ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mercredi 15 janvier 2014

MOSHE YAALON EN MISSION COMMANDÉE



MOSHE YAALON EN MISSION COMMANDÉE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps



Moshe Yaalon, en parfait soldat discipliné, a été envoyé en mission commandée par Benjamin Netanyahou pour porter le coup de grâce au projet américain concernant les négociations de paix avec les Palestiniens. Il ne fait aucun doute que le ministre de la Défense a agi en plein accord avec le premier ministre dans une prise de position qui complique les relations des deux pays. Dans le cas contraire cela confirmerait une certaine cacophonie qui règnerait au sein du gouvernement. 


  

Tentative désespérée



Et pourtant, à y regarder de près, le plan américain, dans une tentative désespérée de débloquer le processus de paix, ne favorisait pas la création d’un État palestinien viable disposant des attributs réels d’un État. Les diplomates américains ont laissé transpirer quelques éléments qualifiés de sombres par les palestiniens parce que le secrétaire d’État américain John Kerry a mis en avant la nécessité de satisfaire les exigences sécuritaires de l’État d’Israël. A l’occasion du Forum Saban à Washington, il avait déclaré que pour le président Obama la priorité restait «la capacité de l’État d’Israël de se défendre, par lui-même» ce qui a poussé l’Autorité palestinienne à qualifier John Kerry de «médiateur non neutre».

La suspicion des Palestiniens est due au fait que le plan a été élaboré par le général Allen, ancien chef des forces américaines en Afghanistan en collaboration avec quelques dirigeants sécuritaires israéliens qui ont obtenu ainsi le principe d’une présence permanente militaire israélienne dans la vallée du Jourdain pour une période d’au moins 15 années. Il est improbable que les Palestiniens acceptent de se défaire d’une vallée qui représente une ressource vitale pour la région et une zone dans laquelle ils envisagent d’installer, le cas échéant, les réfugiés de 1948 de retour en Cisjordanie.
Policiers palestiniens à l'entrainement

Le projet américain prévoit d’équiper uniquement en armes légères les forces palestiniennes qui n’auront ni le contrôle de l’espace aérien et ni celui des frontières, les Américains s’engageant à fournir des moyens technologiques aux Palestiniens pour assurer la surveillance. C’est pratiquement le schéma en vigueur à l’heure actuelle à Gaza et que les Palestiniens rejettent avec force.



Refus palestinien



Mahmoud Abbas a d’emblée refusé ce plan de paix mais il craint que les Américains confient aux Européens le soin d’appliquer les modalités du projet. En effet l’Europe dispose de moyens financiers de pression qui pourraient faire capituler les Palestiniens. D’ailleurs l’Union Européenne a menacé de cesser son aide aux Palestiniens si aucun accord n’était rapidement trouvé ce qui implique une menace non voilée sur le financement des fonctionnaires de l’Autorité. 

Mais pour faire bonne mesure les 28 États de l’U.E ont également prévenu Israël qu’en cas de poursuite des constructions dans les implantations, Israël serait officiellement tenu pour responsable de l’échec des négociations. En contrepartie d’une bonne volonté réciproque de la part des deux parties, l’UE leur a déjà proposé un programme de financement de grande envergure avec un partenariat privilégié s’ils acceptaient les concessions indispensables pour parvenir à un accord.  Mais Mahmoud Abbas a d’ores et déjà qualifié le plan de «pire que mauvais» et mis en garde les occidentaux contre ses conséquences dramatiques.
 

Refus israélien



Dans ce contexte de projet à priori favorable aux Israéliens, on comprend mal la charge violente de Moshe Yaalon contre John Kerry : «Le secrétaire d'État John Kerry, qui est arrivé ici déterminé et qui est animé par une obsession incompréhensible et une sorte de messianisme, ne peut rien m'apprendre sur le conflit avec les Palestiniens. La seule chose susceptible de nous sauver est que John Kerry remporte le prix Nobel de la Paix et nous laisse tranquilles». 




L'intervention de Moshe Yaalon a entrainé une mini crise diplomatique israélo-américaine puisque qu’un haut responsable à Washington, qui a trouvé ces attaques «choquantes et déplacées», a appelé Benjamin Netanyahou à désavouer publiquement les commentaires de son ministre de la Défense : «Nous attendons du premier ministre qu'il règle cette affaire en exprimant publiquement son désaccord avec les propos visant le secrétaire Kerry».
          Cette insolence n’étonne pas de la part du faucon nationaliste du gouvernement : «Le plan américain de sécurité qui nous a été présenté ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit. Il n'assure ni la sécurité ni la paix. Pour le moment, nous sommes les seuls à avoir concédé quelque chose, la libération de prisonniers palestiniens alors que les Palestiniens n'ont rien donné».
 

Le ministre des Relations internationales Youval Steinitz a abondé dans le même sens que le ministre de la Défense avec une réserve sur les «insultes personnelles». Tsipi Livni très isolée dans le camp de la paix s’inquiète sur l’avenir des relations d’amitié avec les États-Unis : «On peut s'opposer aux négociations de façon argumentée et responsable, sans compromettre les relations avec notre meilleur ami».

Après dix voyages dans la région entrecoupés de discours s’inspirant de la méthode Coué, John Kerry n’a pas réussi à convaincre les deux camps de se rallier à son plan de paix. De son côté le comité exécutif de l’OLP réuni à Ramallah a accusé le gouvernement israélien de «procéder à une expansion sans précédent de la colonisation et de vouloir annuler les références du processus de paix approuvées au plan international». Fin de non-recevoir. 
La menace palestinienne de recourir aux instances internationales est désormais d'actualité parce que, selon Mahmoud Abbas «il n'y aurait pas de paix sans que Jérusalem-Est, annexée par Israël, ne devienne la capitale du futur État de Palestine». On ne voit pas comment les positions pourront être rapprochées d’autant plus qu’il refuse toujours de considérer Israël comme «l'Etat nation du peuple juif», car une telle reconnaissance remettrait en cause le droit au retour des réfugiés palestiniens.
Incidents de Qusra

         Cependant Moshé Yaalon n’a pas apprécié les exactions commises par quelques jeunes habitants illuminés des implantations, dont le petit-fils du rabbin Méïr Kahane, qui ont fait de la provocation en se rendant dans le village de Qusra. Il a qualifié cet incident de «terrorisme pur et simple». Il a ainsi transmis un avertissement du gouvernement pour que ces faits ne se reproduisent plus. S’il veut bien critiquer et s’opposer aux propositions américaines, au risque de se brouiller avec ses meilleurs alliés, il n’est pas prêt à accepter une quelconque anarchie même si elle est entretenue par la droite nationaliste avec qui il a des liens très étroits.

Aucun commentaire: