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mardi 3 décembre 2013

VISION IRANIENNE ÉTONNANTE DU CONTENTIEUX AVEC ISRAËL Par Jean CORCOS



VISION IRANIENNE ÉTONNANTE DU CONTENTIEUX AVEC ISRAËL

Par Jean CORCOS

copyright © Temps et Contretemps


Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat d'affaires, né à Téhéran en 1965. Spécialisé en droit international, il a suivi plusieurs dossiers aux frontières de la diplomatie et des contentieux - c'est ainsi qu'il a obtenu la saisie du yacht de l’ex-dictateur, Saddam Hussein, le «Qadisiyah Saddam» ancré à l'époque à Nice. Il a publié au début de l'année un ouvrage sur «Iran et Israël, Juifs et Perses», chez Nouveau monde éditions, avec une préface d'Alexandre Adler. 



Double interview

J’ai pu l'interviewer le 29 octobre dernier ; une double interview au final tant son ouvrage est dense, mêlant le passé et le présent avec de nombreux allers-retours historiques, les relations millénaires entre les deux peuples et les tensions actuelles entre la République Islamique et l'État juif. Soyons clair : si j'ai trouvé sympathique sa démarche de rapprochement entre Juifs et Iraniens, et tout à fait recevable sa crainte des conséquences régionales d'une possible attaque israélienne sur les sites nucléaires de l'Iran, son livre m'a gêné en divers endroits, parce que je l'ai trouvé souvent compréhensif par rapport au régime de Téhéran, et bien sévère par rapport à Israël.
J'avais découpé mon entretien en deux parties bien distinctes, dont je traiterai en détail la seconde, la plus angoissante en fait. Regrets aussi, on ne pouvait pas prévoir alors l'accord intérimaire de Genève qui n'a donc pas été évoqué dans ce qu'ont entendu les auditeurs de Judaïques FM. 
Esther et Xerxès
Commençons par des rappels historiques. Deux des fondateurs de l'Empire - Cyrus, au VIème siècle avant Jésus-Christ et son petit-fils, le Roi Xerxès au Vème siècle - ont eu une histoire étroitement liée à celle du peuple juif. Le premier, comme devait le rappeler mon invité, est le seul Goy cité par Yahvé dans la Torah (à travers le Livre d'Isaïe), car il a libéré les exilés de Babylone qui furent autorisés à retourner en Israël et à reconstruire le Temple. Le second est célèbre pour l'épisode d'Esther commémoré à la fête de Pourim, car il fut le souverain empêchant le massacre programmé par Aman.
L'Iran héberge des sites saints, les tombeaux d'Esther et de Mordehaï, mais également des tombes de Prophètes, Daniel à Suse, et aussi Habakouk, Hanania, Michaël et Azaria. Des lieux respectés par la population locale, bien entretenus et visités essentiellement par des Musulmans ; le tourisme juif étant très rare comme on l'imagine.
Tombeau d'Esther en Iran

Des Juifs dans la tourmente

Ardavan Amir-Aslani m'a semblé assez objectif en ce qui concerne l'évocation du passé, en disant que l'histoire de la communauté juive du pays a surtout été marquée par l'oppression ; son livre évoque, par exemple, le portrait misérable des Juifs d'Iran à la fin du 19ème siècle fait par l'Alliance Israélite Universelle, lorsqu'elle y a implanté ses premières écoles. Une situation qui va grandement s'améliorer sous la dynastie des Pahlavi, les Juifs participant à l'essor économique, et devenant médecins, industriels ou universitaires.
Mais en page 102 il évoque un détail étonnant : selon une estimation de la section iranienne du Congrès Juif Mondial, 22 % de cette communauté se seraient convertis à la foi Bahaï. D’après mon invité, cela leur permettait, à l'époque, d'être mieux respectés par le reste de la population. Curieux également, le fait que des dizaines de milliers de Juifs aient fait leur alyah avant l'indépendance d'Israël, puis environ un tiers de la communauté pendant l'époque heureuse du règne du Shah Mohamed Reza Pahlavi. Mais d'après mon invité, seuls 1 % auraient choisi l'État hébreu après la révolution khomeiniste, l'écrasante majorité de ceux qui sont partis ayant choisi les États-Unis. 

