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vendredi 9 août 2013

LES PREMIERS PAS INCERTAINS DU PRÉSIDENT IRANIEN ROHANI



LES PREMIERS PAS INCERTAINS DU PRÉSIDENT IRANIEN ROHANI

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
         
         
          Le départ d’Ahmadinejad n’aura pas été une perte pour les occidentaux mais ce n’est pas pour autant qu’ils peuvent dès à présent anticiper l’action du nouveau président iranien. Les avis sont partagés car on sait qu’Hassan Rohani tient son pouvoir du Guide suprême qui l’a autorisé à se présenter à l’élection et qui le tient sous contrôle. 
           Si la chaine Bloomberg estime que «le nouveau président prône la modération», le Christian Science Monitor voit plus de fermeté chez Rohani : «Le chef de l’État s’engage à ne pas céder face aux sanctions.» En fait les chancelleries hésitent encore à manifester une quelconque approbation dans l’attente d’actes tangibles qui démontrent un revirement de la politique iranienne. 



Un modéré maison


Les Occidentaux ont gardé en mémoire l'image d'un Rohani qui avait pris position sur le nucléaire iranien, dans l’hebdomadaire américain Time en 2006. Il avait alors écrit que «Un Iran doté de l’arme nucléaire aurait pour effet d’accélérer la course à l’armement, de déstabiliser la région et d’en dilapider les rares ressources. Étant donné l’arsenal des États-Unis et leur politique consistant à préserver l’avance stratégique d’Israël, une bombe iranienne ne nous assurerait pas de dividendes sécuritaires». Ce langage l’avait qualifié de «modéré» aux yeux des Américains alors qu’on occultait le fait qu’il représentait l’ayatollah Ali Khamenei au sein du Conseil national suprême de sécurité, après avoir représenté son pays aux négociations sur le dossier nucléaire.  
Conférence de presse de Rohani
      
 Durant son intronisation, il a transmis un message aux Occidentaux en précisant qu’il ne voulait pas de confrontation mais qu’il exigeait d’être traité avec respect. Cependant le président est sur une autre longueur d’onde. Alors que l’Occident l’attend sur le dossier nucléaire en priorité, la population souhaite des solutions concrètes aux problèmes économiques dramatiques. L’inflation est à 35%, l’exportation de pétrole a baissé de 50% reléguant l’Iran de la deuxième place des exportateurs à la sixième tandis que le chômage des jeunes atteint les 45%. Mais les deux questions sont liées puisque seule la levée des sanctions internationales donnera  de l’oxygène à une économie exsangue.

À défaut d’avoir des détails précis sur son programme de gouvernement, la constitution de son équipe pourrait servir de base de référence. Il a constitué un gouvernement de dix-huit membres composé de technocrates expérimentés, ayant déjà servi dans les gouvernements de l'ex-président modéré Akbar Hachemi Rafsandjani (1989-1997) et de l'ex-président réformateur Mohammad Khatami (1997-2005). Les conservateurs ont pris la main sur le ministère de l’Intérieur et sur les services de renseignements tandis que les réformateurs se sont octroyé les autres ministères dont l’ancien ambassadeur à Washington Mohammad Javad Zarif, au Ministère des Affaires étrangères, Bijan Namdar Zanganeh au Pétrole et Ali Tayyeb Nia à l’Économie. 
Le choix prudent du ministre de la Défense donne un aperçu de la relation de Rouhani avec les Gardiens de la Révolution (IRGC), l'une des organisations les plus puissantes du régime. Le président a tenu à équilibrer les forces modérées et conservatrices en nommant le général Hossein Dehghan à la Défense. Ce dernier avait commandé les forces des Gardiens de la révolution au Liban et en Syrie pendant les années de formation du Hezbollah (1982-1984).


Mohammad Javad Zarif, ministre affaires étrangères



Un entourage proche des occidentaux



Mohammad Nahavandian
Par son premier décret, Hassan Rohani a nommé Mohammad Nahavandian directeur de son cabinet. Il a choisi à la fois un économiste de formation et un technocrate chevronné,  formé aux États-Unis et proche du Bazar de Téhéran. Son esprit religieux a été modelé à l'Institut Alavi, pépinière iranienne d’universitaires et de technocrates. Après une maîtrise en économie obtenue à l'Université de Téhéran, il a immigré aux États-Unis en 1985 où il a obtenu sa «green card»,  son doctorat en économie de l'Université George Washington et fondé le Centre d’information et de recherche islamique.

