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mercredi 7 août 2013

HAMAS : APPROCHES FEUTRÉES AVEC ISRAËL



HAMAS : APPROCHES FEUTRÉES AVEC  ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Haniyeh et Morsi

Il est un fait indéniable que, dans le cadre de stratégies totalement opposées, le Hamas et Israël n’ont aucun intérêt à enflammer le front de Gaza. Cela explique le calme, certes précaire, qui existe à la frontière sud. Pourtant la volonté des militants islamistes d’en découdre avec les Israéliens reste toujours vivante dans les esprits. Les Israéliens, de leur côté, évitent de déstabiliser le Hamas devant le risque de voir les groupes du Djihad islamique, proches d’Al-Qaeda et de l’Iran, le remplacer. Une complicité de fait, qui ne veut pas dire son nom, s’est établie entre Israël et le Hamas.



Fermeture du terminal de Rafah

Bras armé du Hamas Ezzedine El-Qassam


Israël refuse un réchauffement du front sud car il concentrerait de nouvelles sympathies sur les extrémistes islamistes de Gaza. Quant au premier ministre Ismaël Haniyeh, il souffre du blocage du terminal de Rafah et de la destruction des tunnels de contrebande qui le rendent plus dépendant des échanges avec les Israéliens à travers le passage de Kerem Shalom. Les ambitions de certains leaders du Fatah, Mohamed Dahlan en particulier, n’incitent pas Israël à mettre en danger l’autorité actuelle des dirigeants du Hamas qui sont déjà divisés en deux clans, ceux de l’intérieur menés par Mahmoud Al-Zahar et ceux de l’extérieur dirigés par Khaled Mechaal.

La rupture consommée du Hamas avec l’Égypte et la Syrie a accru la montée des périls à Gaza qui est condamné à adopter un profil bas vis-à-vis d’Israël. Les islamistes ont compris qu’ils n’avaient plus rien à tirer des printemps arabes mais il n’est pas dans les intentions des israéliens de profiter de la faiblesse des dirigeants de Gaza car la situation actuelle de ni guerre et ni paix convient parfaitement aux deux parties.

Les rivalités entre le Fatah et le Hamas sont allées crescendo, surtout au lendemain de la décision de Mahmoud Abbas d’aller à Canossa en acceptant des négociations avec Israël, sans préalables, exception faite du cadeau obtenu avec la libération échelonnée de 104 prisonniers palestiniens. Son adversaire Khaled Mechaal, qui lorgnait le poste de chef de l’Autorité, n’est plus en position de force depuis qu’il a rompu avec les Égyptiens et avec les Iraniens, avec comme conséquence le blocage des sources de financement.



Rêve islamiste




En fait le Hamas avait seulement rêvé lorsqu’il croyait que l’avènement au pouvoir des Frères musulmans allait chambouler le destin de la bande de Gaza. Le président Morsi n’avait rien changé à la situation politique bilatérale, n’avait pas grand ouvert le passage de Rafah aux hommes et aux marchandises. La situation était restée la même que du temps de Moubarak, devant la méfiance accrue des égyptiens face à des islamistes noyautés par le Djihad.

Le nouveau régime, qui a remplacé le président Morsi, a compliqué les relations avec un Hamas suspecté de favoriser les troubles au Sinaï. Il a décidé de limiter, avec des moyens maritimes et aériens militaires, l’accès des pêcheurs de Gaza dans les eaux territoriales égyptiennes, craignant le passage de combattants extrémistes en Égypte. L’armée égyptienne a détruit des centaines de tunnels qui laissaient passer, certes des marchandises de première nécessité, mais surtout des militants extrémistes et des armes à destination du Sinaï.

