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dimanche 18 août 2013

OBAMA BRADE SA STRATÉGIE AU MOYEN–ORIENT



OBAMA BRADE SA STRATÉGIE AU MOYEN–ORIENT

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps


À trop vouloir protéger ses arrières diplomatiques, Barack Obama risque de refaire la même erreur qu’avec Hosni Moubarak en restant en retrait des évènements d’Égypte. Pourtant aujourd’hui les ennemis sont désignés parce que, eux, ne se cachent plus. Ils pourrissent tous les pays où ils s’installent en s’appuyant sur des rêves insensés et sur la coercition. Obama ne cherche pas à corriger son erreur d'avoir soutenu sans réserve les Frères musulmans en s’aliénant une large fraction de la population égyptienne et du monde arabe. 



Esclaves d’une religion


La loi de la charia

Pourtant il n’ignorait pas que les islamistes transforment des populations intoxiquées en esclaves d’une religion qu’ils maintiennent volontairement dans l’anachronisme. Obama reste muet de crainte de se mettre à dos les quelques pays arabes qui croient encore en l’Amérique. Mais alors que l’islamisme se répand comme une lèpre irréversible,  il doit avoir le courage de prendre la tête d’une croisade contre ce mal pour que les États-Unis redeviennent le pays symbole de liberté.  

Tous les pays arabes ne sont pas béats devant des islamistes qui montrent un visage réconfortant alors que, dans leur for intérieur, ils cherchent à enserrer dans leurs filets le maximum d’adeptes naïfs. Certains pays ne croient plus au parapluie américain. Il en est ainsi de l’Arabie saoudite et des monarchies du Golfe qui ont mesuré le danger de l’expansion à l’intérieur de leurs frontières des Frères musulmans.  

D’abord ces alliés historiques américains se sont toujours méfiés d’un Iran soi-disant modéré et ils ont écarté ceux qui recherchaient une alliance avec les chiites iraniens. La majorité des pays arabes, à l’exception du Qatar et de la Tunisie, ont engagé dans le secret le combat contre les Frères musulmans d’Égypte ; un combat autrefois dévolu aux gendarmes américains du monde. À cet effet, ils n’ont pas apprécié que les Frères musulmans égyptiens fassent des avances en direction de l’Iran pour desserrer le carcan économique dans lequel ils étaient enfermés. 
L’Arabie saoudite a donc agi pour faire tomber le pouvoir islamique qui s’était installé en Égypte. Le roi Abdallah s’est ouvertement prononcé pour le nouveau régime en appelant «les Égyptiens, les Arabes et les musulmans à s’opposer à tous ceux qui tentent de déstabiliser l’Égypte».

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Un printemps leurre


On joue au gendarme et au voleur ?


            La majorité des pays arabes ont compris que les printemps étaient un leurre pour populations crédules. L'expérience prouvait que la stabilité au Moyen-Orient était conditionnée par l’existence de régimes forts, surtout en Égypte, vitrine du monde arabe. Les velléités de la Turquie et de l’Iran de reprendre le flambeau du leadership musulman et arabe avaient déplu à une Arabie qui voyait par ailleurs avec inquiétude l’importation chez elle des Frères. Certes le soutien aux militaires égyptiens s’accompagne d’un arrêt de l’illusion de démocratie chez les arabes et donne un coup d’arrêt à tous les pays qui chercheraient à s’inspirer d’un tel renouveau arabe.

L’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis ont mis effectivement les moyens pour éradiquer l’expansion des Frères. Alors que Mohamed Morsi mendiait péniblement quelques 4 milliards de dollars de prêts au FMI, ces deux pays ont versé 12 milliards de dollars à l’Égypte au lendemain du retour aux affaires du général Al-Sissi, redonnant ainsi quelques couleurs à l’économie exsangue égyptienne. Ils ont ainsi donné le coup de grâce au régime des Frères musulmans pour les discréditer sur le plan économique et pour les empêcher d’exporter la contestation politique et sociale.
L'émir du Qatar et le roi d'Arabie

Les rivalités entre l’Arabie et le Qatar, qui cherchait à remettre en cause la prééminence traditionnelle de l'Arabie dans les affaires de la région, étaient devenues notoires. Le Qatar a ainsi utilisé les Frères musulmans pour répandre son influence au Proche-Orient après avoir fourni une aide de sept milliards de dollars à l'Égypte durant l'année de présidence de Mohamed Morsi. Par ailleurs, l'Arabie saoudite ne pouvait pas gâcher les liens étroits que l'armée égyptienne avait tissés avec les pays du Golfe du temps d'Hosni Moubarak. À ce propos il faut rappeler que le général Al Sissi, avait occupé un poste d'attaché militaire à Ryad lui permettant de développer des relations avec l'armée saoudienne et avec les responsables politiques.



Engagement ferme

Obama et le roi d'Arabie



L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis n’ont pas hésité à afficher leur engagement ferme aux côtés des nouveaux dirigeants égyptiens. Ils ont adressé immédiatement un message de félicitations au nouveau président égyptien par intérim pour mettre en évidence leur hostilité aux Frères musulmans. Ils les accusent de ne pas croire à l'identité nationale mais à l'identité de la nation islamique.