Ces premières nominations démontrent la volonté de Rohani de donner la priorité aux questions économiques mais aussi de s’entourer de compétences anglophones, connues à l’étranger et disposant de réseaux aux États-Unis. Il compte sur eux pour renouer les relations avec le Grand Satan avec l’objectif d’atténuer les sanctions internationales. Mais Rohani a raté le coche en n’invitant ni les Américains, et ni les Israéliens d’ailleurs, à sa prestation de serment à Téhéran ce qui aurait été un coup d’éclat qui aurait relancé la balle dans le camp américain. Cela a poussé d’ailleurs les Américains à ignorer son élection en félicitant uniquement le peuple iranien pour sa forte participation.



Pas d’effet d’annonce


Javier Solana


Rohani se trouve ainsi mal placé pour accuser certains responsables américains de ne pas avoir «une bonne compréhension appropriée de cette élection et de la nation d'Iran». D’ailleurs à part l'ancien représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Javier Solana, aucune personnalité occidentale de haut rang n’a assisté à la prise de fonctions du nouveau président.
Mir Hossein Moussavi

Lors de sa première conférence de presse du 6 août, Hassan Rohani a été peu disert puisqu'il a éludé les questions liées à l’avenir des relations avec les États-Unis. À la fois sur la politique étrangère et sur le nucléaire, il s’est contenté de généralités en se bornant à souhaiter le dialogue. Il a réclamé «des négociations franches plus claires, et plus graves». En revanche, il n’a rien annoncé sur l’avenir des deux anciens candidats de l'opposition en 2009, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi, assignés à résidence depuis plus de deux ans alors que les réformateurs s’attendaient à ce qu’ils soient élargis.

Il a fait référence en filigrane à Israël dans un langage moins violent que son prédécesseur : «Les attitudes et le comportement des États-Unis sont contradictoires en suivant les intérêts d'un certain pays étranger. Nous pouvons voir que les intérêts de ce pays ont été imposés aux représentants de la Chambre des représentants et que les intérêts des Américains n'ont pas été pris en compte.»
Rohani et son ministre Zarif

Le président Rohani a laissé les journalistes sur leur faim ce qui a accru leur scepticisme à le voir régler rapidement le désordre économique de son prédécesseur. Mais ils ont tous salué son courage devant la tâche qui l’attend et devant l’obligation qu’il a de gagner la confiance de son peuple.



Rumeurs israéliennes



Les Israéliens n’ont pas été sensibles à l’arrivée de ce nouveau président qui, selon eux, cherche encore à gagner du temps. Des rumeurs circulent d’ailleurs sur une éventuelle frappe israélienne contre les installations nucléaires iraniennes avant l’automne 2013 alors que tout laissait à penser que les Américains allaient ouvrir un dialogue avec Hassan Rohani, moins fanfaron que son prédécesseur. Des sources sécuritaires font état d’une possible fabrication d’une bombe au plutonium dans le réacteur Arak au cours de l’année 2014. 
Installation d'eau lourde d'Arak


L'Iran semble avoir avancé dans la construction du réacteur nucléaire à eau lourde près de la ville d'Arak, à 260 km au sud-ouest de Téhéran.  Ce réacteur pourrait produire du plutonium pour une arme nucléaire, une fois retraité le combustible usagé. L'Iran avait prévu de le mettre en service durant l’année 2013.  A plein régime, l'installation d'Arak pourra produire neuf kilos de plutonium par an, soit suffisamment pour deux bombes nucléaires. Mais cela exige des compétences technologiques avant de pouvoir utiliser le plutonium dans une arme nucléaire car il faut séparer d'abord ce plutonium du combustible irradié. Devant les problèmes rencontrés par les centrifugeuses d’uranium, les Iraniens avaient décidé cette méthode de remplacement au plutonium.

Les Américains sont sceptiques sur cette solution car, d’une part le réacteur d’Arak n’est pas encore prêt selon eux et d’autre part les scientifiques iraniens n’ont pas encore acquis l’expertise consistant à séparer le plutonium des barres de combustibles. Ils ne sont pas loin de penser à une intoxication de certains services de renseignements.

