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dimanche 24 novembre 2013

LE NOUVEAU DÉFI D’YITZHAK HERZOG



LE NOUVEAU DÉFI D’YITZHAK HERZOG

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

 

Peretz, Yacimovich et Herzog

 

Les querelles internes et les rivalités ont miné le parti travailliste. Les verrous imposés par une direction administrative assimilée à une bureaucratie à la soviétique ont fait fuir toutes les étoiles montantes du parti. 
Ofir Pines-Paz avait démissionné en 2007 après avoir été bloqué dans ses actions pour réorienter son parti à gauche afin de le redynamiser. Il n’a pas été écouté ce qui a valu aux travaillistes une déconfiture sévère en 2009 et entrainé sa démission.

 

 

Ofer Pines-Paz

Le député Daniel Bensimon, ancien journaliste à Haaretz, avait alors déclaré que «le départ d'Ofir Pinès est le signe que le parti travailliste est arrivé au département des soins intensifs, et qu'il fallait maintenant que quelqu'un vienne en urgence lui prodiguer le remède nécessaire à son rétablissement». Ofir Pinès avait alors quitté la présidence du groupe travailliste à la Knesset parce qu’il estimait «qu’il faudrait une refondation totale du parti afin qu'il puisse encore attirer des électeurs».

 


 


Pères fondateurs



Dr Yossi Beilin



            D’autres figures, comme Yossi Beilin dont le nom restera associé aux accords d’Oslo de 1993 et aux pourparlers de Taba en 2001, avaient quitté le parti travailliste lorsqu’ils avaient senti qu’il s’orientait vers une politique centriste. Ils ont rejoint dans le Panthéon des anciens travaillistes, les figures montantes représentant pour l’Occident les symboles israéliens du camp de la paix, aujourd’hui en voie d’extinction en Israël.


Les travaillistes ont été les pères fondateurs de l’État d’Israël sous la conduite de David Ben Gourion. Ils ont régné sans partage, sous différentes appellations, de 1930, avant la création de l’État en 1948, jusqu’en 1977, date à laquelle ils ont été écartés du pouvoir par la droite. Ils avaient imaginé l’État, son économie et ses structures mais en s’appuyant uniquement sur une moitié de la population, les ashkénazes, Juifs d’Europe de l’est. Ils ont payé cher cette stratégie le jour où les défavorisés séfarades se sont rendus compte de leur puissance et de leur capacité à influencer le vote.

 


Les travaillistes ont alors été réduits en peau de chagrin au fil des élections qui voyaient l’électorat populaire rejoindre progressivement la droite. Les séfarades ont fui le parti, les premiers, parce qu’ils n’y trouvaient pas une représentation conforme à leur poids réel dans le pays. Menahem Bégin leur avait proposé une structure d’accueil et des responsabilités au gouvernement et au comité central du Likoud. La droite devenait ainsi la principale composante des couches défavorisées.


 


Compromission avec la droite


 

Netanyahou-Barak

 


Plus près de nous, devant l’omnipuissance de Benjamin Netanyahou, le parti travailliste a été réduit à s’inscrire aux abonnés absents après s’être compromis avec la droite. Le premier ministre israélien avait décapité le parti de ses «éléphants» par une offre de postes ministériels, en particulier la défense à Ehud Barak. Les dirigeants de gauche ont ainsi laissé la crise se développer dans les instances car ils n’ont pas cherché à méditer sur les raisons de leurs échecs. Ils ne se sont pas rendu compte qu’ils devenaient inaudibles tandis que le moral des troupes restait en berne.


La torpeur du parti était due aux querelles internes de personnes, à l’inexistence d’un programme politique original et à l’absence d’un leader incontesté. Alors les militants, découragés par l’inconséquence de leurs dirigeants, ont fini par s’orienter ailleurs, en même temps que les ténors qui avaient fini par manquer de conviction. Le parti travailliste ainsi que les partisans de la paix avaient alors signé leur lente désintégration. 

Barak et Arafat

 

Mais l’érosion du camp de la paix à la Knesset avait été aussi l’œuvre de Yasser Arafat. Le rejet par les Palestiniens d’une proposition de Barak de céder 93% de la Cisjordanie en échange de la paix, a sonné le glas à toute espérance de résolution pacifique du conflit. Ceux qui ont cru à la paix se sont sentis floués et ont été convaincus que les Palestiniens n’avaient aucune volonté de cosigner un accord, même imparfait. Des bataillons d’électeurs de gauche ont alors rejoint en masse le camp nationaliste, le seul selon eux à garantir la sécurité si la guerre devait perdurer.


 


Marginalisation


 


À partir de 2001, la déroute systématique du parti travailliste aux élections l’a marginalisé pour le transformer en parti d’appoint dans des coalitions de droite avec Ariel Sharon, puis du centre avec Ehud Olmert. Le nombre de députés, réduit en peau de chagrin, l’a disqualifié pour constituer une alternative politique crédible. La création de Kadima lui a donné le coup de grâce puisque des personnalités marquantes ou historiques l’ont déserté avec à leur tête Shimon Pérès. 

Tsipi Livni et Ehud Olmert

 


Tsipi Livni s’était en effet introduite dans la brèche en prônant la nécessité d’un dialogue avec les Palestiniens et en acceptant le principe de deux États pour deux peuples. Le parti travailliste se rétracte alors sur lui-même, revient sur ses vieilles positions, s’appuie sur des dogmes périmés, n’innove plus, ne bouge pas, et ne se remet pas en cause. Au lieu d’analyser les vraies raisons de leur déclin, les travaillistes ont attribué leur défaite aux autres, à une dérive centriste, sinon droitière, de l’électorat israélien.


