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lundi 9 décembre 2013

CRISE MONDIALE DE L’EAU, L’HYDRO-DIPLOMATIE De Norbert LIPSZYC



CRISE MONDIALE DE L’EAU, L’HYDRO-DIPLOMATIE

De Norbert LIPSZYC
Les Éditions de Passy

Une recension de Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Norbert Lipszyc est ingénieur des Mines et diplômé en Master of Science de l’université de Coloumbia (New-York). Militant et vétéran de l’écologie, il était donc tout à fait qualifié pour aborder le problème de l’eau dans le monde, et au Moyen-Orient en particulier. Dans son ouvrage, il remet en cause avec pragmatisme tous les poncifs qui accusent Israël de «voler» l’eau des pays arabes. Ses arguments sont tout aussi scientifiques que politiques.

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Sécheresse



Longtemps il était dit que l’eau dans la région pouvait être un casus belli ou pour le moins, un élément qui conditionnait la paix : «En Israël où la sécheresse règne (la Terre d’Israël manque d’eau depuis la haute Antiquité, la Bible en témoigne), on semble ne plus manquer d’eau, ni potable, ni pour les usages économiques». Mais cela n’est pas vrai pour les territoires car «l’Autorité Palestinienne purifie peu son eau et n’utilise presque pas d’eau recyclée pour l’irrigation». Et pourtant les fonds ne manquent pas, souvent gaspillés en achats d’armement ou en corruption, mais les Palestiniens «préfèrent prendre une posture de victimes face à la communauté internationale» alors que la nouvelle technologie pourrait être mise au service du développement et de l’emploi. Pourtant, Amnesty International reproche à Israël de refuser à la population des territoires un accès adéquat à l'eau.
 
Distribution d'eau par jerican

L’auteur nous informe donc, chiffres en main, de la disponibilité des ressources en eau qui pourraient être mieux gérées par des moyens techniques évolués, comme l’irrigation au moyen du goutte-à-goutte. Le gâchis pousse certains pays de la région, comme l’Égypte, longtemps «bénie des Dieux» avec son Nil, à faire face à une situation de pénurie. Il met le doigt sur la technologie en Israël qui est mise au service de l’homme ; ainsi «l’amélioration spectaculaire de l’économie de l’eau en Israël provient de l’expansion des usines de dessalement de l’eau de mer» des usines d’Ashkelon, Hadera et Palmachim. Par ailleurs le Golan fournit près du tiers de la consommation totale israélienne. 
Usine d'Ashkelon

Norbert Lipszyc rappelle d’ailleurs que cette préoccupation n’est pas nouvelle puisque l’une des premières tâches du mouvement sioniste fut de replanter des arbres pour éviter l’érosion des sols. Il soulève la question de l’absence de politique de traitement des eaux usées dans les territoires qui entraine une pollution des nappes phréatiques avec «les risques qui viennent de teneurs minérales déséquilibrées, d’agents infectieux et de produits chimiques toxiques».



Priorité aux eaux de surface



C’est pourquoi «Israël a connu un changement radical de doctrine vis-à-vis de la priorité donnée aux eaux de surface en 1990» avec  des techniques modernes, importées d’Australie et complétées par des développements locaux, pour le traitement des eaux usées. Par ailleurs «la principale entreprise de dessalement d’Israël, IDE, est devenue l’un des leaders mondiaux» dans ce domaine.

Mais l’auteur n’hésite pas à tordre le cou aux arguments fallacieux utilisés par les Palestiniens et repris par les Occidentaux. L’argument selon lequel les Israéliens privent les Palestiniens d’eau ne tient pas quand on s’attache aux faits historiques. La répartition de l’eau a été actée à l’occasion des accords de Taba de 1995. Non seulement les volumes ont été fixés mais également les mécanismes pour résoudre toutes les questions qui pouvaient se poser. 
On ignore que, dans ces mécanismes, chaque partie a le droit d’opposer son veto aux projets de l’autre. De tous les accords de Taba, le seul qui soit encore opérationnel selon les modalités définies à l’époque est celui sur l’eau. D’ailleurs le patron de la compagnie palestinienne des Eaux, Shahad Al-Attili, est celui qui avait négocié les accords de Taba tandis que celui qui avait rédigé ces accords conjointement pour les deux parties était l’avocat israélien de l’armée, Daniel Reisner.

Les Palestiniens manquent d’eau parce qu’ils n’ont pas pris à temps les mesures adéquates. Les Israéliens étaient partis depuis longtemps sur le traitement des eaux usées puis ont décidé de le retraiter au niveau des recyclages. Mais ils se sont rendu compte qu’il ne suffisait pas de construire une usine pour eaux usées mais qu’il fallait une compétence technique très avancée pour la faire fonctionner. Les Palestiniens n’ont rien fait pour acquérir à temps cette compétence.

Ainsi quelques usines ont été mises en place avec l’aide européenne mais une seule fonctionne actuellement parce que les Allemands, qui l’avaient construite, ont laissé sur place leurs techniciens. Aujourd’hui les Israéliens ont pris la responsabilité de la formation de dizaines de techniciens et d’ingénieurs  jordaniens et palestiniens. L’AFD (Agence française de développement) a pris en charge les projets d’usines qui vont à présent fonctionner.

Le problème de l'approvisionnement des populations en eau reste entier. En effet, pour les Arabes l’eau étant un don de Dieu, elle ne doit pas être payée ce qui limite la mise en place d’investissements  pour la création ou la maintenance des usines d’eau ou pour le creusement de puits pour atteindre la nappe phréatique. Il est certain «qu’Israël est intéressé à ce que les Palestiniens aient suffisamment d’eau, non seulement pour survivre, mais pour coexister en tant que voisins prospérant dans le bien-être et la sécurité».

L’ouvrage regorge de détails qui explicitent le problème fondamental de l’eau au Proche-Orient. Il donne les éléments pour bien appréhender les divergences de vues entre les thèses israélienne et palestinienne sur cette question vitale. Mais il semble bien que les solutions soient purement techniques donc très facilement réalisables avec une bonne volonté politique. Bien qu’optimiste, Norbert Lipszyc est convaincu «qu’il doit être résolu dans le cadre de tout le Proche-Orient et pas seulement dans des négociations bilatérales». Il en donne les clefs dans son ouvrage de référence. Mais cela implique une paix réelle  dont on n’entrevoit pas encore  les prémices.

                                                                       

1 commentaire:

V. Jabeau a dit…

Je connais bien N. Lipszyc dont l'intégrité, la volonté de paix et la saine préoccupation écologique forcent l'admiration. Il a en outre une capacité d'analyse rapide et élevée, ainsi qu'un sens pédagogique très développé. Cela fait des décennies qu'il se passionne pour le développement écologique d'Israël et c'est certainement le francophone le plus savant et compétent sur le sujet. Merci M. Benillouche pour cette recension.