ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mardi 20 août 2013

OÙ EST PASSÉ YAÏR LAPID ?



OÙ EST PASSÉ YAÏR LAPID ?

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps



Yaïr Lapid chez lui
Où est passé le centriste Yaïr Lapid, le défenseur des classes moyennes et le pourfendeur des juifs orthodoxes ? C’est la question que l’on pose aujourd’hui en Israël car la discrétion du ministre étonne, après ses gesticulations durant la campagne électorale. Il personnifie le leurre d'un centrisme à la sauce israélienne.



Deux États pour deux peuples


Il a décidé de briser son silence dans une interview au Figaro en s’opposant ouvertement aux décisions gouvernementales après l'annonce d'un appel d'offres pour de nouvelles constructions dans les territoires : «Je pense que c'est une décision qui intervient à un très mauvais moment, à la veille de la reprise des négociations avec les Palestiniens.  Il n'y a pas de raison pour annoncer juste à ce moment des mesures qui pourraient discréditer un processus déjà entouré de méfiance mutuelle et de mauvais souvenirs». 


Il a repris les positions qu’il avait défendues durant sa campagne et qui l’opposent à plusieurs membres du Cabinet, Naftali Bennett le leader des sionistes religieux en particulier : «Je suis entièrement en faveur de la solution à deux États, israélien et palestinien. C'est la seule et unique solution. Je suis convaincu que c'est celle qui va finalement prévaloir. Les blocs de colonies resteront en Israël, Jérusalem restera israélienne, mais nous savons que la grande majorité des Territoires sera rendue, donc que beaucoup de colonies seront évacuées.»

S’il affirme qu’il est pour une solution à deux États pour préserver l’identité juive de l’État d’Israël, il ne donne en revanche aucune piste pour sortir de l'impasse dans le processus de paix. Au contraire il reste très sceptique quant à la probabilité de parvenir à un accord avec Mahmoud Abbas qualifié par lui de : «l'un des pères fondateurs du concept de victimisation des Palestiniens.» Yaïr Lapid était jusqu’alors le seul à voiloir briser la malédiction du centrisme israélien mais il semble que les israéliens en doutent.

Il a décidé de se rappeler aux bons souvenirs de ses électeurs, en prenant une position minoritaire au sein du gouvernement, parce qu’il avait perdu les ingrédients originaux qui avaient imposé sa victoire aux élections législatives. Il était alors vu comme un futur premier ministrable. Mais Benjamin Netanyahou avait calculé son coup en le nommant ministre des Finances, un poste loin de ses compétences journalistiques, à l’instar de la nomination de Nicolas Sarkozy aux mêmes fonctions par Jacques Chirac.



Sondages en berne

Lapid et Steinitz




Les sondages sont en effet en berne puisque 78% de la population désapprouvent la performance de Yaïr Lapid aux Finances. L’ancien ministre Steinitz se venge en le traitant de «vantard et d’arrogant». L’épopée de la nomination du prochain directeur de la Banque d’Israël ne lui a pas été favorable et il semble bien que, dans la course au poste de premier ministre, ses chances soient compromises. 
Une majorité d’Israéliens estime à présent qu’il a fait de nombreuses promesses qu’il n’a pas tenues. Et pourtant il voulait rénover les méthodes politiques israéliennes en insufflant la jeunesse et la rigueur dans ses propositions. En vain.  Après les expériences précédentes ratées, la voie centriste n’a aucun avenir en Israël parce qu’elle n’est pas fondée sur des bases politiques pérennes. À chaque tentative, il ne s’agit que d’une petite poussée de fièvre qui retombe rapidement avec le temps et avec l’usure du pouvoir.