L’arrivée de Shelly Yacimovich n’a pas comblé les espérances de ceux qui exigeaient un travail d’assimilation de la défaite pour pouvoir tirer les leçons pour l’avenir. Le parti, solide et bien implanté dans le paysage politique, était pourtant soutenu par des milliers de militants encartés et de cadres actifs expérimentés détenant le pouvoir dans plusieurs grandes villes. 

Les militants ont donc accusé leurs dirigeants d’avoir tardé à prendre les mesures pour entamer le travail de rénovation. Il en est ressorti une impression de chaos généralisé dont nul ne pouvait entrevoir la fin. Le parti ne fédère plus comme du temps de Ben Gourion et les clivages communautaires ont refait surface car, à l’inverse de 1977, les militants ashkénazes ont préféré cette fois l’abandonner. 

 


Les conséquences négatives pour le processus de paix moribond se font sentir car une  gauche forte est seule à détenir les cartes pour le ranimer. Cette inexistence politique des travaillistes permet au premier ministre de camper sur une position d’attente, la gauche dira d’intransigeance, sachant que le pouvoir ne risque pas de lui échapper. Il n’a pas besoin d’innover dans ses propositions aux Palestiniens et il est poussé dans une stratégie d’exercice solitaire du pouvoir. Le déclin des travaillistes risque de sonner le glas à un accord de paix avec le risque de contaminer la démocratie dont la vivacité fait l’originalité de l’État d’Israël. Les extrêmes imposeront alors leurs vues au grand détriment de la stabilité de la région.


 


Le nouveau défi


Colette Avital


La tâche de Herzog sera de reconstruire la gauche israélienne et c’est un vaste programme pavé d’embuches. Il devra fédérer les jeunes avec les anciens qui ont été écartés pendant deux ans à l’instar de Raanan Cohen, Dalia Ytsik et Colette Avital.  Shelly Yacimovich avait décidé de se séparer de la vieille garde pour s’entourer d’une nouvelle vague inexpérimentée qui lui a permis de régner sans partage dans un parti entièrement dévoué à sa personne mais inefficace. Elle s’est donc fait des ennemis au sein du parti qui avait pourtant besoin de fédérer toutes les volontés. 

 

À son opposé Yitzhak Herzog est un rassembleur et un maître en conciliation. Mais il devra d’abord s’occuper des structures du parti et de son programme afin de consolider une opposition crédible avant de courir après Benjamin Netanyahou. Il court certes le risque d’être tenté par le pouvoir ministériel. Or il a un boulevard devant lui consistant à ramener à lui ceux qui ont quitté le parti pour écouter les sirènes du centriste Yair Lapid qui n’a pas réalisé leurs espérances. 

Le leader centriste atone a déçu parce que, à l’instar des tous les autres politiques qui l’ont précédé, il n’a pas respecté ses engagements de défendre la classe moyenne et à fortiori les défavorisés. Il a disparu des écrans radars de la politique alors qu'il avait montré beaucoup d'activisme durant la campagne électorale. Face à la jeune étoile montante nationaliste, Naftali Bennett, Herzog devra convaincre que les travaillistes sont une force d’alternance. Son seul espoir réside dans le fait que la droite, menée par trois leaders charismatiques, n’a pas réussi en janvier 2013 à être majoritaire dans le pays, laissant ainsi une ouverture aux travaillistes.  En attendant, il deviendra le chef de l'opposition à la Knesset.


 

3 commentaires:

Paule HALFON a dit…

Je pense que le temps n'est plus aux querelles d'appareils ,que l'ennemi toujours commun "les palestiniens",ont ce jour grandement augmenté le poids de leurs revendications.
La lucidité impose aux deux grands partis gauche droite une union nationale afin de contrer l'appétit vorace d ´Abbas et sa clique .
Le monde s'accorde à lui donner raison dans ce sens,alors que les ambitions personnelles de politiques israéliens semblent décalées voire puériles .
Union nationale dans ce contexte troublé doit s'imposer!

andre a dit…

Elle a bien raison Paule Halfon !
Union Nationale pour affronter les défis : Un Iran nucléaire, les Palestiniens qui veulent faire capituler Israël et non partager le territoire ,le repli américain, le jeu compliqué de la Russie et l'irrationalité exubérante des pays de la région .
Mais le repli des Travaillistes ne tient pas au jeu des leaders mais simplement à leur erreur fondamentale : ils ont toujours cru que les palestiniens étaient des partenaires pour la paix . La droite israélienne n'a jamais versé dans l'angélisme et elle a toujours eu
raison. Les électeurs israéliens l'ont bien compris.
AM
Tribune Juive.

Avi a dit…

c'est bien fini la gauche israelienne, elle a mangé dans toutes les gamelles, a siroté tous les verres, et la voilà , à moitié "nue" à trainasser dans les rues du pays. ils aiment le pouvoir, alors ils s'affichent des des gouvernements de droite bien dure.
la granche leçon est une bonne "branlée" aux elections. des idées, cela se garde au chaud. on ne passe d'un gouvernement de droite juste pour flatter son égo.
Herzog a du boulot, dans un israel sur-droitisé, les fondamentaux des idées de gauche sont l'avenir du pays. meme le president Peres veut creer une opposition forte. mais shimon devrait apres son mandat prendre sa retraite bien méritée.