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mardi 12 novembre 2013

IRAN : LA SURPRISE FRANÇAISE



IRAN : LA SURPRISE FRANÇAISE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Les négociateurs de Genève le 9 novembre

La position de la France dans la négociation sur le nucléaire iranien a fait l’effet d’une bombe, sans jeu de mots, parce qu’on attendait d’elle qu’elle s’aligne sur la position américaine. Pourtant, quel que soit le régime, la France n’a jamais montré de laxisme à l’égard de l’Iran. Au contraire, elle a été à la pointe du combat car elle faisait preuve de plus de lucidité. 





Camoufler Arak


Fabius à Genève


La décision de la France de ne pas signer d’accord répond à deux raisons fondamentales. Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius avait été choqué de n’avoir été convié aux négociations qu’au moment où les deux parties, américaine et iranienne, mettaient la touche finale à l’accord. Paris n'avait pas participé aux négociations préliminaires qui avaient précédé celles de Genève. Une certaine susceptibilité française a ainsi entravé la signature lorsque les  Français ont constaté qu’ils avaient été peu impliqués dans l’élaboration du projet d’accord. 
L'usine nucléaire d'Arak

Par ailleurs, une autre raison mettait en cause le fondement même de l’accord. Alors que les Occidentaux négociaient sur l’enrichissement de l’uranium, la France avait compris que les Iraniens cherchaient en fait à camoufler ce qui était le réel danger immédiat. L’Iran voulait exclure des débats le réacteur à eau lourde d’Arak capable de produire du plutonium entrant dans la fabrication d’une bombe nucléaire. L’AIEA n’a pas été autorisée à visiter le site d’Arak depuis 2011 et se contentait d’analyser les images satellites fournies par les Américains, trop approximatives pour évaluer l’état d’avancement du projet.
Mohamed Khatami

Pourtant, la réponse française n'aurait pas dû être une surprise totale. Depuis quelques mois, François Hollande a adopté une politique étrangère plus musclée qui a positionné Barack Obama à la gauche de l’échiquier international lorsqu’il s’est agi de régler les problèmes de la Libye, de la Syrie du Mali et de l’Iran. Le contentieux nucléaire avec l’Iran avait déjà été entouré d’un voile de fumée à l’occasion de la visite du président réformateur Khatami à Paris en 1999, qui avait pris des engagements non respectés. Hassan Rohani lui-même, négociateur nucléaire, avait troqué en 2003 des négociations commerciales contre des promesses non tenues de suspendre l’enrichissement d’uranium.



Jeune et inexpérimenté



Nicolas Sarkozy avait cherché à s’entremettre entre l’ayatollah Ali Khamenei et les Occidentaux en demandant à rencontrer le Guide suprême. Sa demande avait été rejetée avec des insultes publiques de la part du président Ahmadinejad, qui fidèle à sa dialectique,  avait traité Sarkozy de «jeune et inexpérimenté». Lors d’une intervention télévisée, le président iranien avait accusé Nicolas Sarkozy d’ingérence : «La France mérite mieux que ses dirigeants».

Le président français voulait soulever avec Ali Khamenei le problème de la livraison d’armes aux Talibans alors que la France opérait en Afghanistan sous le drapeau de l’OTAN. Il tenait ainsi l’Iran pour responsable de la mort des 80 soldats tombés alors qu’ils étaient en mission de pacification. Il s’est ensuite directement impliqué dans l’épisode de l’arrestation de Clotilde Reiss, enseignante de français, accusée d’être une espionne. Il avait été choqué par la mascarade de procès public diffusé à la télévision qui s’assimilait en fait à un procès de la France.



Convergences des positions



Le président français avait donc des motifs sérieux de mettre en doute la parole iranienne ce qui donne à penser qu’il n’a pas volontairement rejoint la position israélienne. Certes Benjamin Netanyahou s’était élevé contre la volonté de Barack Obama de trouver un compromis à n’importe quel prix, mais François Hollande roule pour lui et pour la France en mettant en évidence les nombreuses lacunes de la position américaine sur le nucléaire iranien.

Les Français divergent en effet sur la position israélienne prônant qu’aucun enrichissement d’uranium ne doit être toléré. En revanche François Hollande s’est retrouvé avec les Israéliens sur la demande d’arrêt total de la centrale nucléaire d’Arak. Cette exigence a fait capoter les négociations reportées au 20 novembre alors que les négociateurs étaient convaincus de parvenir à un accord définitif dans la nuit du 9 novembre. C'était sans compter sur les Français. Les Occidentaux ont été surpris par la position ferme de Laurent Fabius qui, selon certaines indiscrétions, s’est éloigné des thèses du Quai d’Orsay. Nul ne s’attendait à autant de fermeté de la part du ministre français des affaires étrangères qui tenait à échanger le principe de l’autorisation d’enrichissement de l’uranium à 20% contre la fermeture définitive d’Arak.

