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lundi 28 octobre 2013

NOS TRÈS CHERS SYNDICATS Par Marianne ARNAUD



NOS TRÈS CHERS SYNDICATS

Par Marianne ARNAUD
copyright © Temps et Contretemps

Denis Gautier-Sauvagnac le 22 octobre 2013 à Paris

Si notre classe médiatico-politique n'avait pas décidé de se payer une de ces maxi-crises de nerfs dont elle a le secret, peut-être aurait-elle pu s'intéresser à ce procès de l'ancien délégué général de la puissante organisation patronale de l'Union de l'industrie et des métiers de la métallurgie (UIMM) – Denis Gautier-Sauvagnac – qui comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris, en compagnie de huit autres cadres de l'organisation pour «abus de bien social, travail dissimulé, destruction de pièces comptables, recel».



Fêtes Grand siècle

Château de Fontenay-les-Briis


Car enfin, quel citoyen qui, un jour ou l'autre, entendant parler de châteaux magnifiques comme celui de Fontenay-lès-Briis, propriété de l'Union des syndicats CGT de la RATP (parc boisé de 75 hectares, trois terrains de tennis) et des magnifiques fêtes «Grand siècle» qui s'y déroulent chaque année – 447 000 euros la facture moyenne, sans aucun contrôle – ne s'est demandé d'où provenait l'argent, alors que par ailleurs on nous dit toujours que moins de 8% de travailleurs français seulement adhèrent à un syndicat.

Le procès de l'UIMM était donc une occasion unique d'en apprendre d'avantage sur le fonctionnement de nos syndicats ouvriers et patronaux qui gèrent les entreprises par le système dit du paritarisme. Mais le paritarisme a un coût.

Pour mieux en comprendre le fonctionnement il faut remonter à l'année 2004 où, pour la première fois, la Tracfin – la cellule anti-blanchiment de Bercy – est alertée par une agence parisienne de BNP-Paribas que d'importants retraits en liquide se font sur le compte de l'UIMM.

Mais ce n'est qu'en 2007 que le Parquet est enfin saisi de l'affaire. Une enquête est donc confiée au juge Roger Le Loire qui aura tôt fait de révéler qu'une partie des sommes prélevées en liquide, d'un montant d'environ 18 millions d'euros, servait soit à des remboursements de frais, ou à des compléments de salaires de cadres ou à financer des syndicats de salariés.

En octobre 2007 Denis Gautier-Sauvagnac confirme aux journalistes qu'il existe depuis 1972 une caisse de secours mutuel – l'EPIM (Entraide professionnelle des industries de la métallurgie) dont le trésor de guerre est estimé aux alentours de 600 millions d'euros.



Cotisations des entreprises


Frédéric Saint-Geours


Ainsi en 2007, 153 entreprises ont cotisé pour un montant de 675 000 euros et 574 000 euros ont été versés à des entreprises ayant essuyé des conflits sociaux majeurs. Le porte-parole de PSA reconnaît avoir touché 550 000 euros de l'UIMM lors de la grève de six semaines à Aulnay-sous-Bois en 2007. Le 20 décembre 2007 Frédéric Saint-Geours est élu président de l'UIMM en remplacement de Denis Gautier-Sauvagnac, démissionnaire.

En février 2008, le journal Marianne révèle que le départ de Denis-Gautier-Sauvagnac avait été négocié avec son successeur pour la somme de 1,5 million d'euros, ainsi que pour la prise en charge de tous les frais de justice pouvant découler de sa gestion de l'UIMM, ce qui lui vaudra un supplétif du Parquet de Paris pour «subornation de témoin».
Roger le Loire

L'instruction est close depuis mai 2012 et le 24 août 2012 le juge Roger Le Loire prend une ordonnance de renvoi à l'encontre de dix personnes, dont Denis Gautier-Sauvagnac «car il a été le dernier à détenir des sommes dont il refuse d'indiquer quelle a été l'affectation mais également car il a organisé la pratique de retraits en espèces, fixant le quantum et la périodicité de ces retraits et autorisant la destruction de pièces comptables y afférant.»

Denis Gautier-Sauvagnac avait en effet déjà averti : «Dans la tradition de l'UIMM, et comme on le faisait depuis des décennies, l'UIMM a apporté son concours financier à des organismes qui participent à notre vie sociale. Ces versements, comme vivement recommandé par mes prédécesseurs, ont toujours été faits de personne à personne, entre quatre yeux, donc la personne qui reçoit pourra toujours nier, je ne crois pas, très sincèrement, qu'il soit de l'intérêt général de procéder à un grand déballage qui ne serait pas utile à notre pays»



Enveloppes de billets de banque



Le procès s'ouvre donc le 7 octobre 2013.

Au troisième jour du procès alors que le Président du tribunal l'interroge sur les destinataires des sommes prélevées en liquide entre 2000 et 2007, un ex-président de l'IUMM – Arnaud Leenhardt – confirme : «C'était les cinq syndicats. Le patronat avait besoin de syndicats qui soient solides. Quand on a des grèves avec séquestrations, on est bien content d'avoir un syndicat capable de canaliser ces débordements et de favoriser une reprise du travail.»

Ce dernier affirme aussi, sous serment, que des députés, des sénateurs, ont reçu des enveloppes bourrées de billets de banque, mais précise-t-il, «ces pratiques étaient légales et pas contraires aux statuts de l'UIMM.» Et l'actuelle direction de l'UIMM de renchérir : distribuer des enveloppes «faisait partie de la mission de Denis Gautier-Sauvagnac.»

