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mercredi 16 octobre 2013

LA POLITIQUE ARABE DE LA FRANCE Par Tim LARRIBAU



LA POLITIQUE ARABE DE LA FRANCE

Par Tim LARRIBAU

Ancien capitaine de réserve de l’armée de l’air française

Institut du Monde Arabe

La France s’est longtemps enorgueillie d’avoir une politique arabe, magnifiquement symbolisée par l’Institut du Monde Arabe, fondé par Valéry Giscard d’Estaing avec le concours d’une vingtaine de pays membres de la Ligue Arabe et inauguré par François Mitterrand dans le cœur historique de Paris. Immune aux alternances politiques et installé dans le 5ème arrondissement de Paris, non loin des centres du pouvoir, l’Institut de Monde Arabe est le plus parfait symbole de la volonté française de diplomatie et de communication avec le monde arabe.





Une relation très ancienne


Campagne d'Egypte de Bonaparte


Les plus fervents défenseurs de cette politique arabe de la France la font remonter à la clairvoyance humaniste de François 1er qui s’allie avec les Ottomans en février 1536, donnant ainsi à la France une position privilégiée dans le monde musulman. Elle est confirmée par l’expédition d’Égypte de Bonaparte, par la longue histoire française en Afrique du Nord ainsi que par la présence mandataire française en Syrie qui témoignent toutes d’un profond attachement de la France à une grande culture orientale et islamique, justifiant ainsi les prédispositions diplomatiques françaises envers le monde arabe.

Mais sa réelle source est beaucoup plus récente. Dès son accession au pouvoir en 1958, le président Charles de Gaulle s’attache à redonner à la France une stature internationale indépendante. La reconquête de cette stature passe par trois étapes. Premièrement, l’acquisition de l’arme nucléaire et de vecteurs terrestres, sous-marins et aériens pour la mettre en œuvre. La France devient en 1960 la quatrième puissance nucléaire de l’histoire et ses avions Mirage IV, comme ses missiles intercontinentaux du Plateau d’Albion, font leur entrée sur l’échiquier stratégique de la Guerre Froide. Deuxièmement, l’indépendance politique et diplomatique par rapport à la logique des blocs Ouest-Est. Tout en affirmant à plusieurs reprises son attachement aux valeurs de l’Ouest, la France se désolidarise de l’OTAN  qui doit quitter son territoire en 1967. 


Troisièmement, l’indépendance économique par la sécurisation des approvisionnements énergétiques stratégiques. Le développement important de l’économie et de l’industrie durant les Trente Glorieuses nécessite en effet de contrebalancer la perte des ressources naturelles de l’Algérie par une politique d’influence envers les pays à fortes réserves naturelles. En Afrique noire, là où le contexte diplomatique le permet, la France transforme donc sa domination coloniale en un jeu d’influence politique et économique surnommé péjorativement «Françafrique». Dans le monde musulman et arabe, l’Algérie étant hors de portée en raison du passif violent, ce fut l’avènement de la politique arabe de la France. Par son influence et sa diplomatie, la France entendait sécuriser ses approvisionnements énergétiques et minéraux, nécessaires à son industrie et à son positionnement stratégique mondial.

            Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire avec des si. Dans la vision gaullienne de la France, cette stratégie était théoriquement très juste à l’époque où elle fut décidée. Mais, plus de quarante ans après et à la lumière des évènements survenus durant cette période, il est permis, voire indispensable de tenter d’établir un bilan de cette politique et d’en relever le coût, à plusieurs niveaux.