Lapid a capitalisé sur lui le mécontentement de la classe moyenne qui a eu à payer la facture du budget dans un pays où la majeure partie de la population vit à crédit. Mais il n’avait pas le choix et les critiques se focalisent sur le fait qu’il n’avait pas expliqué la réalité de la situation économique. Aucun gouvernement, en Israël comme en Europe, n’avait d'alternative crédible au budget d'austérité que Lapid a présenté à la Knesset. Il est vrai que les augmentations d'impôts et les réductions budgétaires n’avaient pas été planifiées dans l’esprit de ses électeurs qui considèrent qu’il a calqué sa position sur celle du premier ministre en frappant économiquement la classe moyenne. 
Lapid et les coupes budgétaires

Pourtant les enjeux économiques étaient à la base de sa campagne électorale puisqu’il avait martelé à longueur de discours que la classe moyenne n’avait pas bénéficié de l’économie prospère du pays. Cette classe est lasse des T-shirts de son ministre qui veut la jouer moderne en mettant en avant un jeunisme. Il avait pourtant un boulevard avec l’effondrement de la gauche qu’il n’a pas su exploiter parce qu’il a choisi de coller de près à la ligne dure de Benjamin Netanyahou.


Défense des orthodoxes

Shay Piron au ministère de l'éducation



Mais Yaïr Lapid a aussi failli dans son combat pour la défense de la laïcité. En voulant bien faire en ne se coupant pas des religieux, il a introduit dans sa liste électorale des orthodoxes comme d’autres introduisent le loup dans la bergerie : deux rabbins, Shay Piron et Dov Lipman et une spécialiste de la pensée juive, Ruth Calderon. Certains avaient qualifié d’alibis ces personnalités qui n’avaient pas renié leurs convictions. Mais elles ont travaillé pour leur camp religieux au-delà de leur espérance.

Le ministre de l’éducation Shay Piron, numéro-2 du parti de Lapid, a poursuivi les méthodes du parti orthodoxe Shass en finançant des classes séparées pour les garçons et les filles dans les écoles primaires religieuses. Il a annulé le test d'évaluation normalisé Meitzav qui mesure les performances des élèves en sciences, en hébreu, en mathématique et en anglais parce que la plupart de ces matières ne sont pas enseignées dans les écoles talmudiques.  Enfin il a supprimé l'examen de fin d'études dans la littérature parce qu’elle est considérée comme une matière trop profane. Bien sûr tout a été fait selon lui au nom de ses valeurs. Yaïr Lapid n’a rien dit et n’a exprimé aucune réserve sur ces mesures alors que les orthodoxes avaient été sa cible durant toute la campagne.
Mixité dans l'école primaire

Le ministre de l’éducation Shay Piron a ainsi jugé opportun de financer par son ministère, pour la première fois, la séparation des sexes dans les écoles religieuses publiques qui jusque-là était financé par les parents ou des institutions mais certainement pas par l’État.  En séparant les jeunes depuis les petites classes, il a choisi la voie insidieuse et rétrograde de l’idéologie plutôt que de l’efficacité sociale qui permet un mixage bénéfique dans le cadre de l’éducation. Le ministre veut étendre ce financement jusque dans l’université de Jérusalem en imposant de fait une ségrégation hommes-femmes. 
Au moment où le gouvernement impose aux orthodoxes de faire l’armée pour les encourager à entrer dans le monde moderne, un ministre centriste réalise ce que les ministres orthodoxes du Shass n’ont pas osé instituer avant lui. Mais le plus étonnant est le mimétisme avec le Hamas. Une loi, promulgée par le Hamas en avril 2013, supprime la mixité dans toutes les écoles de la bande de Gaza, y compris les écoles chrétiennes et des Nations Unies, dès la rentrée prochaine.On pourrait douter que ce soit un bon exemple à suivre.

Yaïr Lapid avait bien prôné durant sa campagne l’arrêt du financement des écoles talmudiques par l’État mais ce financement apparait sous une autre forme sournoise qui fait reculer le poids des laïcs dans l’enseignement. En fait Yaïr Lapid, à l’inverse de ses promesses de campagne, est devenu le complice des orthodoxes.

2 commentaires:

Gil KESSARY a dit…

Tres bien dit. Je l'ai prevu avant les elections, l'ayant connu de pres en tant que journalistes au "Maariv". Il a bien confirme mes previsions.

Marianne ARNAUD a dit…

Si j'ai bien compris, c'est l'histoire d'une grenouille du journalisme qui a voulu se faire aussi grosse qu'un boeuf de la politique ?