ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

vendredi 13 février 2015

LE RAFALE N'A JAMAIS PU PROUVER SON AVANCE TECHNOLOGIQUE



LE RAFALE N'A JAMAIS PU PROUVER SON AVANCE TECHNOLOGIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE, Slate.fr
copyright © Temps et Contretemps


          A l'occasion de la signature prochaine de la vente de 24 avions Rafale à l'Egypte, la première à un pays étranger, nous publions à nouveau un article qui était paru en 2013 sur Slate.fr 
Le Rafale, avion de combat, a réussi depuis à faire ses preuves. Déployé dès 2007 en Afghanistan, il a été le premier appareil à intervenir en Libye en 2011, avant d'opérer au Mali en 2013 dans le cadre de l'opération Serval. Il est actuellement engagé dans des opérations en Irak et contre Daesh. L'appareil a été conçu pour des opérations de défense aérienne, de bombardement stratégique et d'appui au sol, de lutte anti-navires et de reconnaissance aérienne. 
Le Rafale


Une nouvelle chance de voir le Rafale sur les marchés étrangers vient de s’estomper puisque les usines Dassault ont perdu l'appel d'offres brésilien pour l'achat d'avions de combat. La visite de François Hollande le 12 décembre 2013 au Brésil n'aura pas suffi à convaincre Brasilia. 
Le Rafale, était en lice avec le Gripen NG du suédois SAAB et le F/A-18 Super Hornet de Boeing. Le marché concernait trente-six avions de chasse pour un montant de plus de 5 milliards de dollars (3,8 milliards d’euros). La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a ainsi opté pour l'avion de chasse suédois Gripen NG, considéré par les experts comme le moins cher et qui avait la préférence des militaires brésiliens.
Gripen NG






Peu d'enthousiasme des armées étrangères



Contrairement au Mirage qui avait prouvé ses aptitudes sur de nombreux théâtres d'opération, le dernier né de Dassault n'a jamais été considéré comme révolutionnaire par les militaires. Pourtant la démonstration en vol de l'avion de combat français au Salon international de l'aéronautique et de l'espace du Bourget avait enthousiasmé les spectateurs et même surpris agréablement les experts militaires, seuls capables de mesurer la technicité de cet avion de combat. Cependant le Rafale ne s'est jamais vendu hors de France et n'a jamais vraiment soulevé l'enthousiasme des forces aériennes étrangères.
Kadhafi à l'Elysée


Un espoir avait effleuré les dirigeants de Dassault lors de la visite en France du président libyen Kadhafi, qui avait alors fait illusion, mais l'espoir s'est effondré malgré toutes les marques d'attention dont avait fait l'objet le dictateur. Par ailleurs, les pressions américaines, pour ne pas dire les chantages, ont été tels que les États qui par amitié pour la France avaient sélectionné le Rafale pour leurs armées nationales ont renoncé. Le Maroc s'était ainsi ravisé à la veille de signer son bon de commande.

Les raisons de cette défiance à l'égard du Rafale sont aussi à rechercher ailleurs et elles nous ont été expliquées par un nostalgique de l'épopée aérienne franco-israélienne. Le succès du Mirage, contrairement au Rafale, était certes lié à son avance technologique à l'époque mais aussi à ses succès en combat. Sa réputation est née pendant la Guerre de Six-Jours qui avait prouvé la domination de l'avion français piloté par des Israéliens sur les Migs russes des armées arabes.


Le Mirage et Israël


L'armement de l'État d'Israël était fourni par les alliés d'alors, les Français et les Britanniques. Tsahal représentait à l'époque un client privilégié pour Marcel Dassault à travers successivement l’Ouragan, le Mystère-IV et le Vautour. Ces avions avaient connu les aléas du feu et de multiples améliorations. Les pilotes israéliens avaient exigé de changer la motorisation, remplacée par un réacteur de Skyhawk américain, et d'insérer des missiles air-air non prévus à l'origine. 

Benny Peled

La coopération militaire entre Paris et Jérusalem, qui était à son apogée, bénéficia de nombreuses suggestions de conception que les ingénieurs français se sont empressés de réaliser. Benny Peled, futur chef d'État-major de l'armée de l'air et futur président d'Elbit, avait suivi les cours de l'École de Guerre à Paris en 1954. Ses liens avec les militaires français le pousseront à conseiller Tsahal à mettre en service les Mirage-III dès 1959 et il obtiendra, pour ses industries militaires, le droit de participer au développement du Mirage.