Bilan de la politique gaullienne



           La première conséquence visible de cette politique fut la décision prise par Charles de Gaulle de l’embargo sur les ventes d’armes à Israël. En effet, depuis le début des années 1950, la France est le principal fournisseur d’armes à Israël et souvent le seul. À une époque où le marché de l’armement est largement dominé par les USA et l’URSS, qui ne s’intéressent que très peu au conflit israélo-arabe, la France est le seul pays à accepter de vendre des armes à l’État Hébreu et elle trouve là un débouché commercial privilégié, notamment pour ses avions Marcel Dassault. Les avions Ouragans, Mystère IV, SMB2, Vautour, Noratlas mais surtout le fameux Mirage III feront leurs preuves opérationnelles au sein de l’aviation israélienne qui fera profiter Dassault de ce qu’on appelle aujourd’hui le retour d’expérience. Les chars d’assaut français AMX auront également un débouché commercial et un banc d’essai opérationnel importants en Israël. Évidemment, l’un des domaines les plus importants de cette coopération franco-israélienne concerne l’industrie nucléaire.

            Cela peut paraître insignifiant mais l’embargo de 1967 aura des répercussions à long terme sur l’industrie de l’armement française, même si celle-ci se porte encore relativement bien. Il n’est pas très sain de n’aborder cette question que sous son angle commercial mais il est indéniable qu’avant 1967, la France est un fournisseur de premier plan dans le conflit le plus long de l’après-guerre et où les besoins en armement et en innovation sont constants. Avec les armes françaises, les Israéliens remportent des victoires considérables qui sont la meilleure publicité possible pour le savoir-faire français et les pilotes israéliens seront les meilleurs VRP de Dassault. Le Mirage III, prisé et même adulé par les pilotes israéliens qui seront les premiers As sur avions français depuis 1940. (En aviation militaire, le titre d’as est attribué à tout pilote ayant détruit 5 appareils ennemis en vol. Le général israélien Giora Rom, pilote de Mirage III, sera le premier As sur Mirage III à l’âge de 21 ans et le colonel israélien Giora Epstein deviendra le meilleur As sur avion à réaction de l’histoire, avec 17 victoires, toutes sur Mirage III).

Se priver, comme l’a fait la France en 1967, d’un débouché industriel important et d’une vitrine commerciale inégalable, n’est pas sans conséquences sur le long terme. On ne peut bien sûr que supposer ce qu’aurait été la carrière commerciale et opérationnelle du Rafale, que la France tente sans succès de vendre à l’international depuis maintenant plus de 20 ans, s’il avait été mis en service dans les années 90 dans l’aviation israélienne. Il n’est peut-être pas anodin que trois des plus grands succès commerciaux en avions de combat, le Mirage III de Dassault, le F-15 de McDonnell Douglas et le F-16 de General Dynamics, ont tous trois connu ou connaissent une brillante carrière opérationnelle dans la chasse israélienne. La même analyse, à peu de choses près, peut être faite pour les chars français dont l’industrie est voie de disparition à très court terme. 

On objectera aisément que nombre de pays arabes ont acheté des armes françaises et ont donc compensé largement cette perte, ce qui est sans doute vrai d’un simple point de vue financier mais qui est une vision à très court terme. Aucun des pays arabes acquéreurs de matériel français n’en a fait un aussi spectaculairement bon usage qu’Israël et n’a donc pas contribué, loin s’en faut, à la réputation des armes françaises, piteusement surclassées, notamment pendant la Guerre du Golfe de 1991.



Éloignement d’Israël

Jacques Chirac- Saddam Hussein



Accompagnant cet embargo sur les armes, l’éloignement progressif d’Israël sera la deuxième conséquence de la politique arabe de la France. Même si ce n’était pas du tout l’intention préalable, il est factuel que la France s’est progressivement éloignée de la seule démocratie d’État de droit aux institutions stables du Moyen-Orient pour se rapprocher d’États autocratiques, monarchies despotiques aux économies féodales en Arabie et dictatures policières aux économies planifiées d’inspiration marxistes en Méditerranée et au Moyen-Orient. La France fait le choix de relations économiques et/ou militaires renouvelées avec le Maroc, la Tunisie, le Liban, la Syrie, l’Irak, l’Arabie Saoudite et plus récemment le Qatar. La France vend des armes au Maroc, à la Tunisie, à l’Irak et à l’Arabie Saoudite et développe des relations diplomatiques appuyées. On se souvient de la proximité de Jacques Chirac avec Saddam Hussein, par exemple. Le choix français d’une politique arabe, entamée par de Gaulle et poursuivie par ses successeurs est évidemment liée à l’approvisionnement pétrolier mais c’est là aussi que l’on trouve une nouvelle conséquence fâcheuse de cette politique.

