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mercredi 28 août 2013

LE MYSTÈRE DE L’ARMEMENT CHIMIQUE SYRIEN



LE MYSTÈRE DE L’ARMEMENT CHIMIQUE SYRIEN

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

         
         
Victimes syriennes
            Un grand mystère règne sur l’arsenal chimique syrien qui est le plus important au Moyen-Orient. Les données techniques manquent aux occidentaux pour évaluer la nature des gaz stockés par les syriens. L’ONU attend de l’équipe d’experts mandatée à Damas de faire toute la lumière sur les agents chimiques qui ont fait plus de 650 morts. Les troupes de Bachar Al-Assad sont les premières accusées mais les rebelles syriens semblent aussi coupables d’avoir fait usage de gaz sarin à Alep contre les troupes régulières de Damas. 




Une vieille expérience


Photos guerre Kippour


            Après les guerres de Six-Jours de 1967 et du Kippour de 1973, le régime syrien d’Hafez Al-Assad a voulu consolider sa sécurité en se lançant dans un programme chimique avec l’aide de l’Égypte puis de l’URSS. Il avait mesuré le risque en voyant l'armée israélienne camper à quelques kilomètres de Damas. Les Russes ont maintenu leur aide en 1990 puis l’Iran a pris le relais en 2005. Le but officiel de ce programme était de contrebalancer l’armement nucléaire israélien. Les seules informations sur ce programme proviennent de quelques défections dans les rangs de l’armée syrienne mais sont insuffisantes pour étayer une véritable accusation.

On évalue les stocks syriens à plusieurs centaines de tonnes d’agents chimiques de toute nature. Mais l’inquiétude s'amplifie aujourd'hui parce que les Syriens ont réussi à maitriser la synthèse de la dernière génération la plus toxique d’armes chimiques. 

Il a fallu attendre le 23 juillet 2012 pour que le gouvernement syrien reconnaisse la détention d’armées chimiques. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères syrien, Jihad Makdessi avait minimisé son usage limité : «Aucune arme chimique ou non conventionnelle ne sera utilisée contre nos propres citoyens, ces armes ne seront utilisées qu'en cas d'agression étrangère». La Syrie fait partie des six derniers pays, avec l’Égypte, la Corée du Nord, la Somalie, le Soudan du Sud et l'Angola,  à ne pas avoir signé la CIAC (Convention sur l’Interdiction des Armes Chimiques) de 1993. Israël et la Birmanie l'ont signée mais pas ratifiée.
Jihad Makdessi



Spéculations



            Mais le secret est tellement bien gardé sur ces types d'armes que les occidentaux se contentent de spéculations sur ce que détiendrait l’armée syrienne. Le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius vient de déclarer que «nous n'avons pas de certitude, il y a des indices qui ont été donnés par les Anglais, par les Américains, nous sommes en train d'essayer de vérifier cela». Sico van der Meer, spécialiste des armes chimiques à La Haye, semble formel : «il n'existe pas aujourd'hui de preuves convaincantes de l’utilisation de gaz en Syrie». C’est dire le brouillard dans lequel évoluent les occidentaux.

Aucune thèse n'est confirmée. On pense au gaz moutarde utilisé lors de la Première Guerre mondiale et capable d’endommager les voies respiratoires. Mais d’autres hypothèses concernent des centaines de tonnes de gaz neurotoxiques comme le VX ou le gaz sarin qui auraient été utilisés ces derniers jours en Syrie. C’est un gaz puissant capable de tuer un homme en quelques minutes à partir d’une seule goutte sur la peau.
Scud syrien


Israël a déjà répertorié les centres de recherche, les sites de stockage et les centres de production situés à proximité de Damas et de Homs. Mais de récentes informations font état de leur transfert dans différents secteurs du pays soit pour s’en servir, soit pour les mettre à l’abri des mains des rebelles. La Syrie dispose par ailleurs de centaines de missiles Scud capables d’être équipés de gaz toxiques et disposant d’un rayon d’action de 600 kms. Israël est donc conscient du risque encouru.



Guerre chimique improbable



Pourtant, les israéliens pensent que le recours aux armes chimiques reste improbable car il est difficile de l’utiliser dans des zones à forte population et à proximité évidente des troupes régulières du régime. Sauf à décider de rayer de la carte une ville entière de manière massive, ce genre d’armes ne peut être utilisé que de manière ponctuelle et localisée. Selon toute probabilité, les victimes dénombrées récemment auraient été tuées soit à la suite d’un accident ayant touché un stock de gaz soit à l’occasion d’un vol effectué par les rebelles qui l’ont utilisé pour accuser le gouvernement syrien.

