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lundi 13 janvier 2014

NETANYAHOU : UN GÉNÉRAL SANS TROUPES



NETANYAHOU : UN GÉNÉRAL SANS TROUPES

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

Netanyahou avec ses collaborateurs

                 Alors que les négociations de paix avec les Palestiniens se poursuivent dans l’indifférence générale, la question se pose à propos de la fidélité des partisans de Benjamin Netanyahou. Semaine après semaine, les acteurs politiques de la coalition gouvernementale se démarquent, de manière officielle, de la politique du premier ministre donnant l’impression d’une cacophonie qui trouve sa source dans la faiblesse au sommet de l’État. On se demande à présent quel est le dénominateur commun qui relie les membres d’une coalition hétéroclite. 


La droite nationale en embuscade


            Ainsi Naftali Bennett, ministre de l’économie et leader du parti sioniste religieux Habayit Hayehudi (le foyer juif) a déclaré le 7 janvier 2014 que «son parti refuserait de siéger dans un gouvernement qui accepterait un accord sur la base des frontières de 1967. Les pourparlers de paix avec les Palestiniens n'ont apporté que la terreur. Nous ne resterons pas dans une coalition qui, en raison de la pression internationale, divise Jérusalem et met notre sécurité en danger. Les Israéliens savent que sont nécessaires une armée forte et la foi.»  

          Alors que les Etats-Unis poussent fort pour un accord final entre Israël et les Palestiniens, le ministre de la Défense Moshe Yaalon a exprimé son grand scepticisme face à ces efforts, à la fois dans les conversations privées en Israël et aux Etats-Unis. Il a eu des mots durs à l'égard du secrétaire d'Etat John Kerry  : «Abou Mazen est bel et bien vivant grâce à nous.  Au moment où nous quittons la Judée et Samarie, il est fini. En réalité, il n'y a pas eu de négociations entre nous et les Palestiniens durant ces derniers mois mais entre nous et les Américains. La seule chose qui peut nous sauver serait que John Kerry remporte un prix Nobel pour nous laisser en paix».

 

Général Miri Regev

 


            Mais c’est au sein même du parti Likoud que la contestation se développe avec à sa tête la passionaria et jeune députée Miri Regev. Elle fut général de brigade dans Tsahal et a longtemps occupé le poste de porte-parole de l’armée. Elle avait déposé en décembre à la Knesset un projet de loi prônant l’annexion de la vallée du Jourdain afin de limiter la liberté de négociation du premier ministre et de la négociatrice en chef, la ministre de la justice Tsipi Livni. Il s’agit pour elle d’empêcher d’inclure les implantations de la vallée du Jourdain dans tout accord diplomatique conclu avec les Palestiniens.

Miri Regev à la Knesset

 


   Elle s’était faite remarquer par son langage outrancier lorsqu’elle avait qualifié les demandeurs d’asile africains de cancers. Elle propose aujourd’hui un nouveau projet de loi tendant à verrouiller les pourparlers de paix sur le statut de Jérusalem et sur le droit au retour des Palestiniens. Son projet de loi imposerait une autorisation préalable de la Knesset avant tout accord sachant que Miri Regev est convaincue d’agréger autour d’elle une large majorité opposée à tout projet de paix : «L'objectif est de parvenir à une situation dans laquelle il ne peut y avoir de négociations sur les concessions drastiques qui ont un impact négatif sur l'identité juive de l'État et aggravent le fossé qui existe dans la société israélienne, sans l'approbation de la majorité du parlement d'Israël. Ainsi, toutes les négociations menées sans approbation de la Knesset ne seraient pas valides».


 


Netanyahou minoritaire


 


Le Cabinet de sécurité des principaux ministres semble être majoritaire sur ce projet, huit voix contre trois, rendant difficile sinon inutile la tâche de Tsipi Livni. Quelle que soit l’issue finale de cette loi, Miri Regev aura pris la tête d’une croisade contre le premier ministre avec le risque pour lui de devenir minoritaire dans son propre parti. En son temps, en 2005, Ariel Sharon avait connu les mêmes déboires contre son projet de désengagement de Gaza mais il avait quitté avec panache le Likoud pour créer son propre parti Kadima. Son départ avait été la cause de l’effondrement de la droite aux élections, et du Likoud en particulier. Mais n’est pas Sharon qui veut.


La faiblesse du premier ministre pousse à présent le leader du parti nationaliste Israël Beïtenou et ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, à avancer ses propres pions avec l’objectif avoué de se placer en successeur putatif de Benjamin Netanyahou. Il veut s'insérer dans l'espace politique à droite du Likoud, inoccupé  depuis les élections de janvier 2013, et dont il a été provisoirement exclu en raison de son procès . 

L’homme, qui avait été longtemps boudé par les chancelleries occidentales mais qui est devenu persona grata, a d’ailleurs renoncé à la fusion planifiée de son parti avec le Likoud. Cela a conduit le premier ministre à opérer un revirement politique plus dur pour contrecarrer les prétentions de son ministre : «Je sais que je me suis engagé pour la paix, mais malheureusement, étant donné les actions et les paroles des dirigeants palestiniens, il y a de plus en plus de doute sur l’engagement réel des Palestiniens pour la paix».

