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samedi 28 septembre 2013

ROHANI : LE DOUBLE DILEMME DE NETANYAHOU



ROHANI : LE DOUBLE DILEMME DE NETANYAHOU

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Rohani à son arrivée à new-York

Benjamin Netanyahou doit faire face à un double dilemme après les discours du président iranien Hassan Rohani et du président Barack Obama à la 68e Assemblée générale de l'ONU à New York, le 24 septembre 2013. Il s'agit pour lui d'évaluer l’intensité de la réalité des engagements des deux dirigeants. Il peut soit faire preuve de suivisme en participant à l’atmosphère optimiste généralisée, soit modérer les élans de ceux qui croient que le changement iranien est en cours. Il peut considérer qu’il s’agit d’un voile de fumée de plus sur les intentions réelles iraniennes. Il peut aussi donner crédit à une volonté sincère de négociations puisque Rohani prétend en effet vouloir résoudre le problème nucléaire en quelques mois.


Perche tendue



Netanyahou doit aussi croire aux propos de Barack Obama qui a annoncé que le programme nucléaire iranien devenait sa priorité diplomatique pour le reste de son mandat, sur le même plan que les discussions israélo-palestiniennes. C’est d’ailleurs John Kerry qui sera l’ordonnateur des deux négociations.

Le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif se sont rencontrés le 26 septembre en tête-à-tête à l'ONU pour discuter du dossier nucléaire iranien ; une première dans l’histoire récente des deux pays.

À l'issue de la rencontre, M. Zarif, a insisté sur «la nécessité de poursuivre ces discussions pour leur donner l'impulsion politique nécessaire et pour parvenir à un accord dans un délai raisonnable d’ici un an». John Kerry s'est réjoui «d’un changement de ton et de vision mais a souligné qu'il restait beaucoup de travail à faire ».  
Certains hommes politiques israéliens, Yaïr Lapid en particulier, auraient voulu accepter la perche qui leur était tendue et tester Rohani lorsqu’il prétend montrer le «vrai visage» de l'Iran au monde après huit ans de turbulences et de gesticulations d’Ahmadinejad. Le président iranien a en particulier affirmé «que si le gouvernement américain s’abstenait de suivre les intérêts à courte vue de fauteurs de guerre et des groupes de pression, nous pouvons arriver à un cadre pour gérer nos différences sur un pied d'égalité, avec le respect mutuel et la reconnaissance des principes du droit international.»
Tout est fondé sur la confiance que l’on peut donner aux propos de ce nouveau président qui estime que le nucléaire iranien peut être résolu en acceptant ses deux principes : le programme nucléaire iranien resterait pacifique et les Occidentaux accepteraient l'enrichissement de l'uranium sur le sol iranien. Mais le danger est tel que cette deuxième condition est difficilement acceptable pour Israël qui ne croit ni aux promesses, et encore moins aux miracles. Aucune garantie internationale, selon lui, ne pourrait se substituer au démantèlement du programme nucléaire militaire. 
La centrale nucléaire d'Arak

Par ailleurs la référence au problème palestinien par Rohani porte à croire que la dialectique reste la même sous un verbiage doucereux ; il a en effet stigmatisé «l'agression institutionnalisée contre le peuple palestinien innocent.» Une attaque ciblée et une appropriation du conflit palestinien qui rappellent les heures noires d’Ahmadinejad.
Sur ordre du premier ministre, les diplomates israéliens n’ont pas assisté au discours de Rohani laissant ainsi libre cours au procès d’intention qu’ils lui ont fait avant qu’il n’exprime sa nouvelle stratégie de politique étrangère. Le ministre des Finances Yaïr Lapid, chef du parti de centre droit «Yesh Atid»,  avait fait savoir qu'il était opposé à ce boycottage du président iranien : «C'est une erreur. Israël risque d'apparaître comme hostile à la paix aux yeux de la communauté internationale».

