavez, écarté du pouvoir par un Coup d’État, était revenu aux commandes le 14 avril 2002 sous la pression de la rue. L’Occident n’attendait rien de ces élections qui ont consacré sans surprise Nicolas Maduro, désigné par Hugo Chavez avant sa mort. 
Le Venezuela a raté l’occasion de choisir un jeune libéral de 42 ans, Henrique Capriles Radonski, qui aurait pu apporter du sang neuf en secouant un pays gangréné par l’idéologie marxiste. Mais Maduro avait axé sa campagne en l'accusant d’être un «agent sioniste» en référence à ses origines juives en tant que petit-fils d’un survivant de la Shoah. 

Chavez et Maduro


Antisémitisme et antisionisme

Le défi était trop difficile pour l’opposition car, sur les 19 millions d’électeurs inscrits, au moins 2,4 millions dépendent d’emplois publics tandis que d'autres plusieurs millions vivent de subsides de l’État ou de programmes sociaux. Capriles pouvait difficilement convaincre cette population d'assistés de la justesse de son programme. Et pourtant tout concourait à lui faire confiance en raison de l’exaspération de la population qui souffrait de la persistance du crime organisé, d’un taux d'inflation élevé, de la corruption et de l'inefficacité du gouvernement.

Le Venezuela, qui regorge de pétrole, est paradoxalement victime de son trop-plein de richesse, mal distribuée, alors que le pays a préféré jouer la carte de l’antisionisme doublé d’antisémitisme affiché. Au lieu de favoriser la naissance d’un modèle de démocratie et de privilégier le développement social, Chavez et son successeur Maduro ont choisi la voie de la dictature pour faire partie des privilégiés de l’OPEP. Les bases sociales du pays ont été détruites car les reculs sociaux ont servi à museler l’opposition et à affaiblir les partis afin de grignoter progressivement les espaces de liberté et d’interdire les plus grands médias de son pays.
Hugo Chavez avait radicalisé son opposition à Israël jusqu’à dénier son existence dans une volonté de s’attirer les faveurs des potentats de la Ligue Arabe qui lui ont offert en récompense un strapontin d’observateur, sans que l’on sache quel est le certificat d’arabité qui pourrait justifier son adhésion parmi les Arabes. Les dirigeants communistes ont favorisé en 2009 l’émergence d’une vague d’antisémitisme qui s’était traduite par un boycott des magasins juifs et surtout par la profanation de la synagogue de Caracas dont l’Arche Sainte et les livres de prières ont été détériorés et dont les murs ont été souillés de slogans antisémites.

L’opposition avait une mission impossible et pourtant le successeur de Chavez n’avait pas son charisme et n’arrivait pas à galvaniser les foules. Maduro n'a pas la stature d'un homme d'Etat. Il a hérité, par accident ou opportunité, d’un pays et son seul credo consistait à dire qu’il voulait rassembler le peuple en invoquant sa fidélité au Commandante et au Christ à la fois, ce qui semble paradoxal pour un révolutionnaire marxiste. Chauffeur de bus avant de devenir syndicaliste, il doit sa carrière à son mentor Hugo Chavez qui l’a nommé ministre des Relations extérieures et vice-président.

Économie en berne



La population attendait de Maduro qu’il relève les défis économiques pour mettre l’économie au service du peuple et non l’inverse afin d’améliorer ses conditions de vie. Mais il n’a pu appliquer une économie de marché salvatrice car elle risquait d’être mal comprise par une population assistée, dont les 30% sont touchés par la pauvreté. L’économie vénézuélienne ne manque pourtant pas d’atout. Cinquième puissance économique d’Amérique Latine et premier producteur pétrolier du continent avec en plus des vastes ressources minières (or, bauxite, fer, nickel, charbon…), hydrauliques et agricoles, le pays a connu en 2012 une croissance de 5,5%. Mais Maduro a failli dans l’instauration d’un nouveau modèle économique, à base de révolution bolivarienne financée par les revenus du pétrole car l’or noir, a été utilisé comme arme diplomatique dans les relations internationales.
Bidonville de Caracas