 


Lieberman a compris que la mission de John Kerry, dans l’état actuel des propositions, était vouée à l’échec et qu’aucun accord ne pourra être imposé aux deux parties. De son côté Netanyahou n’a rien de nouveau à proposer alors qu’il domine la politique du pays depuis son premier poste de premier ministre datant de 1996. La situation reste figée malgré les nombreuses vies gâchées, les familles détruites et les milliards de dollars dépensés en vain. Il n’a pas de nouvelles approches originales et semble tétanisé face aux nationalistes qui ont le vent en poupe et les annexionnistes qui deviennent plus entreprenants. Il a été contraint de leur concéder que «Bet-El et Hébron (en Cisjordanie) sont importants pour le peuple juif» pour s'attirer leur sympathie. Il donne l’impression de vouloir sans cesse gagner du temps estimant pouvoir arriver à une situation de non-retour. 

 


C’est ce moment qu’a choisi Lieberman pour refaire surface, après ses déboires judiciaires qui se sont soldés par un non-lieu. Il veut ranimer le débat du processus de paix moribond en proposant le transfert pur et simple de villes arabes israéliennes frontalières au nouvel État palestinien en échange des grosses implantations juives existantes. Il fait ainsi allusion au triangle des villes d’Umm al-Fahm, Taïbe et Tira peuplées de 300.000 arabes israéliens. 

L’avantage du projet permet de ne pas déplacer de populations arabes qui deviendraient sous souveraineté palestinienne, avec le choix de garder ou non leur nationalité israélienne. Lieberman trouve aussi dans cette solution un moyen de réduire le pourcentage de 20% d’arabes vivant en Israël et de se débarrasser d’extrémistes pro-palestiniens qui polluent l’atmosphère politique israélienne.


 


Arabes pro-palestiniens


Le député Ahmed Tibi à la Knesset


Cependant les députés arabes de la Knesset ont réagi avec colère contre ce plan parce qu’ils estiment que la majorité de la population arabe veut rester israélienne. C’est le paradoxe de ceux qui soutiennent avec vigueur, au prix de manifestations violentes, le combat des Palestiniens, qui s’estiment victimes d’apartheid mais qui refusent d'abandonner la nationalité israélienne. Ahmed Tibi, député arabe israélien à la Knesset et ancien conseiller de Yasser Arafat, a refusé de passer sous juridiction palestinienne : «Ceci est une offre bizarre qui traite les citoyens arabes comme des pièces d'échecs que l'on peut déplacer et changer. Aucune offre qui implique un échange de population ne sera acceptée ni par la communauté arabe israélienne, ni par l'Autorité palestinienne».

 


Avigdor Lieberman, dans sa nouvelle doctrine, s’oppose ainsi de front à son concurrent nationaliste Naftali Bennett qui prône un État binational avec le risque d’enlever à Israël son identité juive. Le ministre des affaires étrangères fait preuve d’une conversion étonnante alors qu’il était farouchement opposé à toute autonomie palestinienne. Selon lui, il serait totalement suivi par John Kerry qui trouve le projet innovant et qui semble surtout excédé par l'immobilisme de Netanyahou qui lui, ne propose rien de concret.  Il est vrai que les Palestiniens eux-aussi ne font aucun effort pour faire avancer les négociations car ils sont satisfaits du statu quo qui leur permet de ne rien décider et de ne pas attiser la guerre des clans. Ils n'ont pas, parmi leurs dirigeants, l'homme capable de prendre des décisions courageuses. C'est pourquoi le secrétaire d'Etat trouve en Lieberman un moyen de bousculer le premier ministre israélien et de mettre les Palestiniens au pied du mur.

L'implantation de Nokdim

 

Non sans une certaine dose de démagogie, Lieberman a même accepté d’évacuer sa maison située dans l’implantation de Nokdim en Cisjordanie, au sud de Bethléem, en échange d’une paix véritable. Contre toute attente, il s’est prononcé pour la création d’un État palestinien en précisant qu’Israël n’avait pas besoin des quartiers arabes de Jérusalem-Est. Cela résoudrait ainsi l'un des points d’achoppement des négociations puique les Palestiniens pourront installer leur capitale dans la partie arabe de Jérusalem qui leur serait allouée. Ils auront ainsi un argument pour sauver leur honneur. 

Une vraie révolution dans son langage et une volonté de se positionner en faiseur de paix à la manière de Begin ou de Sharon, ses amis faucons disparus. Un nouveau Lieberman est né qui pourrait aspirer les militants du Likoud avec le risque de faire de Netanyahou un général sans troupes.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Reculer aux lignes de 1967 est un suicide pour Israël et une victoire pour Abbas.Une fois la paix signée Abbas sera supprimé et le Hamas prendra sa place.La frontière défendable est le Jourdain. et Jérusalem est et restera la capitale d'Israel.Toute autre solution conduira Israël à sa pierre