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mardi 1 octobre 2013

DOUBLE VICTOIRE DIPLOMATIQUE DE BARACK OBAMA



DOUBLE VICTOIRE DIPLOMATIQUE DE BARACK OBAMA

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

ROHANI-OBAMA

Le président Obama peut s’estimer heureux car, après avoir évité la guerre avec la Syrie, il a l’assurance à présent qu’il n’en fera pas une avec l’Iran. Il est ainsi conforté dans sa vision qu’il avait été élu pour faire la paix, ou du moins pour éviter de nouvelles guerres aux États-Unis. Mais Israël ne partage pas cet optimisme et ne cache pas son amertume devant la crédibilité américaine face aux promesses iraniennes parce qu’il doute de la sincérité de la nouvelle diplomatie d’Hassan Rohani. 


Pérès-  Netanyahou

Un seul bémol cependant, le président Shimon Peres a critiqué le ton «méprisant» adopté en Israël contre les États-Unis, accusés de se laisser tromper par le président iranien Hassan Rohani sur la question nucléaire : «On peut être d’accord ou ne pas être d’accord avec les Américains mais je n’aime pas ce ton méprisant, d’autres ont aussi un cerveau pour réfléchir, pas seulement nous».



Des mots doux


Guilad ERDAN


Le ministre israélien de la défense du front intérieur, Gilad Erdan, proche du premier ministre, a mis en garde l’Occident contre «les ouvertures du président iranien pour détourner l'attention de la communauté internationale des ambitions nucléaires de Téhéran. Je crains que les centrifugeuses ne tournent hors de notre vue, pendant que Rohani s'adresse au peuple américain avec des mots doux». C’était avant que le premier ministre n’interdise aux membres du gouvernement de commenter la situation avec l’Iran. Cette déclaration donne cependant un aperçu du thème du prochain discours de Benjamin Netanyahou à l’ONU. Il avait déjà déclaré que «le discours de Rohani était cynique et hypocrite et il avait considéré les gestes de l'Iran comme un écran de fumée.»

Le président américain peut se targuer d’avoir gagné sur deux plans : la Syrie et l’Iran. Il a obtenu à l’ONU une résolution sur la Syrie, même si elle ne répond pas exactement à ses souhaits parce qu’elle ne désigne pas nommément le responsable de l’attaque chimique du 21 août qui a fait plus de 1.400 morts. Mais les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont été unanimes à placer l’arsenal chimique syrien sous contrôle international. 

Par ailleurs il a débloqué la situation politique avec l’Iran avec la réunion historique des deux ministres des affaires étrangères John Kerry et Mohammad Javad Zarif, qui sera suivie par une réunion à Genève les 15 et 16 octobre. Barack Obama avait temporisé depuis plusieurs mois parce qu’il avait axé sa stratégie sur  une solution diplomatique avec l’Iran. Il avait montré à plusieurs reprises son opposition à une action militaire, contre les installations nucléaires iraniennes, prônée par Israël. Il a choisi la diplomatie à petits pas, chère à Henry Kissinger, pour amener Vladimir Poutine à imposer ses vues à son allié Bachar Al-Assad.



Réconciliation irano-américaine




Israël craint que la réconciliation entre les Américains et les Iraniens ne permette à l’Iran d’être à nouveau admis au sein des puissances mondiales. Il regrette que les anciens alliés fidèles comme l'Arabie saoudite soient écartés au profit des mollahs. D’ailleurs, la télévision saoudienne Al-Arabia a concentré ses attaques sur le nouveau président iranien : «Il n'y avait rien de nouveau dans les remarques de Rohani. Il a essentiellement répété les paroles de son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad».

Le journal saoudien Asharq Al-Awsat met en garde contre les déclarations de Rohani : «Le monde arabe devrait être prêt à boire une tasse de poison, cette fois aux mains des États-Unis». Par ailleurs l’éditorialiste s’élève contre la volonté des Américains «d’entrer en dialogue avec l'Iran, au lieu de réellement tenter de résoudre les problèmes qui agitent la région, et en particulier ceux qui agitent les États arabes modérés. Ce dialogue va se faire au détriment des peuples syrien et libanais, et va donner à l'Iran un nouveau mandat de se mêler des affaires régionales».

Ces appréciations confirment les inquiétudes des États arabes et de ceux du Golfe face à l’hégémonie iranienne dans la région, à fortiori si l’Iran était autorisé à poursuivre son programme nucléaire. En s’opposant de manière directe, l’Arabie saoudite veut encore prouver qu’elle est responsable de la défense de la région contre les chiites extrémistes, comme elle l’a prouvé en soutenant les rebelles syriens contre Bachar Al-Assad. Elle s’élève contre l’ingratitude des Etats-Unis qui l’avaient poussé à augmenter sa production de pétrole pour compenser les livraisons iraniennes touchées par les sanctions internationales alors qu’elle est mise à l’écart aujourd’hui. Elle mesure aussi le risque croissant d’une vassalisation de l’Irak confirmée par la visite du ministre irakien de la défense à Téhéran. 

Triangle du mal



Ce risque de «triangle du mal»  s’explique par la volonté de la Syrie de s’associer à ses deux pays voisins pour créer une menace stratégique sur l’ensemble du Golfe persique. L’Arabie saoudite pourrait ainsi réviser sa stratégie qui faisait d’elle une alliée stable des Américains. Mais peu de solutions s’ouvrent à elle sauf à se retourner vers la Turquie qui ne veut «pas de problèmes avec les voisins» et qui ne s’est pas remise de son alliance ratée avec la Syrie.