Les Juifs Mashhadi ou les marranes perses

En ce qui concerne l'alliance officieuse qui exista dans les années 60 et 70, il n'y eut jamais, faut-il le rappeler, de visites officielles entre responsables des deux pays. Le livre apporte deux éclairages intéressants : l'intérêt vu d'Israël, avec la fameuse théorie des trois cercles de David Ben Gourion : l'Iran, la Turquie et l'Ethiopie devant constituer un réseau allié autour du second cercle ennemi, celui des Arabes ; et la menace vue de Téhéran, soit d'après Ardavan Amir-Aslani l'islam sunnite, le vrai ennemi héréditaire.
Israël et les Ayatollahs

Venons-en à la prise de pouvoir par les Ayatollahs et ce qui suivit. Mon invité a insisté sur le rôle d'Israël pendant la guerre déclenchée par Saddam Hussein, alors que «la Planète entière était pour l'Irak» : toute l'aviation du pays était d'origine américaine, et d'après lui ce sont les livraisons de pièces détachées par Israël - dans le cadre du tortueux circuit de l'Irangate - qui sauva son pays. Cela, selon lui, le peuple iranien l'a retenu, et il a même été reconnaissant de la destruction du réacteur Osirak par les F16 israéliens en 1981. 
Osirak après sa destruction
Ceci étant, j'ai quand même relevé dans notre entretien que mon invité avait été bien indulgent envers Khomeiny en ne parlant que de sa rencontre, à son retour à Téhéran, avec des représentants de la communauté juive : l'exécution ignoble pour sionisme de son président, Habib Elghanian, n'est pas relatée dans le livre. De même, et si d'autres témoignages confirment que les Juifs iraniens peuvent pratiquer librement leur religion et «ne sont pas pourchassés dans les rues», il a concédé à mon micro à quel point l'hostilité virulente du régime vis à vis d'Israël leur est «difficile à vivre».
Habib Elghanian
 
Sur l'antisémitisme, j'avais amené dans le studio des épais dossiers illustrant la propagande effroyable qui est véhiculée dans des journaux, à la télévision, par des agences de presse, avec des caricatures de Juifs sous forme d'animaux, pieuvres, serpents, rats, directement inspirées de la propagande nazie. Si on peut accepter - par optimisme ou par conviction personnelle - l'idée que le peuple iranien n'est pas devenu antisémite malgré tout cela, l'explication d'Ardavan Amir-Aslani disant que seul «le clan Ahmadinejad» est responsable ne m'a pas convaincu. Qu’il s'agisse du Guide suprême de la Révolution Khamenei ou du Président du Conseil du discernement Rafsandjani, d'autres ont tiré les ficelles avant et après l'ancien président iranien, et cette haine a impliqué trop de gens.
Sur les menaces de destruction d'Israël, j'avais présenté également des citations récentes de dirigeants civils et militaires du pays et mon invité a rétorqué : «il faut aller au- delà de la rhétorique». 
Nucléaire iranien

Reste le lancinant dossier du nucléaire, pour lequel il faut reconnaitre la franchise de l'auteur dans son livre, qui reconnait que le programme de son pays natal a une finalité militaire : mais pourquoi, contre qui ? Son argumentaire m'a dérouté, car d'un côté il semble sûr que cela ne serait qu'une arme de dissuasion mais, d'un autre côté, il n'évoque jamais le fait que ce serait le régime qui serait d'abord sanctuarisé. A mon micro, il m'a semblé un peu contradictoire, disant que personne ne trouverait à redire à une arme nucléaire si on avait le Shah au pouvoir. Mais en même temps, il a dit «il ne faut pas que l'Iran ait la bombe car alors tous les pays voisins la réclameraient, et contrairement à Israël, eux n'hésiteraient pas à s'en servir».
Très sévère envers Benjamin Netanyahou, Ardavan Amir-Aslani l'a mis en garde contre le fait de ne rien comprendre au changement de cap qu'aurait déjà pris la République Islamique avec l'élection de Hassan Rohani à la présidence de la République : ouverture vers le monde, désir de réintégrer la communauté des nations, tout ceci serait porté par une population très pro-occidentale - par ressentiment contre un pouvoir, lui le plus antioccidental de la région. Et cela, en opposition totale avec des peuples arabes toujours remontés contre leurs régimes liés à l'Occident.
Lorsque je lui faisais remarquer que son livre, écrit fin 2012, était déjà dépassé par certains évènements comme le retour de l'armée au pouvoir en Égypte et l'éviction des Frères musulmans, mon invité a conservé un discours inflexible : l'hiver islamiste est inexorable, «l'islamisme est en marche pour la conquête du pouvoir dans le monde arabe», et au final, c'est l'Iran «qui sera le premier pays de la région à quitter l'islamisme».
On l'aura compris, je n'ai pas été convaincu par tout l'argumentaire entendu lors de ce long entretien : mais il faut reconnaitre à mon invité un grand talent de persuasion, celui à la fois d'un avocat de talent et d'un authentique nationaliste iranien.

Pour réécouter l'émission sur Judaïques-FM :

http://www.judaiquesfm.com/emissions/44/presentation.html
 

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