Et voilà que le nom de François Chérèque est cité à l'audience. Le président déclare : «François Chérèque a contesté votre version des faits et affirme que la CFDT n'a jamais reçu d'espèces.» Réponse de monsieur Leenhardt : «À chacun sa vérité. Quand on voit cette réaction, on peut comprendre pourquoi l'UIMM ne veut pas donner les noms des bénéficiaires.» Au sixième jour du procès, Denis Gautier-Sauvagnac reconnaît pourtant : «Ce sont bien les syndicats». Mais ceux-ci nient tout en bloc et menacent de poursuite qui les pointerait du doigt.

Nicolas Perruchot

Un procès pour rien alors ? C'est en tous les cas ce que pense Nicolas Perruchot, ex-député du Loir-et-Cher, qui avait présidé un rapport sur le sujet qui, non seulement n'avait pas été soumis à vote, mais de plus avait été interdit de publication pendant vingt-cinq ans. Interrogé par Le Figaro, il se montre très sceptique quant aux résultats du procès : «Les grands groupes considèrent toujours qu'acheter la paix sociale coûte moins cher que le progrès social», dit-il. Plus loin il affirme : «Aucun exécutif n'est disposé à remettre en cause le circuit financier du paritarisme.» Pour lui, «le paritarisme marche avec absence de contrôle».

Il faut nous faire une raison, nous ne sommes pas près d'avoir des informations transparentes sur les quatre milliards d'euros de financement dont bénéficient chaque année les organisations syndicales. Le procès de l'UIMM s'est achevé le 22 octobre 2013. Le procureur Anne Amson a réclamé deux ans d'emprisonnement avec sursis et 250.000 euros d'amende à l'encontre de Denis Gautier-Sauvagnac.

Il faudra attendre le 10 févier 2014 pour connaître le résultat. Mais déjà les journaux ne titrent plus que sur la nouvelle polémique en vogue : celle des clubs de football qui refusent de payer cette taxe honnie à 75% !



Sources : Entre autres : Le Figaro – Les Echos – Wikipedia –

6 commentaires:

AMMONRUSQ a dit…

Toutes ces pratiques sont connus depuis des lustres, mais une chape de plomb évitait de portait cela au grand jour, enfin lorsque on est confronter à ce genre de pratique quelque soit le coté ou l'on se trouve on connait très bien les bénéficiaires et qui paye !.
A une époque de ma vie je fus gérant d'une force de vente dans un magasin très spécialiser dans l'image et le son et j'avais à faire à presque tous les CE de France et les budgets de ces derniers étaient énormes, beaucoups de nos hommes politiques étaient très au courant quelque soit la couleur.

Marianne ARNAUD a dit…


@ AMMONRUSQ

Merci d'apporter de l'eau à ce moulin.
S'il est vrai que les politiques de tout bord sont parfaitement au courant de ces pratiques puisqu'ils en sont parfois les bénéficiaires, il me semble que les grands media -- surtout radios et télévisions - ont très mal informé le grand public de ce procès particulièrement emblématique de fonctionnements très choquants, indignes d'une République qui se veut exemplaire.

Cordialement.

kravi a dit…

Il y a quelques mois, un rapport sur les ahurissantes dépenses des syndicats fut "interdit de divulgation " et aussitôt enterré.
Les privilèges ont été abolis la Nuit du 4 Août, mais apparemment pas ceux de tout le monde.

Marianne ARNAUD a dit…


@ kravi

Je pense que vous voulez parler du rapport Perruchot que je mentionne dans ce billet, et qui effectivement reste interdit de publication pendant 25 ans.
Interrogé par Le Figaro, à la question : "Pourquoi parlez-vous malgré les risques judiciaires ?" Nicolas Perruchot répond : "Ce qui m'est arrivé - la censure de mon rapport - est inacceptable dans une démocratie. Mais se taire serait la pire des âneries et donnerait raison à ceux qui m'ont censuré. Il va bien falloir un jour que les partenaires sociaux acceptent le contrôle du Parlement."
En attendant, Nicolas Perruchot confirme que les comptes des principaux CE ne sont toujours pas publics. De même le nombre des syndicalistes détachés mais payés par les entreprises, l'Etat ou les collectivités, n'est toujours pas connu. "La commission que je présidais, dit-il, avait fini par obtenir un chiffre pour l'Etat, où il y aurait 17 000 fonctionnaires détachés pour le compte des organisations syndicales, ce qui coûterait entre 720 millions et 1,3 milliard par an aux caisses publiques."
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a une véritable omerta sur le sujet qui pourtant intéresse les contribuables français au premier chef.

Cordialement.

kravi a dit…

Marianne,
pour que cette omerta cesse, voici le rapport en PDF donné par Le Point :
http://www.lepoint.fr/html/media/pdf/rapport-perruchot.pdf
229 pages quand même, mais que peut-on en faire ? Poser la question au Gouvernement ? Ou au prochain si par bonheur il change ?
Cordial shalom.

Marianne ARNAUD a dit…


@ kravi

Merci pour votre lien. Espérons que ce rapport finira par atteindre qui de droit qui saura qu'en faire.
Se pourrait-il que dans notre République à forte odeur de banane, les grands media ne s'intéressent qu'aux affaires avec lesquelles ils espèrent pouvoir atteindre Sarkozy : "affaire Bettencourt", "affaire Tapie", "affaire Woerth"..., ?