En effet, les efforts français envers le monde arabe n’ont jamais mis la France à l’abri des soubresauts économiques ou politiques provoqués par les tensions régionales. En 1973, la crise provoquée par la décision de l’OPEP d’augmenter le prix du baril de pétrole, dans des proportions inédites, frappe de plein fouet l’économie française au même titre que les autres pays importateurs de pétrole. La France ne recevra jamais aucun dividende sur sa politique arabe, que ce soit au niveau économique ou sécuritaire. En 1981, lors de la deuxième crise pétrolière, la France ne sera pas davantage épargnée et continuera à plonger dans une crise profonde avec un chômage élevé qui n’est toujours pas réglé plus de trente années après.
Attentat au Liban contre l'armée française

D’un point de vue sécuritaire, la force d’interposition française au Liban sera sauvagement agressée à de nombreuses reprises par l’OLP, soutenue par de nombreux alliés de la France. L’embuscade terrible dans laquelle tombera en 1978 le futur général Jean Salvan, atteint à 18 reprises et gravement défiguré, en est l’exemple le plus frappant jusqu’en 1983 où 58 parachutistes français meurent dans l’attentat du poste Drakkar, fomenté avec la complicité de la République Islamique d’Iran dont le Guide Suprême, l’Ayatollah Khomeiny, a pourtant bénéficié de la protection et de l’hospitalité de la France avant de renverser le Shah d’Iran en 1979. Le territoire national, en 1985-86, sera la cible de mouvements politiques terroristes arabes comme l’OLP ou le Hezbollah qui causeront 13 morts et 300 blessés, le plus grave étant l’attentat devant le magasin Tati de la Rue de Rennes en septembre 1986. 

Les années 1994-95 verront même la France être parmi les toutes premières cibles de l’islamisme radical, avec le détournement du vol Alger-Paris d’Air France en 1994 ou l’attentat de la station Saint-Michel à Paris en 1995. La politique arabe de la France n’aura pas davantage de succès dans les relations avec le Colonel Kadhafi en Libye qui commanditera l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989. Militairement, la France a été engagée contre l’Irak de Saddam Hussein en 1991, contre l’islamisme fondamentaliste taliban en Afghanistan entre 2002 et 2013, contre la Libye de Mouammar Kadhafi en 2012 et contre Al Qaeda Maghreb Islamique, héritier de ses vieux ennemis de 1995, le Groupe Islamique Armé algérien. Et l'on pourrait aisément rattacher à cette triste liste l'attentat de Karachi en 2002. Symbole terrible, en 2012, les tueries de Montauban et de Toulouse par Mohammed Merah, citoyen français, achèvent de dissoudre, s’il le fallait, un quelconque angélisme sur les rapports de la France et du monde arabo-musulman. 



Terrible fiasco


Sarkozy et Kadhafi


            Si elle était sans doute justifiée théoriquement en 1967, eu égard à la situation internationale de la France, la politique arabe de la France ne peut être considérée, plus de quarante ans plus tard, que comme un terrible et honteux fiasco. L’attitude de la France par rapport à ses idéaux de démocratie d’État de droit sont parfaitement illisibles et faite d’incessants virages au gré des évènements. L’ambiguïté française sur l’Irak, amie de Saddam Hussein en 1978, fermant les yeux sur des crimes de guerre et contre l’humanité (Halabja, 1988), ennemie en 1991, de facto neutre entre 1991 et 2003 pour être une quasi-alliée au Conseil de Sécurité de l’ONU par la voix de Dominique de Villepin suffirait presque à résumer ce fiasco. Mais on ne saurait passer sous silence l’hospitalité à l’Ayatollah Khomeiny, l’absence de réaction lorsque le Hezbollah maintient le Liban sous une double souveraineté dangereuse, les volte-face en quelques mois face à Mouammar Kadhafi et Bachar El Assad, la proposition d’aide de la police française à Ben Ali contre les émeutes du printemps arabe, la mollesse par rapport à la sanglante prise de pouvoir du Hamas dans la Bande de Gaza et la reconnaissance faussement naïve de la Palestine à l’ONU, réclamée par les héritiers de l’OLP, en novembre 2012.