Benjamin Netanyahou est prêt à tous les sacrifices, même à celui de signer un accord avec les Palestiniens ou de libérer des prisonniers, si les Américains lui donnaient le feu vert pour attaquer l’Iran, ou du moins la seule usine d’Arak d’où peut provenir le nouveau danger.
Amir Eshel

Mais les nouveaux responsables sécuritaires israéliens suivent exactement les traces de leurs prédécesseurs, de Meir Dagan en particulier. Ils sont très réticents à s’engager dans une attaque contre l’Iran et l’on pense à juste titre qu’ils détiennent des informations que nous ne connaissons pas. Le chef de l’armée de l’air, Amir Eshel, le chef du Mossad (renseignements extérieurs) Tamir Pardo, le chef du Shin Bet (sécurité intérieure) Yoram Cohen, le chef d’Aman (renseignements militaires) le major Aviv Kochavi et le chef d'État-major Benny Gantz sont unanimement opposés à une action militaire solitaire. Mais respectueux de la démocratie, ils acceptent d'obéir aux ordres du pouvoir politique.

La décision appartient donc à Benjamin Netanyahou.

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Let's wait and see !

sylvieb a dit…

yes marianne moins on en dira mieux se portera la diplomatie Israelienne

Jean SMIA a dit…

L'hypocrisie des chancelleries et des médias qui discerneraient une modification de comportement Iranien est un alibi parfait pour éviter toute prise de position objective.
Prétendre que Rohani est un président démocratiquement élu est, au départ, une injure à toutes les démocraties.
Leur « démocratie » se passe ainsi : le dictateur Khamenéi se charge, seul, du premier tour des élections présidentielles Iraniennes. (Il a été porté à son poste par ''une assemblée des « experts »'' (sic) où seuls des religieux ont droit de vote.)
Après que Khamenei ait personnellement sélectionné ceux qu'il estime présidentiables, il demande aux Iraniens de choisir entre un clone et un clown. Au jeu du bonneteau, tout joueur choisit « démocratiquement » sa mauvaise carte. Et cela n'offusque aucun des médias, qui perdurent à se gargariser de la formule « démocratiquement élu ».
Le fusible Ahmedinedjad n'étant plus opérationnel, Khamenei gagne du temps en changeant la couleur et l'apparence du fusible. Le temps des dirigeant petits, agités et gesticulant étant révolu, on s'actualise avec un dirigeant « mimolette », mais avec une barbe blanche.

Le temps, c'est précisément ce dont Khamenei a besoin.
Mais le temps c'est aussi ce qu’Israël n'a pas le droit de laisser passer.

Cependant, un Iran nucléaire a d'autres incidences qu'une menace pour Israël :
Sur le plan géographique, l'Iran est plus éloigné du « monde libre » occidental que la Chine, la Russie, l'Inde, la Turquie, le Pakistan et les autres pays Arabes, plus directement inquiétés. Donc un gouvernement, aux velléités expansionnistes, brandissant la menace nucléaire conduira ces pays à réajuster un certain nombre de leurs alliances et protections. Tirer profit d'une nouvelle donne géopolitique explique les tergiversations des Européens et autres « démocraties ». Car plus la menace se confirme, plus les « protecteurs » en tireront d'avantages. Donc on ne se presse pas d'éloigner la menace.

Là encore plus le temps passe, plus les « alliés » d’Israël en tirent d'avantages. Quitte à jouer avec le feu, car tant que ce n'est pas eux qui risquent d’être brûlés.....
Cette « concordance» d'avantages entre l'Iran et les « alliés » d’Israël pour laisser passer du temps fait qu’Israël n'a aucune chance de voir ces alliés déterminer une « ligne rouge ».

Quant à l'opinion forgée par les médias, ceux-ci attendent avec délices l’avènement d'un Iran nucléaire qui leur permettra de vendre du papier.
Vous conviendrez qu'un Iran nucléaire est financièrement, pour un journaliste, plus « vendeur » qu'un arrêt de la fabrication de leurs bombes.
On ne va tout de même pas leur reprocher d’être prévoyants, les journalistes, vu les menaces qui pèsent sur l'avenir de la presse écrite.