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mardi 28 janvier 2014

EST-IL FACILE DE FAIRE DES AFFAIRES EN ISRAEL? Par Max SEMORY



EST-IL FACILE DE FAIRE DES AFFAIRES EN ISRAEL?

Par Max SEMORY, Economiste

copyright © Temps et Contretemps




Un article publié ce vendredi 24 Janvier dans  The Marker, le supplément  économique du quotidien Haaretz, apporte un témoignage intéressant sur les investissements en Israël dans de nouvelles entreprises ; selon une enquête effectuée auprès des banques, aucune demande substantielle de crédits n’aurait été soumise en 2013 aux banques israéliennes, en vue de financer la création d’une nouvelle entreprise.



Sortie des Tycoon
Quelques magnats israéliens


Cet état de fait, pour le moins inattendu et en partie contredit par les données du Bureau Central de Statistiques, pourrait s’expliquer partiellement par la sortie forcée des Tycoon (magnats) de ce marché ; la majorité d’entre eux étant trop préoccupés par leurs  problèmes de dettes pour envisager de nouveaux investissements.
Mais, pour les investisseurs potentiels, la raison  principale  de  ce marasme est toute autre : elle serait intrinsèquement liée à la difficulté de «faire des affaires» en Israël ; cette opinion est partagée par nombre  d’hommes d’affaires  américains et européens qui contribuent régulièrement à  l’Appel Juif Unifie ou à l’achat d’obligations de l’État d’Israël mais refusent systématiquement de faire des affaires en Israël où, dit-on, «pour faire une petite fortune, il faut y amener une grosse fortune».

Les investisseurs potentiels dénoncent  les changements récursifs provoqués par la  régulation administrative ; ils donnent en exemple  les nouvelles  obligations  prévues  par  la «loi sur la concentration des entreprises», laquelle  accorde des pouvoirs exorbitants  au nouveau régulateur, le tsar antitrust, et oblige dorénavant les groupes financiers à  se séparer de toutes leurs activités industrielles, et vice-versa ; ou même les bouleversements intervenus dans la fiscalité des entreprises, parfois rétroactifs, qui secouent actuellement des entreprises multinationales dans les secteurs de l’alimentation, de l’énergie et des ressources naturelles ; ou plus simplement la bureaucratie ou l’apathie  de l’administration. Alors, est-il vraiment difficile de faire des affaires en Israël ?  Et dans quelle position est Israël par rapport aux autres pays ? 

SFI et Bloomberg

Pour répondre à ces questions, autrement que par des lieux communs, il est bon de saisir l’environnement économique  auquel est soumis en Israël le monde des  affaires.

Deux institutions économiques viennent de publier des données à cet égard : l’une est la Société Financière Internationale (SFI), filiale de la Banque Mondiale ; l’autre est la société de services et d’informations financières Bloomberg,  créée par l’ancien maire de New-York, Michael Bloomberg. Tous deux dressent  une classification par pays pour l’année 2013, en fonction de la facilité d’y faire des affaires. 
Le classement effectué par la SFI a pour objectif d’évaluer, au moyen  de 10 indices macroéconomiques particuliers,  si l’environnement réglementaire du pays est propice aux opérations commerciales et aux affaires.  Au classement général, lequel intègre et pondère les 10 indices particuliers pour permettre l’émergence d’un indice global «de facilité de faire des affaires», Israël prend seulement la 35ème place sur 189.  Si les premières places de Singapour, Hong Kong, la Nouvelle Zélande, les États-Unis ou le Danemark  ne constituent  pas une surprise, la présence dans le groupe de tête  de pays comme la Malaisie (5ème), la Corée du Sud (7ème), la Géorgie (8ème), la Thaïlande (18ème), la Macédoine (25ème) ou le Rwanda (32ème) sont surprenants et devraient rappeler à l’ordre les régulateurs israéliens.
Les 10 indices particuliers en question permettent de mieux cerner les domaines  compromettant la bonne marche  des affaires : par exemple, l’indice de  création d’entreprise , ou Israël prend la 35ème place sur 189 pays ; ou celui de l’octroi de permis de construire, ou Israël ne prend que la 140ème place ; celui encore du transfert de propriété (151ème place) ; puis, ceux du  paiement des impôts ou de l’exécution des contrats (93ème place), et enfin, celui du règlement de l’insolvabilité (35ème place) ; seul l’indice de protection des investisseurs sauve l’honneur : Israël prend la 6ème place, immédiatement après les pays déjà en tête du classement général de la SFI, cité ci-dessus , y compris la Malaisie…mais à  l’exclusion du Danemark !