Un avion de combat ne peut se concevoir uniquement dans les centres de simulation et, quel que soit le génie des ingénieurs, il a besoin d'être validé après une analyse de son comportement lors des combats réels. L'exemple du Mirage III est éloquent. Intercepteur de haute altitude à haute vitesse ascensionnelle, il ne correspondait pas aux critères recherchés par l'armée israélienne qui devait affronter les Mig-21 et Mig-17 russes.
Mirage III

Weizman voulait faire de l'intercepteur un appareil multifonctions et recommanda l'installation de canons de 30mm pour donner à l'avion d'autres possibilités, comme l'escorte et l'attaque au sol. En dépit de ces modifications, l'avion sorti des usines ne répondait toujours pas totalement aux besoins des combats puisqu'il manquait souvent ses cibles. Deux pilotes israéliens mirent en lumière la cause de ces défaillances dues au mauvais alignement des canons et à un défaut de conception des munitions. Ils découvrirent ainsi que le système de visée et de tir associé était mal conçu. Ils aidèrent alors à mettre au point un nouveau système tellement efficace qu'aucun avion ennemi ne fut plus raté.

Doté de ces modifications techniques, le Mirage conquit ainsi la suprématie du ciel du Moyen-Orient. Toutes les armées du monde s'arrachèrent alors ce qui se faisait de mieux comme avion de chasse supérieur aux Mig russes et certains pays arabes acceptèrent même de fermer les yeux sur leur propre embargo.
.

Embargo du général de Gaulle


L'embargo décidé en 1967 par le Général de Gaulle mit un terme à la collaboration franco-israélienne dans le domaine de l'aviation de guerre. Les Israéliens s'équipèrent alors de matériel américain et firent bénéficier leurs nouveaux fournisseurs de leur expérience. Les guerres de Kippour en 1973, du Liban et de Gaza, côté israélien, puis les guerres d'Irak et d'Afghanistan, côté américain, ont fini par donner à l'aviation américaine et à ses matériels ses lettres de noblesse. La frilosité des armées étrangères vis-à-vis du Rafale s'explique ainsi par une technologie moins révolutionnaire que le Mirage (aile delta) et par l'absence de référence guerrière. Si sa technologie n’est pas contestée, cet avion manque d'expérience au feu tandis que l'armée française, limitée dans son usage, n'a pu fournir de données relatives à son utilisation au combat.
Cérémonie d'inauguration d'implantation militaire française aux Emirats

Les Émirats arabes unis ont montré leur intérêt pour l'avion de chasse français mais, en le comparant à la concurrence notamment américaine, ils ont imposé un cahier des charges modifiant les «spécifications techniques et opérationnelles» avant de concrétiser la signature du contrat. Ils souhaitent moderniser un Rafale n'ayant subi aucune modification technique depuis sa conception théorique afin de lui adjoindre des moteurs plus puissants et des radars dignes d'un avion de combat moderne sachant qu’ils craignent le voisin iranien.
David Harari décoré de la Légion d'honneur par l'ambassadeur de France Patrick Maisonnave à bord de la frégate Surcouf en escale à Haïfa

L'embargo français, officiellement toujours en vigueur, a contraint Israël à développer ses propres industries aéronautiques militaires. Il ne produit certes pas encore de systèmes d'armes complets comme les hélicoptères ou les avions de chasse mais il améliore les matériels étrangers et a acquis un savoir-faire indéniable dans ce domaine. Israël détient aussi une expertise dans le domaine des drones. D'ailleurs, le groupe Thalès avait choisi la société israélienne Elbit pour fournir en location à l'armée britannique 450 drones pour son usage opérationnel en Irak et en Afghanistan. Le concept du drone a été inventé par Israël à la fin des années 60 au moment du grand amour franco-israélien mais les Français n’ont pas saisi l’opportunité d’une joint-venture sachant que le chef de projet des Industries Aéronautiques israéliennes est un ingénieur français diplômé d’une Grande École, David Harari.
.

