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mercredi 23 octobre 2013

ALGÉRIE : LE RETOUR DES ISLAMISTES Par Aziz KHITOUCHE



ALGÉRIE : LE RETOUR DES ISLAMISTES

Par Aziz KHITOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Bouteflika et ses ministres

L’impasse politique que traverse l’Algérie depuis plusieurs années, la maladie prolongée du chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, le recul du camp démocratique et laïc, sont des éléments qui expliquent la percée des courants islamiques en Algérie. À cela s’ajoute la bonne couverture médiatique dont les partis politiques d’obédience islamique bénéficient. 
Qu’il soit membre de la coalition gouvernementale ou pas, le mouvement politique islamique en Algérie, semble bien gagner du terrain et de l’influence au sein des classes populaires. Après plus de 20 ans d’arrêt du processus électoral, la question des intentions politiques du mouvement islamique en Algérie se pose sérieusement et plus que jamais.




Les islamistes au cœur des institutions


Aboudjerra Soltani


Depuis l’ouverture politique et médiatique en Algérie, une dizaine d’agréments ont été accordés à des partis dont le projet s’inspire de l’islam. Le plus populaire est le  MSP (mouvement de la société de la paix) appelé aussi HMS (Harakkat Moujtamaa Essilme) dirigé par Aboudjerra Soltani, ancien enseignant universitaire. Il représentait son parti au sein du gouvernement mais ce choix de devenir ministre était souvent critiqué par ses détracteurs qui jugeaient cette décision. Sous la pression des opposants à l’intérieur de son propre parti,  Aboudjerra Soltani a fini par jeter l’éponge en se retirant du gouvernement et de la présidence de son mouvement. 
Abdallah Djaballah

L’autre formation islamique, qui participe au gouvernement, est chapeautée par le député et ministre des travaux publics, Amar Ghoul. Il a démissionné du MSP pour former sa propre formation politique le TAJ alors que certains le donnait comme potentiel premier ministre après les élections législatives de mai 2012. Par ailleurs la personnalité radicale de ce courant est incarnée par Abdallah Djaballah, militant de la clandestinité des années 1970 et 1980 et fondateur des partis d’Ennahda et El-Islah. Candidat à présidence de la République en 1999 puis en 2004, Abdallah Djaballah, n’a jamais renoncé à ces ambitions présidentielles malgré les crises internes au sein des partis qu’il a fondés lui-même. En 2012 il a annoncé la création d’une nouvelle formation politique, le Front de la Justice et du Développement qu’il dirige depuis son congrès constitutif. 
Chefs des partis Algérie verte

Il faut noter qu’une coalition des mouvements islamiques a été conclue lors des élections législatives de 2012, «Rassemblement de l’Algérie Verte» regroupant trois formations, le MSP, Ennahda et El-Islah. Leurs listes communes leur ont permis d’emporter 47 sièges à l’Assemblée nationale.


Intolérance à l’égard du courant laïc


Face à l’ancrage du courant islamique, les actes d’intolérance se multiplient depuis quelques années et se sont reproduits durant le mois du Ramadan. Ils ciblent notamment les non-jeûneurs, ces citoyens qui refusent d’observer le mois du jeûne. Les intimidations et les arrestations sont accompagnées parfois par la comparution des citoyens non-jeûneurs devant les tribunaux. Bien qu’une large campagne de mobilisation citoyenne ait réussie durant le mois du jeûne dernier, dans les départements de Tizi Ouzou et de Bejaïa, le climat d’intolérance est toujours de rigueur. 
Déjeuner républicain à Tizi-Ouzou en août 2013

Les deux rassemblements organisés en août dernier étaient une première dans les annales en Algérie dans la mesure où ils étaient suivis d’un déjeuner public républicain en plein centre-ville. Les participants ont expliqué que l’objectif de ces actions consistait à dénoncer la régression des libertés individuelles et collectives, la liberté de conscience en particulier.     


Les Chrétiens d’Algérie


Assemblée de Chrétiens d'Algérie


Face à l’absence de statistiques officielles, les Chrétiens d’Algérie sont estimés entre 35.000 et 70.000 personnes, regroupés essentiellement en Kabylie. Cette communauté éprouve des difficultés pour s’étendre et développer ses activités dans les églises peu nombreuses agréées par les autorités publiques sur l’ensemble du territoire national. Elles subissent des pressions qui peuvent aller jusqu’à la comparution de ces membres devant la justice. Durant les deux dernières années, nombreux sont les Chrétiens convoqués par les tribunaux sous les accusations de distribution d’évangiles et d’ouverture d’un temple religieux sans autorisation préalable.


Front républicain divisé


Sur le volet politique l’opposition laïque est plus que jamais divisée, incarnée par le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD). La formation politique, dirigée par Mohcen Belabès, ne semble pas rejoindre les aspirations des milliers de ses sympathisants. Le RCD qui peine à sortir de son fief traditionnel, la Kabylie, semble perdre du terrain depuis le retrait de son fondateur et ex-président, Saïd Saadi. Hormis certaines associations et activistes de la société civile, aucune force politique ne s’est engagée à constituer un front d’opposition aux islamistes, mise à part l’ex-PAGS du feu Chérif El-Hachemi, secrétaire général du MDS (Mouvement démocratique et social). 
Chérif El-Hachemi

Décédé le 2 août 2005 à Alger, il était connu pour son refus catégorique de l’intégrisme ; il prônait aussi «la double rupture» avec l’islamisme et le régime en place en Algérie. Ce communiste de toujours forçait l'admiration et l'estime chez tous ses compagnons et emportait le respect de ses adversaires les plus farouches, c'est-à-dire les islamistes : «Les terroristes n'ont pas réussi à le tuer malgré plusieurs tentatives. C'est le cancer des poumons qui a fini par avoir raison de lui», soupire un vieux camarade.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Petite anecdote qui montre à quel point les Algériens ne se font plus guère d'illusions sur leurs dirigeants.
Interrogée il y a quelques années, je me souviens avoir entendu une très jeune fille s'exclamer : "C'est pas bientôt fini cette indépendance ?"