Les indices

Michael Bloomberg

Outre un  indice général «de facilité à  faire des affaires», Bloomberg classe  les pays selon divers critères microéconomiques : il évalue notamment les coûts de création d’une entreprise, ceux du travail, des matériaux utilisés, du transport et de la logistique ainsi que les coûts intangibles, tels l’inflation, la taxation ou la corruption. Sur le plan macroéconomique, il propose également un indice  d’intégration économique qui évalue les effets positifs  de l’appartenance à  l’Organisation Mondiale du Commerce et/ou à un espace économique commun – par exemple l’Union Européenne -, ceux de la politique douanière et notamment  de la pratique de la clause de la nation la plus favorisée,  l’interdépendance du marché national avec le marché global etc. 
Pour l’année 2013, Israël est globalement classé par Bloomberg à la 39ème place sur 50, pour la facilité à faire des affaires ; en 2014, Israël avance à la 30ème place, probablement en raison du boom dans les secteurs de haute technologie. Si en 2013, selon Bloomberg, les pays les plus accueillants pour les affaires  étaient Hong Kong, les États-Unis, le Japon, les Pays Bas, l’Allemagne, l’Australie et le Canada, il n’en est pas de même  en 2014 où les effets de la crise économique  retirent le Japon et les Pays Bas du groupe de tête pour y placer Singapour, déjà n°1 du classement général de la SFI. Dans l’ensemble, Israël reste classé dans la moyenne selon  la plupart  des indicateurs Bloomberg. 
Pour l’indice  d’intégration économique, par exemple,  Israël perçoit 76.3 points, alors que les USA, le Canada, l’Allemagne, l’Angleterre, la France et même l’Espagne sont crédités de plus de 90 points chacun et  que les pays les moins intégrés économiquement – Panama et  Bahreïn – reçoivent 35 points chacun. Au même niveau d’intégration qu’Israël, on remarque  Singapour, le Danemark, la Turquie, la Chine, la Hongrie et le Brésil.  
Pour l’indice de coût de création d’entreprise, Israël reçoit 78.5 points, tout comme le Canada, les États-Unis, l’Angleterre, l’Espagne, la Norvège ou la Chine, mais beaucoup moins qu’Hong Kong, crédité de plus de 95 points ou que Singapour, avec près de 90 points,  et l’Australie, avec près de 85 points ; les pays les moins avantageux dans ce domaine étant Qatar, Oman et la Roumanie. 
Pour l’indice de coûts du travail et des matériaux, Israël est crédité de 53,5 points, son plus mauvais résultat  dans la classification Bloomberg,  un score peu différent de ceux de  Singapour, du Portugal, de l’Irlande, de la Nouvelle Zélande et de la Grèce, mais encore supérieur à  celui de pays comme le Luxembourg (près de 50 points), Chypre (37 points), ou Panama(44) ; les pays les plus performants sur ce point étant les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, l’Afrique du Sud et, c’était prévu, l’Inde. 
Enfin, pour l’indice de coûts intangibles, Israël est crédité de 80,4 points,  à égalité avec les États-Unis, la France, le Portugal et les Émirats Arabes Unis, mais en dessous du score des pays les plus développés, hormis  l’Espagne, le Japon, la Belgique et l’Italie.

Conclusion mitigée




La croissance économique que connait Israël en cette deuxième décennie du XXIème siècle est probablement la plus forte des pays de l’OCDE. Mais, à la différence des périodes de développement précédentes ou les exportations industrielles classiques, constamment alimentées par la création de nouvelles entreprises, constituaient le vrai moteur de la croissance,  la croissance économique actuelle est essentiellement tirée par la locomotive du hightech ; or, les critères de création d’entreprise dans les secteurs de pointe  sont tout à fait spécifiques et originaux  – notamment la disponibilité d’une force de travail créative, d’un environnement scientifique et technologique adéquat  ainsi que la présence d’outils financiers  spécialisés – et ne témoignent en rien de l’aptitude  de  l’environnement économique du pays à encourager la création et le développement des entreprises et des affaires.
La création d’entreprises, que ce soit dans le secteur industriel, commercial ou financier, requiert un environnement caractérisé par la rationalité économique, la stabilité de la fiscalité et la confiance dans les institutions.   Apparemment, la SFI et Bloomberg, et avec eux la communauté économique internationale ?, sont loin d’être  convaincus «qu’il est facile de faire des affaires en Israël».                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

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