Discours d’Obama équilibré

Les diplomates étrangers avaient jugé le discours d’Obama suffisamment équilibré pour obtenir l’approbation des Iraniens. Le mea culpa d’Obama dans l'implication de la CIA dans le coup d’État de 1953, qui a éliminé le premier ministre Mohammad Mossadegh et mis sur le trône le Shah Mohammad Reza Pahlavi, a été considéré comme unilatéral. Il a fait un grand pas cependant en acceptant d’intégrer l’Iran dans les discussions sur la solution du conflit syrien. C’est pourquoi le discours d’Obama a été interprété par les pays arabes comme un discours de réconciliation avec l'Iran. Il n’est pas certain que les membres du Congrès auront cette même vision politique.
Laurent Fabius rencontre son homologue iranien le 25 septembre


     Le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, semble en revanche plus euphorique : «La République islamique a la vision politique et la volonté pour des négociations sérieuses et nous espérons que cela sera ainsi du côté opposé». Il a rencontré son homologue iranien le 25 septembre. Mais pour l’instant aucune mesure concrète n’est venue étayer les bonnes intentions iraniennes. L'opinion internationale attend beaucoup plus que des paroles.

Isolement diplomatique

    Devant cet angélisme généralisé, le premier ministre israélien risque de se retrouver isolé face à des Occidentaux béats devant le discours, certes original, d’Hassan Rohani. Il est vrai qu'ils n’étaient pas habitués à cette absence d’agressivité de la part d’un président iranien qui a répété que : «son pays n’était pas une menace, ni pour le monde ni pour la région et qu’il entendait utiliser l’énergie nucléaire à des fins exclusivement pacifiques». Il a surtout compris que l’Occident voulait absolument faire l’économie d’une guerre. 
Netanyahou à l'ONU en 2012
     On attend le discours de Benjamin Netanyahou à l’ONU, le 1er octobre. On ne s’attend pas à une position novatrice sinon une confirmation de son discours de 2012, sauf surprise de dernière minute. Il a d’ailleurs déjà annoncé la couleur : «le discours de Rohani, cynique et totalement hypocrite, traduit exactement la stratégie iranienne qui consiste à parler et à gagner du temps pour faire progresser ses capacités à se doter d’armes nucléaires». Le fait que le président iranien ait condamné «les crimes que les nazis ont commis envers les juifs» ne semble pas avoir retenu son attention. Plusieurs membres du gouvernement israélien ont jugé que cette condamnation n'était pas suffisante, réclamant que Rohani désavoue les dirigeants de son pays ayant nié la Shoah. Mais pour Netanyahou, seul le sujet du nucléaire mérite qu'on s'y intéresse.  
Rohani-Ahmadinejad
  Le premier ministre israélien sait qu’il aura à faire face à un défi diplomatique. La seule stratégie consisterait pour lui à «minimiser les différences entre Rohani et Ahmadinejad en soulignant que le président actuel aspire aux mêmes objectifs : détruire Israël et attaquer l’ensemble du monde occidental». Il n’est pas sûr qu’il soit entendu dans cette atmosphère d’euphorie généralisée alors qu’il «essaie de rappeler les réalités aux États-Unis, à savoir qu’il n’y a aucune preuve d’un changement de la politique nucléaire de l’Iran.»
     Face aux divergences d’appréciation avec les Américains, il faut s’attendre à ce qu’Israël connaisse de longs moments d’isolement qu’il a déjà connus tout au long de son histoire et dont il s’est toujours bien sorti. Les diplomates israéliens auront fort à faire dans les mois à venir pour expliquer la position d’Israël qui reste conforté dans sa doctrine car il ne compte que sur son peuple et sur ses forces armées.

3 commentaires:

Moshe SALAMA a dit…

si Bibi,veut croire à ces 2 réincarnations de Chamerlain,et Daladier,libre a lui

JKD a dit…

votre analyse me paraît appréciable, je ne crois pas qu'Israël change radicalement sa vision des choses, le 1er Ministre l'affirmera avec un ton mesuré à cause de l'atmosphère provoquée par le discours du président iranien, la survie d'Israël en dépend.

sylvie b a dit…

et comme a dit bibi : si nous ne sommes pas pour nous ….qui le sera ????
« Un conciliateur c'est quelqu'un qui nourrit un crocodile en espérant qu'il sera le dernier à être mangé." disait Mr.Churchill
l'histoire begaye