Le risque engendré par l’usine d’Arak a renforcé une éventuelle position commune entre les Israéliens et les Français. Ce sujet sera certainement abordé lors de la visite de François Hollande en Israël du 17 au 19 novembre. Mais il n’est pas impossible que la France ait décidé de profiter de ce différend avec les États-Unis pour changer de stratégie dans la région. Elle pourrait s’insérer dans l’espace libéré par les Américains au Moyen-Orient. 
Les pays du Golfe en Egypte

Elle envisage à présent de se rapprocher de l’Arabie Saoudite et des pays du Golfe, abandonnés par Washington au moment où ils craignent le plus d’une nucléarisation de l’Iran. Ces pays n'ont pas approuvé la mise à l'écart de l'Egypte par les États-Unis. La France de son côté approuve en partie la position israélienne consistant à affirmer que Barack Obama s'est laissé humilié par les Iraniens au grand jour. Ce n’est pas la déclaration de John Kerry qui atténuera le sentiment de vassalisation des États-Unis : «beaucoup de progrès ont été accomplis à Genève et il ne faut pas anticiper les conclusions. La diplomatie prend du temps».



Rassurer les Israéliens



Les Américains semblent à présent accepter le principe de la nécessité pour l’Iran de suspendre ses projets liés au réacteur d’Arak. La France a imposé cette condition dans l’accord qu’elle accepterait de signer sachant qu’elle ne comprenait pas pourquoi il était nécessaire d’avoir un réacteur à eau lourde dans un programme d’énergie nucléaire pacifique. Elle est convaincue qu’il s’agit d’un moyen détourné pour fabriquer des armes nucléaires. Israël approuve bien sûr cette position. 
Wendy Sherman

Mais les États-Unis tentent de rassurer Israël sur l’issue des négociations. Une délégation de haut niveau dirigée par  la sous-Secrétaire aux affaires politiques, Wendy Sherman, a été envoyée en urgence à Jérusalem pour convaincre Netanyahou de la justesse de la position américaine. Elle a rencontré le conseiller à la sécurité nationale Yossi Cohen, des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Défense et de la communauté du renseignement. Elle a fourni un rapport détaillé sur les pourparlers qui se sont tenus à Genève. Elle prône une suspension de certaines sanctions pendant six mois, sans ouvrir totalement le commerce international avec l’Iran.

Wendy Sherman cherche par ailleurs à minimiser la responsabilité française de la rupture des négociations laissant entendre que les Iraniens avaient demandé à consulter leurs dirigeants à Téhéran avant toute signature de document. Ce pied de nez à la France n’est certainement pas une attitude qui va amadouer les diplomates français.

Par ailleurs le retour d’Avigdor Lieberman, favorable à  un réchauffement des relations avec la Russie, risque de durcir la position du gouvernement israélien. Benjamin Netanyahou, qui aura entendu de la bouche de François Hollande, le 17 novembre,  la version française et qui se rend à Moscou le 20 novembre, compte s’appuyer sur la stratégie russe pour faire pression sur les Américains. L'accord avec les Iraniens risque de pâtir de la mauvaise volonté française.

1 commentaire:

Jean TAIEB a dit…

La FRANCE est aujourd'hui attaquée de toutes parts et a cru que sa solution était de vendre ISRAEL à ses ennemis. Malheureusement les ennemis de la FRANCE, des USA, des démocraties, du monde libre et d'ISRAEL sont les mêmes. Et même, nous avons beaucoup d'ennemis parmi ceux qui nous sont proches et voudraient s'accaparer nos richesses soit à coup de milliards, soit en nous faisant la guerre par personnes interposées. C'est le cas de L'ARABIE, du QUATTAR et de l'ALGERIE qui nous envoient des terroristes au MALI et au NIGER, c'est le cas des USA et de l'IRAN qui veulent mettre la main sur les mines d'uranium, de silicium, de graphite et d'or des sociétés françaises. Mais c'est aussi le cas de l'UE qui veut que nous acceptons les peuples les plus démunis sur notre sol et jeter des millions de travailleurs français à la rue. HOLLANDE l'a compris et a demandé à FABIUS de renouer des liens, des échanges commerciaux, stratégiques et de hautes technologies avec son plus grand allié dans le monde et pour sa sécurité avec ISRAEL. Vive la nouvelle amitié franco-israélienne.