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vendredi 15 novembre 2013

MARGE DE MANŒUVRE ÉTROITE POUR BENJAMIN NETANYAHOU



MARGE DE MANŒUVRE ÉTROITE POUR BENJAMIN NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Constructions dans les implantations

Benjamin Netanyahou a annulé l’ordre de construction de 20.000 nouveaux logements en Cisjordanie en demandant à son ministre du logement Uri Ariel «de reconsidérer toutes les étapes pour évaluer le potentiel de planification dans les implantations». Il a déclaré que ce projet « dénué de sens était une action qui crée une confrontation inutile avec la communauté internationale à un moment où nous faisons un effort pour la persuader de parvenir à un meilleur accord avec l’Iran».

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Hystérique



Benjamin Netanyahou n’avait pas le choix parce qu’il était allé trop loin dans son conflit avec Barack Obama. Cet affrontement au grand jour lui avait aliéné la sympathie des Occidentaux qui ne se privaient plus de le critiquer. Le New York Times avait écrit que «les négociations infructueuses entre l'Iran et les puissances mondiales ont donné au premier ministre une ouverture pour générer une opposition plus hystérique». Le mot était lâché et l’accusation féroce.

Le secrétaire d’État John Kerry et Benjamin Netanyahou se sont publiquement attaqués sur la question de l’Iran et du conflit palestinien. Il n’était pas dans leurs habitudes d’afficher ouvertement leurs dissensions face à la presse. Pour la première fois Kerry a qualifié «d’illégitimes» les constructions dans les implantations qui pourraient pousser les Palestiniens à demander à l’ONU de statuer sur la création d’un nouvel État. Il a martelé sa thèse selon laquelle toute rupture de négociations avec Mahmoud Abbas entrainera une nouvelle Intifada ce qui s’apparente à une menace voilée des Américains.  

Le peuple américain est sensible aux attaques répétées contre son gouvernement et n’apprécie pas ces méthodes tendant à dégrader les relations bilatérales. Malgré cela, les Américains ont fait preuve de beaucoup d’indulgence en ne faisant pas cas des attaques répétées israéliennes contre les États-Unis. Ils n’ont d’ailleurs jamais envisagé de représailles contre Israël en ce qui concerne le soutien financier et politique.

La «reculade» de Netanyahou semble au contraire avoir poussé les Occidentaux à ne pas signer en urgence un accord avec les Iraniens et pourrait être à l’origine d’une position conjointe américano-française face à l’Iran.



Gagner sur deux tableaux



Benjamin Netanyahou, fin diplomate, a compris qu’il ne pouvait pas se permettre un entêtement qui aurait conduit les Américains à mettre leur menace à exécution en imposant, en janvier 2014, un accord avec les Palestiniens qui ne serait certainement pas en faveur d’Israël. Ils peuvent décider de supprimer le dialogue direct en imposant des négociations par Américains interposés. Ils envisagent même d’introduire les Jordaniens dans les discussions pour donner plus de poids à la partie palestinienne. 
Pierre, ciseaux et feuille


Par expérience politique, le premier ministre, a mesuré ces dangers et contrairement aux «jeunes» politiques inexpérimentés, il a compris en fait qu’il ne pouvait pas gagner sur les deux tableaux, sur le programme nucléaire iranien et sur les négociations avec les Palestiniens. À force de s’opposer aux Américains en adoptant une position intransigeante, il risquait de se retrouver à la fois avec un Iran nucléaire et un État palestinien. Il ne pouvait donc pas laisser les relations avec les États-Unis se détériorer jusqu’à un point de non-retour. 


Mais le comble est qu’Avigdor Lieberman, revenu aux affaires étrangères, est celui qui tente à présent de recoller les morceaux alors qu’il était persona non grata dans les chancelleries occidentales. Il a en effet déclaré que «le pilier des relations étrangères d'Israël est sa relation avec les États-Unis. Nous devons refroidir les émotions. Nous devons comprendre que notre relation avec les États- Unis est notre principal atout. Même quand il y a des divergences d'opinion, et nous en avons toujours eues, elles ne doivent pas être diffusées en public. Elles doivent être traitées en interne. Il est temps de sonner la fin de la partie».



Pragmatisme


Naftali Bennett


Les nationalistes qui tiennent tête au premier ministre israélien, les militants de Habayit Hayehudi de Naftali Bennett en particulier,  assimilent cette décision de suspendre les constructions à une reculade. Ils intentent un procès d'intention au premier ministre parce que les constructions ont pour eux un effet symbolique. Ils font preuve d’une méconnaissance du fait politique et d’une absence de réalisme face au poids des instances internationales. Le premier ministre sait que le problème palestinien est secondaire par rapport au danger du nucléaire iranien. Or il a pour responsabilité de sauvegarder la sécurité du pays. Il estime donc qu'il peut lâcher quelques concessions si cela lui permet d'obtenir le soutien des Américains pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire. 
Usine nucléaire d'Arak


Si Israël n’a certes pas besoin des États-Unis pour lancer une opération militaire contre les usines iraniennes, il a besoin de son soutien politique et militaire pour obtenir des matériels sophistiqués. Netanyahou dispose de peu de marge de manœuvre mais les constructions dans les implantations ne constituent pas un problème existentiel face à la bombe des ayatollahs. Il ne peut continuer à se mettre à dos les Occidentaux alors qu’ils misent uniquement sur une négociation qui fait gagner du temps aux Iraniens et endort la réactivité d’Obama et de Kerry en les poussant à déposer les armes avant de les avoir utilisées.  
video

Pourtant les Américains savent que, lorsqu’ils montrent leurs dents comme lors de l’attaque de l’Irak, les Iraniens prennent peur. Ils l’ont d’ailleurs prouvé en suspendant immédiatement leur programme nucléaire en 2003. La démonstration de force avait convaincu à l'époque les dirigeants iraniens qu’ils n’avaient pas intérêt à s’engager dans une aventure vouée à l’échec. Aujourd’hui aucune menace de l’administration Obama ne les inquiète car ils ont compris que l’option militaire était abandonnée. Donc s’il y a reculade, elle provient des États-Unis qui se montrent naïfs en négociant l’arrêt de la centrale à plutonium d’Arak pendant six mois  et le droit à l’enrichissement de l’uranium à 20%.

Les problèmes économiques des pays occidentaux ne sont pas étrangers à cette course à une paix risquée. En effet, des centaines d’entreprises occidentales sont impatientes de commercer à nouveau avec l’Iran qui a d’énormes besoins pour sa restructuration. Si Netanyahou ne croit pas à l’efficacité de sanctions «light», il comprend la volonté de réconciliation de l’Occident avec l’Iran.

Cependant Benjamin Netanyahou a pris la voie réaliste qui consiste à ne pas tout exiger, au risque de tout perdre. Pour régler la question iranienne il a compris qu’il devait sacrifier une partie de ses exigences sur la question palestinienne au grand dam de ses amis nationalistes qui manquent de finesse politique pour comprendre les méandres des affaires du gouvernement. Il joue donc avec la marge de manœuvre étroite qu’il lui reste pour sauvegarder les intérêts sécuritaires du pays. Aux jeunes d'apprendre ce qu'est la véritable politique.


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