La répartition des richesses n'a pas changé puisque 45% des ressources reviennent aux 20% les plus riches tandis que 32% de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Le Venezuela manque de cadres, d’experts, de médecins et il doit s’approvisionner à l’étranger pour les médicaments, les denrées agricoles, les bananes et le sucre. Il souffre d’un manque d’eau et d’un déficit de production électrique, ce qui semble paradoxal dans un pays où l’abondance du pétrole pourrait servir à créer des usines de dessalement.
Mais les ressources du pétrole ne sont nullement investies dans des projets de production mais uniquement dans la distribution stérile de subsides. Les ressources pétrolières sont dépensées et gâchées dans une politique extérieure axée sur l’extension d’une influence politique à l’extérieur des frontières. La croissance du pays fait illusion car elle repose sur une forte dépense publique, face à une inflation galopante (26,1% en 2011 et 31,6% en 2012) qui a entrainé une dévaluation de la monnaie locale de 50% avec double taux de change, légal et parallèle. Nicolas Maduro a tenu à maintenir l’héritage Chavez à tout prix sans changer de politique mais il n’a fait que conduire le pays à l'effondrement. Le Venezuela est entré en récession en 2013 avec un PIB qui a diminué de 0,4% et une inflation de 56% tandis que le bolivar vénézuélien a chuté de 32% par rapport au dollar américain.

Les étudiants dans la rue

Police contre étudiant à Caracas

La situation ne pouvait pas durer et elle devait exploser. Les opposants au nombre de 3.000, parmi lesquels une majorité d’étudiants, ont manifesté le 15 février face aux partisans du pouvoir. Les affrontements ont fait trois morts par balle et plus de 60 blessés. Alors qu’Hugo Chavez n’avait jamais exercé de répression massive sur son peuple, son successeur Maduro, incapable de maîtriser la situation, a choisi la violence en démontrant ainsi l’échec de sa politique. Il n’a rien pu faire contre la cherté de la vie, contre l’insécurité et les pénuries de produits alimentaires de première nécessité. Cela reste incompréhensible pour un pays qui regorge de pétrole.

Mais l’opposition risque à nouveau de passer à côté de l’Histoire car elle est divisée face au pouvoir en place. Les étudiants exigent le départ de Nicolas Maduro alors que le leader de l’opposition Henrique Capriles, choisit d’être en retrait car il estime que «les conditions ne sont pas réunies pour forcer le départ du gouvernement». Il semble en fait qu’il ne veuille pas attiser la violence, attaché à sa stratégie de respecter la démocratie parlementaire. 
Les États-Unis, fidèles à leur politique de non-ingérence stérile qui les rend spectateurs passifs comme à Kiev, «se montrent profondément préoccupés et condamnent la violence insensée» exercée contre les manifestants opposés au gouvernement. Les Vénézuéliens attendaient certainement moins de paroles et plus d’action. Alors la situation s’envenime avec un risque de chaos car et les morts dans la rue ne favorisent pas le dialogue.
Maduro et Ahmadinejad

Mais il est une constante systématique qui démontre que tout pays qui s’attaque à Israël sans raison et qui axe son combat contre les Juifs, finit toujours par en payer le prix. Le gouvernement du Venezuela avait voulu s’afficher plus royaliste que le roi à l’égard des Palestiniens. Il avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël, en janvier 2009, pour protester contre l'offensive israélienne à Gaza alors que d'autres pays arabes avaient maintenu leurs ambassadeurs. Parallèlement, par une volonté d’assimiler le judaïsme au sionisme, Hugo Chavez avait mené la vie dure aux Juifs de son pays au point que la moitié des 20.000 Juifs qui y vivaient avait choisi l’exil. 

Le changement de dictateur n’a rien changé pour Israël qui n’attend rien d’un pays qui l'a voué aux gémonies et qui fait de son antisionisme son fonds de commerce. Israël ne peut qu’espérer un changement de gouvernance dans l’intérêt des Juifs qui s’accrochent au Venezuela et dans l’intérêt de relations normales pacifiées avec un grand pays d’Amérique Latine.

1 commentaire:

Avraham NATAF a dit…

L'ironie est que Madero revendique aussi une ascendance juive(marocaine).
Des vénézuéliens redoutaient la victoire de Capriles qui aurait provoqué une révolte hideuse des populaces.