En fait l’Arabie n’est pas loin de rejoindre la thèse israélienne consistant à établir que le dialogue irano-américain consoliderait le programme nucléaire avec pour conséquence le maintien définitif de l’influence de l’Iran dans la région. Rohani ne pourra prouver sa bonne foi qu’en gelant son programme nucléaire, en contrepartie d’une reprise des relations avec les États-Unis pour mettre fin aux sanctions. Le Guide suprême Ali Khamenei semble avoir cautionné la nouvelle démarche de son président conforté dans sa position par une absence de critiques de la part des médias. Mais il reste encore sous contrôle. Cependant la finance iranienne semble prendre son envol puisque le Rial a déjà gagné 25% de sa valeur par rapport au dollar. 
Arrivée de Netanyahou à New-York

Alors que les Américains n’attendent de l’Iran que la contrepartie d’une action concertée contre Al-Qaeda, Israël voit dans ces approches diplomatiques un risque d’isolement au sein de la communauté internationale dans sa croisade contre le programme nucléaire iranien. Il ne croit pas que l’énergie nucléaire iranienne aurait «des fins exclusivement pacifiques» et soupçonne Téhéran de chercher à se doter de l’arme atomique sous couvert de programme nucléaire civil. On attend le discours de Benjamin Netanyahou, le 1er octobre à l’ONU, face au nouveau véritable défi diplomatique pour Israël. Peu de surprises cependant.

4 commentaires:

Bernard KAYES a dit…

Au détriment de qui ?

Sarah a dit…

Au détriment d'Israel et de la stabilité au Proche Orient. on constate encore une fois le machiavélisme de la politique américaine ( double face) et sa définition du terme "peace"en soutenant la République islamique d'Iran via ce rohani , pur instrument du régime et en laissant la guerre civile s'abattre sur la Syrie , pour faire triompher à la fois assad et les islamistes.

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Le monde arabo-musulman est tellement divisé qu'il y a gros à parier que cette réconciliation irano-américaine qui vous contrarie tant aujourd'hui, ne soit que très limitée dans le temps.
Je note que vous avez un Premier ministre capable d'intimer des ordres aux membres de son gouvernement ce qui, de ce côté-ci de la Méditerrannée, est inimaginable.

Très cordialement.

Jean SMIA a dit…

Depuis des décennies nous étions habitués à entendre le gouvernement chiite iranien invectiver et insulter le grand chitan américain.
Les fielleux sourires du nouveau porte parole de Khameney laissent imaginer que la diplomatie américaine serait disposée à se laisser séduire.
Et sur ce site, on ne s’inquiète que des conséquences pour Israël de ces « signes » amicaux de reprise de dialogue.

Cependant, on perd de vue que c'est tout le monde musulman non-chiite qui est inquiet.
L’Arabie Saoudite, le Koweït, la Jordanie, les Émirats, la Turquie, le Liban... enfin tous ceux qui connaissent leur sort avec certitude lorsque l'Iran disposera de l'arme atomique.

Or tous ces pays qui se sentaient protégés par l'antagonisme Iran-Amérique viennent, par l'actuel rapprochement, de prendre conscience de la fragilité de leur « couverture ». Surtout après les valses hésitations et atermoiements d'Obama lors de tous ces « printemps » ratés.

Aucun de ces pays ne peut être certain qu'il ne sera pas lui-même offert en cadeau par l'Amérique à sa nouvelle fiancée iranienne.
Économiquement, les intérêts pétroliers américains actuels au moyen orient sont bien moindres que ceux du temps de Saddam. En effet, avec d'une part l'énormité des gisements du pôle nord exploitables grâce à la fonte de glaces, et d'autre part le nombre de milliards investis dans les énergies non fossiles, se désengager de cette région ne représente plus, pour eux, un écueil majeur. Il ne leur reste plus qu'à saisir la branche tendue par Khameney et à trouver la formule qui ne leur ferait pas perdre la face : avec, bien entendu, Obama comme grand chevalier de la Paix.

Cependant, il semblerait que, devant cette nouvelle donne, les dirigeants de tous les pays menacés par un Iran atomique soient amenés à construire, par delà toutes leurs réticences épidermiques, des soutiens et des alliances ne provenant pas d'un autre continent. Avec des ententes beaucoup plus réactives.
Ils ont tous pris conscience que, malgré 60 années d'hostilités, et malgré la probabilité de possession de l'arme atomique, Israël n'a jamais tenté de les judaïser, alors qu'ils savent avec certitude que, disposant d'une arme atomique, l'Iran les colonisera et les chiitisera.

On a souvent fait allusion au jeu d'échec : à ce jeu, un bon joueur dissimule son intention en faisant croire à l'adversaire que c'est une autre pièce qu'il cerne: L’Iran vise les richesses du golfe et d’Arabie pour l'instauration du chiisme dans tout l'orient;
Israël/Palestine/Jérusalem sont des prétextes rassembleurs ou des enjeux de prestige, mais leur cible finale, leur « jack pot », ce sont les richesses du golfe et d’Arabie, immédiatement monnayables, permettant de financer le chiisme à travers la planète.