            Et la conséquence à long terme, la plus grave sans doute, de la politique arabe de la France est la banalisation d’un nouvel antisémitisme qui se cache derrière l'antisionisme et une attitude hostile envers Israël, seule nation stable du Moyen-Orient et qui partage le modèle démocratique d’État de droit sensé être la base des valeurs de la République Française. Comment se reconnaître dans cette politique totalement matérialiste qui va à l'encontre des valeurs de la France républicaine et va jusqu'à mettre en danger ceux qui nous ressemblent? Comment faire adhérer les citoyens français à une République qui pratique une forme officielle de corruption et trahit ses valeurs au nom de ses propres intérêts? La France n'a pas réussi à obtenir la sécurité de ses approvisionnements stratégiques, ni la sécurité économique.  Mais elle s'est attiré la haine de nombreux peuples et l'incompréhension d'un grand nombre de ses propres concitoyens qui ont une affreuse impression de corruption généralisée et qui ont de moins en moins confiance en leurs dirigeants et leurs institutions.

            Plus que jamais, face à un monde arabe qui ne cesse de détonner à retardement comme une gigantesque bombe à sous munitions, en partie à cause des atermoiements et ambiguïtés des grandes nations démocratiques sensées rester fermes sur leurs valeurs dont elle fait partie, la France doit retrouver ses valeurs fondatrices et les principes du siècle des Lumières qui l’ont faite basculer dans ses valeurs. Elle doit s’y tenir, coûte que coûte, et renouveler l’alliance sacrée avec les nations libres qui les partagent et s’opposer fermement à tout compromis ou déviations matérialistes ou d’intérêt, quitte à devoir payer le pétrole beaucoup plus cher. Mieux vaut, et de loin, un pays en difficulté économique mais ferme et stable dans ses valeurs et sa vision du monde que ces tripatouillages diplomatiques et politiques qui ne nous ont jamais protégés de rien mais ont sapé nos valeurs, ont miné nos principes et ont semé la confusion tant chez nos véritables amis que chez nos propres concitoyens, surtout les plus jeunes.

5 commentaires:

Marco Koskas a dit…

Magistrale démonstration. Définitive, incontestable, assassine. Il fallait la largeur de vue d'un an analyste de la trempe de Monsieur Larribau, pour comprendre en quoi la culpabilité coloniale, bien que jamais évoquée dans ce papier, a faussé la route de la diplomatie française. Encore bravo Monsieur Larribau!

kravi a dit…

A ceux qui ne connaissent pas encore Tim Larribau, je conseille ce texte dans lequel cet ancien capitaine de réserve de l'armée de l'air française explique pourquoi il défend Israël.
http://www.parolevolee.com/index.php/accueil/articles/item/332-pourquoi-je-suis-pro-israelien

Marianne ARNAUD a dit…


C'est parfait, c'est lumineux !
"Les Juifs de François Hollande" n'ont plus qu'à aller se rhabiller, eux qui partout où ils passent, sautent sur toutes les occasions pour nous prêcher la repentance perpétuelle des "crimes" que l'ancien colonisateur ne pourra jamais finir d'expier.

Jean Smia a dit…

Après avoir lu ce texte clair et documenté, je viens de suivre le conseil de Kravi et j'ai lu votre autre publication : « pourquoi je suis pro-israélien » http://www.parolevolee.com/index.php/accueil/articles/item/332-pourquoi-je-suis-pro-israelien
Merci d’avoir le courage d'exprimer votre conviction issue de l'analyse de faits et surtout dénuée de tout sentiment d'islamophobie ou d'arabophobie.

albert simon a dit…

On récolte ce qu'on sème.