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vendredi 11 octobre 2013

ALGÉRIE : MOUVEMENT DES CHÔMEURS DU SUD Par Aziz KHITOUCHE



ALGÉRIE :  MOUVEMENT DES CHÔMEURS DU SUD

Par Aziz KHITOUCHE

copyright © Temps et Contretemps




Aziz KHITTOUCHE, qui rejoint l'équipe de nos  chroniqueurs pour couvrir l’ensemble du Maghreb et particulièrement l’Algérie où il réside, nous propose son premier article sur le chômage des jeunes du sud de l'Algérie.



Inattendu pour certains, une suite logique de la situation sociale du pays pour les autres, les jeunes chômeurs du sud algérien continuent de faire parler d’eux depuis quelques mois. D’une revendication purement sociale, vers une plate-forme politique, la Coordination Nationale de Défense des Droits des Chômeurs (CNDDC) a réussi une grande mobilisation dans les milieux de la jeunesse, au sud algérien notamment, une mobilisation que les partis politiques n’ont pas réussi à atteindre jusqu’à présent. 




Il est vrai que le chômage en Algérie est l’une des problématiques les plus compliquées, face à pays riche en ressources naturelles, le pétrole et le gaz notamment. La population algérienne, composée d’une majorité de jeunes, ne bénéficiait pas systématiquement de cette rente pétrolière. Devant l’absence de mécanismes permettant la création d’emplois durables, les jeunes chômeurs algériens ont décidé finalement de s’organiser autour d’un collectif pour revendiquer leurs droits. La question qui se pose précisément, pourquoi le choix de ce timing ? Agenda planifiée ou simple coïncidence ? 





Pays riche, population pauvre et jeunesse face au chômage !


Doté d’une superficie de plus de 2 millions de mètres carrés, l’Algérie est aujourd’hui le pays le plus vaste du continent africain et du monde arabe. L’Algérie est aussi le 9e exportateur du pétrole et le 4e exportateur du gaz naturel au monde ; ces richesses sont basées essentiellement au sud algérien, à Hassi Messaoud, Hassi R’mel et Illizi notamment. Cette manne permet à l’Algérie d’augmenter ses réserves de changes estimées à près de 205 milliards de dollars à la fin de 2012. Mais ces réserves ne profitent pas systématiquement à la population algérienne. 
Tahar Belabbas

Si les statistiques officielles du chômage indiquent qu’il ne dépasse pas les 10 %, ce chiffre ne fait pas l’unanimité auprès des observateurs et de la société civile algérienne. En effet une controverse existe car certaines analyses, publiées par des économistes, n’hésitent pas à avancer le chiffre de 35 % comme taux de chômage. Ce chômage, qui touche essentiellement les jeunes diplômés des universités algériennes, était la goutte qui faisait déborder le vase. En effet, devant les richesses du pays et la situation chaotique dans laquelle la jeunesse se trouve, la Coordination Nationale de Défense des Droits de Chômeurs (CNDDC) est née. La CNDDC, malgré toutes les intimidations enclenchées contre ces cadres et notamment Tahar Belabbas et Rachid Aouin, semble bien gagner du terrain dans les milieux des jeunes et des chômeurs en Algérie.    


Les raisons d’un soulèvement


Manifestation des chômeurs du sud


Marginalisés, bafoués dans leurs droits, les jeunes chômeurs ont décidé enfin de s’organiser et de prendre leur destin en main. 50 ans après l’indépendance de l’Algérie, la jeunesse algérienne vit sous le rythme du dégoût et du désarroi. C’est  «une situation inadmissible de constater tant d’écart entre l’existence de plusieurs richesses naturelles et le chômage qui touche la population jeune notamment», nous dira l’un des responsables de la CNDDC, qui avait réussi une grande mobilisation, à travers plusieurs rassemblements et manifestations dans le sud algérien. Ces actions, ayant drainé des foules nombreuses, ont surpris plus d’un, que ce soit à Ghardaïa, El Oued, Djelfa ou à Ouargla. La mobilisation de la CNDDC a battu son plein alors que les organisateurs insistent sur l’aspect pacifique de la démarche, ainsi que sur les revendications sociales des jeunes qui aspirent une vie meilleure.


Répression face aux revendications sociales


Abdelmalek Sellal


Face à ces revendications purement sociales, liées à l’emploi et au logement, le pouvoir algérien répond par la répression et l’interdiction du droit de manifester pacifiquement. À coups d’arrestations et d’intimidations, jusqu’à la poursuite des militants devant la justice, le régime algérien opte pour le bras de fer. Selon les communiqués de la Coordination Nationale de Défense des Droits des Chômeurs, le pouvoir algérien utilise des méthodes qui peuvent aller jusqu’aux tentatives de discréditer ces cadres devant l’opinion publique.