Agent commercial

F-35


La fourniture des avions les plus perfectionnés par les États-Unis à Israël ne s'explique pas seulement par la solidarité avec un allié historique. L'État juif, avec ses pilotes chevronnés, joue un rôle d'agent commercial. Après la levée par le Sénat américain de l'interdiction d'exportation, Israël sera le premier client international à voler dans les années 2016 sur des avions furtifs F-35 de la dernière génération. Le Rafale qui est d'une génération plus ancienne ne dispose pas aujourd'hui de parrains. Sorti de l'usine sur la base de la seule conception théorique des ingénieurs, il attend qu'une armée étrangère veuille bien l'éprouver.

Les acheteurs potentiels du Rafale ont besoin qu'une armée les conforte dans leur choix. Les Israéliens, nostalgiques de l'épopée française et qui se sentaient trop dépendants de l'allié américain, avaient un instant souhaité diversifier leurs sources d'approvisionnements. Ils rêvaient alors à une nouvelle idylle avec la France, comme au bon vieux temps. Mais le rêve est loin de la réalité car le Rafale ne volera pas dans le ciel israélien tant que les usines Dassault ne mettront pas une croix définitive sur des espérances commerciales hypothétiques avec les pays arabes qui exigent l’exclusivité, sans rien acheter d'ailleurs.

9 commentaires:

Timothée Larribau a dit…

Les capacités du Rafale et son avance technologique étaient manifestes en 1989 lorsque le prototype a été présenté au Bourget. Mais le concept est maintenant très vieillissant et un peu désarçonné par la fin de la guerre froide, l'avènement des nouvelles technologies de communication et aussi par les nouveaux concepts de guerre aérienne développés pour la Guerre du Golfe et ensuite.
Le Rafale est cohérent dans le schéma de guerre symétrique, comme le sont le char Leclerc, le concept d'infanterie Felin et l'hélicoptère Tigre. Ces systèmes d'armes (une fois définitivement mis au point, ce qui est loin d'être le cas) étaient théoriquement très pertinents dans une guerre contre le pacte de Varsovie ou contre des ennemis classiques à la mode soviétique, genre Irak de Saddam Hussein ou Serbie de Milosevic. Ils le seraient sans doute encore un peu si on devait affronter symétriquement la Syrie de Bachar El Assad ou l'Iran .
Hélas, la guerre a changé et les 15 années d'affrontements asymétriques que l'on vient de vivre ont lourdement changé la donne, y compris pour les futures guerres symétriques. A la lumière de ces nouvelles conditions, le Rafale est-il révolutionnaire? Non, clairement pas, même sur le papier. Ses capacités manœuvrières sont excellentes mais pas au point de totalement surclasser des appareils comme le F-22 ou même les dernières versions des Sukhoi, notamment à poussée vectorielle qui sont impressionnants d'agilité tout en conservant leur lourde puissance de feu. Ensuite, comme l'a dit M. Benillouche, les concepts de système d'armes ne se comportent jamais vraiment comme prévu en combat et la pensée théorique n'a jamais remplacé l'épreuve du feu. L'argument de l'extrème polyvalence du Rafale me fait penser au concept BCR (Bombardement Chasse Reconnaisse, notamment l'Amiot 143) des années 30, véritablement révolutionnaire et avant-gardiste à l'époque. On a fait des avions à tout faire et finalement bons à rien à l'épreuve des faits.
Le Rafale n'a jamais pu prouver, en effet, l'avion merveilleux qu'il est sur le papier. On peut se livrer à une surenchère d'épithètes, il est évident que c'est vrai et que ce n'est ni la Libye, ni le Mali qui vont durablement convaincre des états qui envisagent d'engager leurs avions autrement que sur quelques pièces d'artillerie vieillissantes ou quelques pick-ups dans le désert.
Mais plus encore que l'avion en lui-même, c'est tout le concept de guerre à la française qui n'aide pas à vendre le Rafale. Dans les années 60, la France avait un concept de défense complet, autonome et cohérent face aux défis de l'époque. Mirage IV, vecteurs ballistiques, SNLE, Mirage III d'interception à haute altitude, Jaguar de chasse bombardement, gamme de chars AMX, etc. Même nos armes individuelles et collectives, PA MAC 50, PM MAT 49, AA 52 et projets de FAMAS, etc. L'armée française était le principal VRP de l'armement français et il était évident que l'armée française croyait en ses armes, par l'épreuve du feu et pas seulement par propagande. Si l'on rajoute à cela le prix prohibitif du Rafale qui fait que même la France a du mal à s'en équiper, la messe est dite.
Alors on me dira que les Suédois non plus ne proposent pas un système complet et éprouvé ni un service après-vente à la hauteur de ce que font les américains mais je comprends que, quitte à faire un pari sur un système d'armes, à performances proches, autant qu'il ne soit le moins cher.