Pourtant l’Arabie saoudite et les Frères avaient un long passé d’amitié et de collaboration car leur idéologie était proche avant que les salafistes n’entrent en jeu. Mais lors de la première guerre du Golfe en 1990, le roi d’Arabie avait choisi de se protéger contre le danger irakien en acceptant l’installation de bases américaines dans le royaume. La base américaine d'Al-Kharj, au nord du Roub-al-Ghali, protégée par un périmètre de sécurité de 60 km de rayon, a depuis été fermée au début 2003 au profit d'un déplacement des principales installations militaires américaines vers le Qatar, dans la base d'Al-Odeid. 
Cette présence américaine avait été mal acceptée par les Frères musulmans qui n’avaient pas hésité à lancer leurs critiques contre le roi. L'Arabie a donc décidé l’expulsion de centaines de Frères accusés d’avoir développé l’idéologie djihadiste. Le ministre de l’Intérieur, le prince Nayef, avait déclaré publiquement en 2002 que «tous les groupes extrémistes sont issus des Frères musulmans».Aucun régime démocratique arabe n’était en mesure de garantir la stabilité des institutions à l’instar des dictatures tandis que les Frères se sont sentis dotés de la  mission visant à répandre l’idéologie islamiste dans les pays arabes. 
L’Arabie avait mal accepté la visite en Iran qu’avait faite Mohamed Morsi dès sa prise de fonctions. Elle avait interprété ce rapprochement comme une atteinte à la suprématie sunnite de l’Arabie dans la région alors que l'Iran restait l’adversaire attitré de l’Arabie. À Téhéran, au sommet des non-alignés d’août 2012, Morsi avait défendu la révolution syrienne alors que l’Arabie soutenait les rebelles. Survenant après des décennies de relations froides entre l’Égypte et l’Iran, la visite de Mohammed Morsi avait été qualifiée de triomphe diplomatique par Téhéran. C'était une première depuis la révolution iranienne de 1979 et un pied de nez aux Saoudiens. En se rendant à Téhéran, dans le cadre du sommet des non-alignés, le président égyptien Mohammed Morsi avait ouvert une discrète brèche dans le mur de glace qui séparait son pays de l'Iran depuis la prise du pouvoir par les ayatollahs.



La Turquie dans le collimateur


Erdogan et son Etat-major


Le roi Abdallah d'Arabie avait aussi décidé de donner un coup d’arrêt à l’influence grandissante dans les affaires égyptiennes de la Turquie qui y voyait un moyen de placer ses pions dans le cadre d’une prise d’intérêts. Tayyip Erdogan, qui s’inquiète d’une éventuelle répercussion des militaires dans son pays, avait violemment critiqué la prise de pouvoir de l’armée au point que l’Égypte avait rappelé son ambassadeur en Turquie. Il avait d’emblée condamné le «coup d’État» et confirmé Mohamed Morsi comme représentant légitime du pouvoir.

Le président turc Abdullah Gül, plus diplomate, a cherché à arrondir les angles en précisant que les messages d’Erdogan devaient s’interpréter comme des «avertissements amicaux. Les amis de l’Égypte souffrent. Je souffre pour chaque mort égyptien». Mais malgré les vives critiques contre les militaires, les dirigeants turcs se sont abstenus de rompre les relations avec l’Égypte. Il est improbable que la réconciliation soit à l’ordre du jour après les journées sanglantes qu’a connues l’Égypte. 

Alors qu’il avait été muet jusqu’alors face au défi islamique, le président américain a condamné fermement l’action de l’armée contre les pro-Morsi : «Notre coopération traditionnelle ne peut pas continuer alors que des gens meurent dans les rues». Pour l’instant il ne semble pas remettre en question l'importante aide financière annuelle de 1,3 milliard de dollars apportée par les Américains. Il s’est borné à annoncer une mesure symbolique : l'annulation de manœuvres militaires communes entre l'Égypte et les États-Unis. Cela ne sera certainement pas apprécié par les militaires égyptiens et les saoudiens. Barack Obama commet ainsi une erreur de plus au Moyen-Orient. La leçon de l'abandon d'Hosni Moubarak en pleine révolution islamique ne semble pas l'avoir marqué.

5 commentaires:

Denis KASSEL a dit…

"la même erreur qu’avec Hosni Moubarak en restant en retrait des évènements d’Égypte" ? si le prix nobel de la paix Obama n'avait pas dit a Moubarak de degager , celui ci serait peut etre encore en place (et encore , je ne parle pas de son discours au caire de juin 2009)

Betty ERNOTTE a dit…

merci Jacques Benillouche. C'est très bien expliqué. De toute façon OBAMA est pro frères musulmans et ne fera rien contre eux.

Pasc Bec a dit…

Une théorie sur le soutien d'Obama aux FM : il les préfère et les considère comme un rempart face aux salafistes d'Al Qaida soutenus par l'Arabie Saoudite, qu'il juge plus dangeureux pourles intérêts et la sécurité desEtats-Unis. Qu'en pensez-vous ?

Albert GUENOUN a dit…

toujours une analyse très claire de la situation au moins on sait maintenant à quoi s'en tenir mais l'avenir n'est pas aussi clair que cette analyse actuelle !!!

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Vous écrivez : "...le président américain a condamné fermement l'action de l'armée contre les pro-Morsi".

Si l'on s'en tient à la déclaration conjointe des USA avec la France, l'Australie et la Grande-Bretagne, de jeudi dernier à l'ONU, demandant "une retenue maximale" et "la fin des violences", cette fermeté-là a dû en faire rire plus d'un dans le camp des Frères.
Voilà, comme l'écrit Maurin Picard dans Le Figaro, "les Etats-Unis réduits à jouer les utilités et qui commencent à appréhender l'ampleur de leur débâcle stratégique au Proche-Orient."

Très cordialement.