Selon la même instance, il a été enregistré plusieurs agressions physiques contre des cadres de la CNDDC, qui ne demandent qu’à jouir de la liberté d’exercer leurs droits civiques et politiques, des droits qui sont inclus dans la Constitution algérienne et dans les traités internationaux que l’Algérie a ratifiés. Selon les mêmes sources, les dernières intimidations remontent au 25 mai dernier, où des principaux acteurs de la CNDDC ont été sujets à une iniquité et poursuivis par des inconnus dans le but de les agresser, ce qui les a conduits à annuler un rassemblement prévu au niveau de la ville d’Ain-El-Beida à l’est du pays. 


Le gouvernement contraint à revoir sa copie



Manif de chômeurs au sud


Les leaders du mouvement des chômeurs au sud ont dénoncé la répression infligée par le pouvoir algérien qui ne recherche pas de véritables solutions à leur plate-forme de revendications. Le gouvernement algérien semble bien devoir revoir sa copie face aux revendications sociales des jeunes chômeurs du sud algérien. Ainsi le ministère du travail délègue régulièrement des missions de travail et d’inspection dans les départements concernés par les mouvements de protestation ; un dialogue est même engagé avec certains jeunes lors des visites de terrain du ministre du travail.

Même le premier ministre, Abdelmalek Sellal est venu rassurer à plusieurs reprises l’opinion publique s’agissant de la prise en charge des revendications des jeunes chômeurs du sud algérien. Ainsi des instructions fermes ont été données aux entreprises publiques, qui exercent dans le domaine pétrolier notamment, afin d’assouplir les mesures de recrutement des jeunes. Selon le premier ministre algérien, des centres de formations seront créés pour accompagner les chômeurs vers une bonne intégration dans le monde professionnel. Devant le contexte actuel des révolutions du monde arabe et le risque d’une contamination vers l’Algérie, le pouvoir en place semble bien conscient des risques auxquels ces manifestations peuvent conduire. 

Le bras de fer


Malgré les initiatives timides entreprises par le gouvernement algérien, les responsables du mouvement des chômeurs continuent toujours de revendiquer la présentation de solutions concrètes sur le terrain, ce qui tarde à venir, selon la CNDDC qui dénonce entre autres les tentatives du pouvoir de les discréditer auprès de l’opinion publique nationale et internationale. «Nous étions taxés de séparatistes» affirme l’un des responsables de la CNDDC à la suite de la réussite de notre travail de mobilisation de la jeunesse du sud algérien. «Nous tenons à démentir et dénoncer catégoriquement ces manœuvres, d’ailleurs nous avons décidé d’organiser un rassemblement le 25 mai dernier, au niveau d’Ain-El-Beida, une localité sise à l’est du pays, un rassemblement annulé à la dernière minute, pour préserver la sécurité des rassembleurs face aux multiples provocations du régime algérien », ajoute notre interlocuteur.

3 commentaires:

Michel LEVY a dit…

Merci à Aziz pour sa contribution à "Temps et contretemps"

Jean SMIA a dit…

Bonjour et bienvenue monsieur Khitouche,

Merci pour ces informations sur la situation de la jeunesse Algérienne et sur ses chômeurs, car elles restent très mal relayées sur les médias Français qui n'en parlent qu'à propos de sujets sur l'immigration ou au sujet de dérives extrémistes.

Cependant la situation que vous exposez repose à nouveau ce problème que l'on retrouve partout dans le monde qui est celui-ci :
Lorsque, dans un pays, un très petit nombre de personnes suffit à créer la majeure partie des richesses du pays, sous quel prétexte va-t-on faire parvenir au reste de la population une partie du fruit des ces richesses ?

Jusqu'au milieu du siècle dernier, le système universel était le suivant : tout actif échangeait son temps d'activité professionnelle contre de l'argent.
Or, aujourd'hui, il se trouve que les temps d'activité professionnelle disponibles sont de très loin supérieurs aux nécessités. Que ces richesses proviennent d'exploitation de gisements miniers ou des performances de la robotisation informatisée.

Ce qui fait que très peu d'individus suffisent pour produire, construire, fabriquer et mettre à la disposition d'une population plus que ce qu'elle pourrait consommer.
Et c'est là que le système se grippe : car pour consommer, il faut payer et sans trouver d'activité professionnelle la population ne peut pas payer.
Alors on injecte artificiellement des aides et des compléments de revenus pour que puisse se consommer ce qui doit être nécessairement refabriqué.

Les économistes appellent ça « la croissance ». Comme si c'était un phénomène naturel.
Existe-il dans la nature quelque chose dont la croissance est infinie, à part le vide sidéral ?

Tout le monde a la vague intuition que ce système doit évoluer, cependant personne n'a d'alternative constructive à proposer.

Alors chacun s'attend à ce que la catastrophe arrive en espérant s'en tirer moins mal que le voisin.

C'est ce besoin d'autre chose qui est reflété par le succès actuel des idées extrémistes de tous bords ;
Que ces idées soient politiques ou confessionnelles.

Marianne ARNAUD a dit…


Cinquante ans après l'indépendance, il est peut-être temps que la jeunesse algérienne, plutôt que de chercher à obtenir des visas pour l'étranger, demande des comptes à ses dirigeants qui, visiblement détournent l'argent du pétrole à leur profit.
Merci pour votre contribution.

Très cordialement.