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samedi 23 novembre 2013

LES TRAVAILLISTES CORRIGENT LEUR ERREUR DE CASTING



LES TRAVAILLISTES CORRIGENT LEUR ERREUR DE CASTING

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
         
         
           
          À l’occasion des primaires qui ont eu lieu le 21 novembre, le parti travailliste israélien a élu, à une large majorité de 58%, Yitzhak Herzog comme nouveau président. Il corrige en fait l’erreur de casting qui avait mis Shelly Yacimovich à la tête du parti. Elle paie ainsi l’échec d’Avoda aux dernières élections du 22 janvier 2013 lorsque le parti n’avait récolté que 11,39% des voix pour 15 sièges. 


L’échec du parti travailliste avait beaucoup étonné car il s’agissait bien d’un échec. Le parti était arrivé en troisième position alors que les sondages le faisaient frôler la vingtaine pour être en position de peser sur la formation d’un gouvernement du centre-droit. Plusieurs erreurs ont été commises en effet.



Jeunes expérimentés

Ytsik Smuli leader de la révolution des tentes


            La formation de la liste des candidats avait mis en avant de nombreux jeunes inexpérimentés aux tendances parfois gauchistes, issus de la révolution des tentes. Ils n’étaient pas crédibles pour prouver à l’électorat qu’ils étaient capables de prendre en main les rênes du pays. Le renouveau des candidats  était certes une bonne carte utilisée par les travaillistes mais à forte dose il avait surtout inquiété les anciens qui avaient été totalement exclus. 
Avec Amir Peretz avant qu'il ne quitte Avoda


Cela était une des raisons qui avaient poussé le numéro 2 de la liste à déserter le parti à la veille du scrutin. Le départ d’Amir Peretz, ancien chef de la Histadrout et ancien ministre de la défense, avait pesé sur le résultat car c’était une personnalité travailliste reconnue. L’erreur de casting dans le choix de la tête de liste avait été manifeste parce qu’elle ne semblait pas suffisamment charismatique pour mener le combat contre Netanyahou, redoutable homme politique certes un peu trop sûr de lui. C’est ainsi que de nombreux sympathisants travaillistes avaient déserté leur clan pour d’autres cieux, plus accueillants et plus toniques.
Yacimovtch et Lapid

            Shelly Yacimovich avait raté sa campagne. Elle avait martelé à longueur de réunions qu’elle n’entrerait pas dans une coalition avec Netanyahou au lieu de laisser la question ouverte en reportant son choix définitif après les élections. Elle se condamnait d’emblée à une cure d’opposition. Les électeurs ont alors jugé inutile de voter pour un parti voué à l'opposition et qui ne serait pas aux affaires. Ils ont donc choisi le pragmatisme du changement en se reportant vers Yesh Atid parce qu’ils avaient compris qu’il fallait  mettre à la Knesset des députés capables de concrétiser le besoin de renouveau. Shelly n’avait pas réussi à convaincre l’électorat israélien qu’elle était une force d’alternance capable de prendre la place de Netanyahou.

Programme vieillot



            Mais le programme du parti était lui-même vieillot et manquait de dynamisme et de courage politique. Il n’avait pas été révisé dans sa conception. Un toilettage aurait pu permettre à certains électeurs, qui s’étaient fourvoyés au Likoud à droite, de rejoindre les travaillistes. Certains ont préféré voter pour l’extrême-gauche Meretz, qui a d’ailleurs gagné des députés, plutôt que pour une pâle copie.

           Shelly n’avait pas trouvé les arguments pour les attirer car il fallait du neuf, même avec une petite dose de démagogie. Netanyahou avait pourtant laissé un boulevard, non exploité par les travaillistes, sur la question palestinienne et sur les relations avec les États-Unis. Ces questions, peu soulevées, auraient pu permettre aux travaillistes de se distinguer dans la campagne. Le courage politique aurait certainement payé, plutôt que le ronronnement de propositions éculées.

Lors des réunions électorales les représentants travaillistes, députés de surcroit, étaient flous dans leur discours malgré les questions précises qui leur étaient posées. Ils n’ont pas répondu à la colère sociale de la révolution des tentes de l’été 2011 dont les chefs, figurant sur la liste électorale, donnaient l’impression de devenir déjà des hommes politiques à la langue de bois.



Changement de stratégie



            Les travaillistes ont alors compris qu’ils devaient envisager un retournement de stratégie s’ils voulaient peser sur la politique du pays et neutraliser la puissance du nationaliste Naftali Bennett dont certaines thèses concernant les palestiniens semblent anachroniques. Le député Nachman Shaï avait alors fait preuve de réalisme : «Nos attentes étaient trop élevées et ont provoqué une certaine déception. Le parti doit examiner l'éventualité d'une entrée dans une coalition gouvernementale menée par Netanyahou.»

            La nomination d’Yitzhak Herzog démontre que le parti va revenir aux fondamentaux et surtout s’ouvrir au débat interne car les militants avaient souvent critiqué Yacimovich pour sa propension à diriger le parti d’une main de fer. Le nouveau leader veut s’orienter «dans le leadership de la collaboration. Le pays veut quelqu'un qui va faire le travail. Je vais faire ce travail». Il aura la lourde tâche d’enrayer le déclin du parti principal de la gauche israélienne.
Herzog avec Abbas

            Il est vrai qu’il arrive à un moment critique où les négociations avec les Palestiniens souffrent de blocages à droite qui se font de plus en plus pesants. Si Benjamin Netanyahou tient à réussir son processus de paix, il pourrait associer les travaillistes à des décisions douloureuses. Yitzhak Herzog, contrairement à Shelly Yacimovich, est un ancien ministre qui a occupé plusieurs postes, qui connait les rouages du gouvernement et qui a fréquenté les Palestiniens. Il ne serait pas de trop pour épauler Tsipi Livni au moment où les négociateurs palestiniens démissionnent de leurs fonctions devant ce qu’ils appellent «l’intransigeance israélienne».   

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