Certains vont jusqu’à accuser les rebelles d’intoxiquer l’opinion internationale pour forcer les occidentaux à agir : une sorte d’Irak bis. Le vice-président américain Joe Biden a été clair à ce sujet : «Nous savons que des traces ont été retrouvées, et il s'agit probablement d'armes chimiques. Ce que nous ne savons pas encore, c'est si elles ont été répandues de façon accidentelle par le régime ou les rebelles. Nous ne voulons pas tout gâcher comme la précédente administration de George W. Bush l'a fait en Irak, en parlant d’armes de destruction massive». 
On veut aussi pour preuve d'incertitude la passivité d’Israël qui est le premier concerné par ce risque mortel et qui ne semble pas inquiet outre mesure. Une action militaire massive de destruction des stocks aurait été entreprise depuis longtemps si la sécurité du pays était en cause. Il faut aussi préciser que les deux alliés de taille de Bachar Al-Assad, la Russie et l’Iran, ont prévenu qu’ils cesseraient leur soutien à la Syrie en cas d’utilisation massive des armes chimiques. 


Mais depuis quelques jours le mystère s’épaissit à la suite de l’analyse de photos et de vidéos prises sur les lieux. Certes les victimes présentent une absence de marques de blessures physiques sur leur corps qui peut justifier une intoxication chimique. Mais les experts médicaux et biologiques sont formels : les symptômes ne correspondent pas à l’effet que pourraient avoir le gaz moutarde, le gaz sarin ou le VX sur les victimes. Il doit s’agir d’un autre produit non identifié car le film ne montre aucune trace de boursouflure ou de coloration bleue de la peau. Les gaz provoquent en effet une mort immédiate et ils dégagent une forte odeur irrespirable ce qui ne semble pas le cas, selon les quelques témoins sur place.

Les experts de l’Onu seront les seuls à pouvoir faire la lumière sur les agents toxiques qui ont causé la mort de centaines de victimes syriennes à condition qu’ils puissent se rendre sur les lieux des derniers incidents et qu’ils en sortent vivants car ils sont la cible de tirs de la part de snippers non identifiés.

1 commentaire:

  1. De nombreuse bizarreries et inconnues dans cette histoire de gaz en Syrie :
    1/ On ne sait pas ce que sont devenus les stocks d'armes au gaz de Khaddafi,
    2/ Certains combattants antigouvernementaux sont soupçonnés d'en avoir utilisé,
    3/ Gazer un champ de bataille à la veille d'une visite d'inspection de l'ONU ne semble pas compatible avec l'habilité de Bachar à louvoyer et contourner les obstacles,
    4/ L’hypothèse la plus probable et la moins vérifiable reste qu'une roquette de l'armée régulière aie atteint par accident un endroit où le gaz des antigouvernementaux était stocké ou alors que l'armée de Bachar aie bombardé un endroit qui était supposé servir de réserve de munitions aux insurgés et que parmi ces munitions détruites se trouvaient des bombes au gaz appartenant aux insurgés.
    5/ À qui profite cet événement ? Si l'on prend en considération qu'il s'agit d'une guerre dont le but pour Bachar reste de museler une rébellion, alors que le but des rebelles est de détruire tout ce qui ressemble de prés ou de loin à de l'Alaouite ; Bachar et son état major savent que ce n'est pas ce type d'armes qui peut mater une rébellion. Par contre c'est ce type d'armes qui peut faire gagner une rébellion contre un gouvernement.
    Les pays occidentaux ont pris fait et cause « contre » Bachar Elassad, mais sans parvenir à déterminer « avec » qui ou « pour » quoi ils sont.
    Cela ressemble fort à ceux qui ont sorti les canons « contre » Saddam, sans savoir, au préalable, par quoi ou par qui le remplacer. Résultat : 1500 morts musulmans par mois depuis tant de semestres, et, le plus horrible c'est que nous nous y sommes tellement habitués que cela n'émeut plus personne.
    D'ailleurs : on prend les mêmes et on va pas tarder à recommencer, mais en Syrie cette fois car l'Irak, ça y est : c'est fait.
    Il y aurait, parait-il, des problèmes en Égypte, actuellement ...............
    Gouverner, c'est prévoir n'est-ce pas ?

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