Pat Quartier a dit…

Le commentaire de Tim Larribau -tres professionnel, en fait celui d'un expert- complete parfaitement votre article sur la question.
Felicitations et remerciements pour ces informations precises. L'industrie Aeronautique Francaise a bien du souci a se faire.
Les Dassault doivent regretter amerement la stupide decision de De Gaulle en 1967 d'avoir impose un embargo sur l'armement francais contre Israel qui a du se tourner avec succes vers les Etats-Unis. Aujourd'hui Dassault si il avait pu cooperer technologiquement avec Israel, ne se serait pas retrouve dans cette situation delicate. Comme quoi le boycott ne paie pas, au contraire. Il est aussi regrettable que la position de la France n'eut pas ete plus equilibree. Aujourd'hui Israel souffre du poids des Etats-Unis sur son destin. La France qui aime jouer "cavalier seul" pour affirmer une politique independante a loupe le coche.Du gachis dont De Galle et le Quai d'Orsay portent la responsabilite.

Daniel L. Levy a dit…

Le contrat indien pour 128 Rafales, il ne compte pas? Il est vrai qu'il n'est toujours pas signé, mais il y a quand même eu une évaluation des plus rigoureuses, d’où Dassault est sorti vainqueur face à des concurrents comme Lockheed Martin, EADS, et MAPO-MiG.

Avi a dit…

la France s’entête avec ce rafale qui semble ne plus être d'actualité, sauf pour le ministère de la défense qui achète ce matériel, lourd en maintenance et cher à l'achat.
cet entêtement vient cacher le manque de recherche sur les drones par exemple.
en centre Afrique, l'Etat français loue des drones aux américains pour sécuriser son action.
la France produit ce dont elle n'a pas besoin, le rafale, et la France fait une impasse sur les armes du futur; les drones, dont elle a besoin sur le terrain pour assurer la sécurité des soldats de la république.

Arie AVIDOR a dit…

Dassault s'enorgueillit que son Rafale est "combat proven" pour être intervenu en opérations en Afghanistan, au Sahel et en Irak. A mon avis, c'est un abus du label en question. Le Rafale a bien été engagé sur ces théâtres d'opération mais dans un nombre passablement limité de sorties opérationnelles et essentiellement pour des missions de bombardement et d'appui au sol sans avoir jamais été confronté à une couverture radar et une DCA dignes de ce nom ni, bien entendu, en combat aérien. La seule capacité de l'appareil réellement testée est celle de son ravitaillement en vol. Derrière les cocoricos des autorités et des médias français, apparait toute l'étendue des risques sans précédents pris par la France pour la conclusion de ce contrat garanti à 50% par la Coface, l'assurance gouvernemental des risques à l'exportation. En d'autres termes, en cas de défaut de paiement de l'Egypte, pour cause de difficultés budgétaires, coup d'État, etc., c'est une facture de 2,5 milliards d'euros qui sera présentée au contribuable français. Et pour conclure, les médias mettent en avant presque exclusivement la vente de 24 Rafale dans le cadre de ce contrat. Or, c'est la vente d'une frégate FREEM de dernière génération qui est bien plus inquiétante au regard de l'équilibre des forces dans la région que celle d'un avion conçu il y a trente ans dont les performances sont bien connues des pilotes de Tsahal.

Sitbon a dit…

La politique arabe de la France enfin récompensée
Comment dit-on Trente Deniers en arabe ?

Claude a dit…

... Tout comme l’Égypte, j'aimerais faire l'acquisition d'un Rafale pour mes déplacements personnels....
Pensez-vous que monsieur Hollande et les banques françaises à sa "disposition" pourraient me consentir un crédit à long terme ?
Je suis prêt à discuter des modalités de remboursements...
Claude

Claude a dit…

... j'aimerais ajouter une chose importante :
Monsieur le chef d'état français, s'il acceptait ma demande, pourrait ainsi se targuer d'avoir vendu un Rafale à un israélien" !!!!!!!!!!!!
Claude

Lowcarber a dit…

il n' est pas si mal ce "vieux" Rafale, c'est le seul qui a reussi a se taper un F-22

http://theaviationist.com/2013/06/19/f-22-shot-down-by-rafale/