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samedi 7 décembre 2013

NELSON MANDELA ET ISRAËL



NELSON MANDELA ET ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Nelson Mandela, qui fut une figure respectée en Israël pour son parcours dramatique, a été un personnage contesté en raison de ses positions tranchées sur le conflit palestinien. Tout était parti d’un malentendu lié à une lettre, un faux attribué à Nelson Mandela, alors qu’elle avait été l’œuvre d’un activiste palestinien, Arjan El-Fassed. Ce dernier avait déploré que le texte, signé de son nom, soit repris par tous les médias sans que son véritable auteur soit mentionné. Israël avait en effet difficilement accepté les critiques permanentes qui assimilaient le sort des Palestiniens à des victimes de l’apartheid. Il a certes été proche des Juifs mais aussi loyal envers les Palestiniens.

Arjan El-Fassed


Une lettre choquante


Cette lettre choquante prétendait être un texte que le président d’Afrique du Sud avait écrit en 2001 à Thomas L. Friedman, éditorialiste au New York Times et qui concernait Israël : «L’apartheid est un crime contre l’humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international… la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d’apartheid… Les Palestiniens ne luttent pas pour un État mais pour la liberté, la libération et l’égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud.»

Il est fort probable que, si Nelson Mandela sera encensé parce qu’il fait partie des figures emblématiques du 20ème siècle, il fera l’objet en Israël de nombreuses réserves en raison de ses vues ambiguës sur le Moyen-Orient. Les 27 années passées dans une prison sud-africaine lui ont donné une respectabilité qui semble avoir été écornée après sa libération. Si les Israéliens approuvaient son combat contre l’apartheid, ils critiquaient son aveuglement devant les atteintes à la démocratie dans plusieurs pays dans le monde et ses positions strictement souvent gauchistes. En effet lui et ses amis de l’ANC avaient fermé les yeux sur les crimes de l’Union soviétique et de ses satellites et avaient détourné le regard face aux agissements du KGB, de la Stasi et de la Securitate roumaine parce que ces pays étaient devenus des alliés.



Alignement anti-israélien



            Israël l’accuse d’avoir aligné son parti, l’ANC (Congrès national africain) sur les lignes de l’Union soviétique et d’organisations «terroristes», à l’instar de l’OLP, maquillées comme mouvements de libération. Mais il se glorifiait d’avoir reçu à la fois l’Ordre soviétique de Lénine et la Médaille présidentielle américaine de la Liberté. Il avait expliqué cette contradiction dans son autobiographie où il avait écrit qu’il avait été fortement influencé par la Charte de l’Atlantique de 1941 qui lui faisait espérer que la liberté règnerait dorénavant et que la peur et la misère seraient éradiquées du monde moderne.

    Mais pourtant il persévérait dans ses croyances dans le système communiste qu’il qualifiait de mouvement nationaliste libérateur en Europe sans oublier d’y inclure le sionisme parmi ces mouvements. C’est pourquoi on ne s’explique pas les accusations d’antisionisme qui étaient portées contre lui  et que la fausse lettre avait amplifiées.

            Par ailleurs, les Israéliens n’avaient pas compris pourquoi en pleine période de Guerre froide, Nelson Mandela s’était allié avec leurs pires ennemis constitués souvent de dictateurs notoires. Son alignement sur les Soviétiques, sur l’égyptien Nasser et sur l’algérien Ben Bella, peu scrupuleux de démocratie, avait créé la confusion. 

Un ami des Juifs


Arthur Goldreich, Thabo Mbeki, Denis Goldberg et Andrew Mlangeni


            Mais Nelson Mandela avait voulu casser cette image négative dans ses mémoires en insistant sur le fait qu’il s’était beaucoup inspiré des Juifs. Il rappelle que le cubain Fidel Castro n’avait pas été son modèle pour ses actions de guérilla mais plutôt  le Juif d’Afrique du Sud, Arthur Goldreich,  qui s’était distingué en combattant aux côtés du Palmach pendant la guerre d’indépendance d’Israël. Il rappelle aussi que la compagnie EL Al fut la seule compagnie d’aviation à autoriser son ami Walter Sisulu, fondateur avec lui de l’ANC, à voyager sans passeport vers l’Europe. 

Walter Sisulu

          Il avait enfin expliqué qu’il trouvait beaucoup d’analogie entre l’oppression subie par les Noirs d’Afrique du Sud et les Juifs dans des pays hostiles. Il avait établi de nombreuses similitudes entre les lois raciales nazies de Nuremberg de 1935 et les lois d’apartheid et il citait en particulier le cas de l’interdiction du mariage entre Blancs et Noirs.




           
            En 1999, lors d'une visite en Israël et dans la bande de Gaza, Nelson Mandela avait demandé qu'Israël se retire des «territoires occupés» mais aussi que les pays arabes reconnaissent le droit à Israël d'exister au sein de frontières sûres. Mandela avait souligné que «cette visite a été faite pour guérir les vieilles blessures causées par les liens entre l'État juif et l'ancien régime de l'apartheid en Afrique du Sud».
 
Ehud Barak avec Nelson Mandela


Accompagné par le grand rabbin d'Afrique du Sud, il avait été reçu par le Premier ministre Ehud Barak et le président Ezer Weizman.  Il s’était rendu  à Yad Vashem au mémorial de la Shoah où il avait paraphé le livre d’or par ces quelques mots : «Une expérience douloureuse mais enrichissante».
Mandela à Yad Vashem


Dans une rencontre inattendue dans le bureau du Premier ministre Barak, il avait  rencontré le fils israélien de l'avocat juif de Johannesburg qui lui avait donné son premier emploi à temps plein comme un avocat stagiaire. Il tenait ainsi à rappeler ses liens étroits avec les Juifs Sud-Africains : «J'ai une dette d'honneur vis-à-vis des Juifs, même si parfois j'ai fait des remarques franches au sujet d'Israël».  

        Les deux dirigeants d’Israël ont réagi à la mort de Nelson Mandela sans faire d’allusion à leur contentieux. Le président Shimon Peres a déclaré : «Le monde a perdu un grand leader qui a changé la face de l'histoire. Nelson Mandela était un combattant des droits humains qui a fait sa marque sur la guerre contre la discrimination et le racisme». 
      C’est le même écho qui a été diffusé par Benjamin Netanyahou : «Mandela était l'un des modèles dont le rôle était le plus important de notre temps, qui restera dans les mémoires comme le père de la nouvelle Afrique du Sud et un leader d’une énorme moralité».

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

La personnalité de "l'icône mondiale" serait-elle plus contrastée que le bel unanamisme d'aujourd'hui voudrait nous le faire croire ?

Max SITBON a dit…

Laissons l'émotion de côté, laissons s'écouler du temps avant de porter un jugements. Pour le moment tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Mitterrand qui s'y connaissait disait ( je résume ) ce n'est jamais tout noir ou tout blanc, c'est toujours gris partout.