Le paradoxe tient au fait qu’Israël a été sensible aux effets économiques du blocus égyptien et qu’il a autorisé, afin de réduire la pénurie, un accroissement des passages par le terminal Kerem Shalom de produits essentiels qui transitaient jusque-là par les tunnels. Cette complicité de fait avait été bien acceptée par le Hamas qui n’avait pas le choix. Un porte-parole israélien a confirmé cette évolution politique : «Israël fait tous les efforts possibles afin de permettre le transfert des marchandises dans la bande de Gaza compte tenu de la politique actuelle. Nous insistons sur le fait qu'Israël ne limite pas la quantité de marchandises transférées à Gaza et que le passage de Kerem Shalom n'a pas encore atteint sa capacité maximale. Quant à aujourd'hui, il est possible de transférer 400 camions chaque jour, mais la demande de Gaza est plus faible, et sur une journée moyenne, nous recevons des demandes pour environ 300 camions». 

En trois semaines, selon les chiffres de l’armée, 165 camions citernes sont entrés à Gaza pour compenser la baisse de fourniture de carburant par l’Égypte. Mais cette collaboration, qui ne veut pas dire son nom, ne va pas jusqu’à autoriser certains produits stratégiques comme le ciment, ce qui crée des retards importants dans les projets de construction financés par le Qatar.
Centrale électrique de Gaza



Contrebalancer le poids du Fatah



Israël ne veut pas jouer la carte de l’effondrement du Hamas car le désespoir d’une population privée du minimum vital pourrait la pousser à se lancer dans les bras des  terroristes. Au contraire, les mesures d’ouverture pourraient contrebalancer le poids du Fatah dans les négociations avec les Palestiniens. Les islamistes de Gaza, qui ne bénéficient pas d’aide américaine, pourraient devenir un moyen de pression contre l’OLP en cas de situation bloquée ou de prétentions exagérées des dirigeants de Cisjordanie.

Israël avait déjà joué la carte du Hamas contre le Fatah du temps de la présidence de Yasser Arafat. L’intransigeance et les dernières prétentions de Mahmoud Abbas ont poussé les Israéliens à faciliter des accords économiques, non signés sinon occultes, avec le Hamas et même à favoriser les mesures sécuritaires mises en place dans la bande de Gaza. Israël reste en effet le plus grand pourvoyeur de mazout pour les usines d’électricité et il ne cherche pas à utiliser cette arme pour créer le chaos politique et économique à Gaza. 
Le Hamas a intégré cette stratégie israélienne et c’est pourquoi  il fait en sorte de maintenir une paix froide avec Israël, sans chercher à ouvrir le front du sud à l’aventure.La population de Gaza s'est habituée au luxe des centres commerciaux qui ont besoin à présent de s'achalander auprès des grandes marques internationales et israéliennes.
Centre commercial de Gaza


Une sorte de normalisation feutrée avec Israël est perceptible mais ni le Hamas et ni Israël ne cherchent à s’en glorifier. La realpolitik a pris le dessus sur les envois de missiles à destination du sud israélien et elle semble acceptée par tous les Palestiniens de Gaza, sans qu’elle soit assimilée à un crime ou une trahison. Ainsi le directeur du commerce du ministère de l’agriculture de Gaza, Tahsin Al-Saqa, a autorisé la participation d’agriculteurs de Gaza  au Sommet international Agro-Mashov à Tel-Aviv en juin. Il ne s’agissait pas pour lui d’un acte politique mais d’une réunion pour permettre «d’acquérir de l’expertise et apprendre de nouvelles technologies dans le domaine de l’agriculture.»



Normalisation feutrée



Le directeur islamiste a même autorisé une délégation d’agriculteurs, en coordination avec la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), de quitter la bande de Gaza et de présenter ses produits en provenance de Gaza, avec l’intention évidente d’envisager des exportations officielles vers Israël. Le ministre n’a pas voulu s’étendre sur cet acte évident de normalisation : «La participation à la foire agricole est le résultat d’une décision personnelle prises par les agriculteurs eux-mêmes, afin d’acquérir de l’expérience pour des projets de développement dans la bande de Gaza.»
Produits de Gaza

Dans une interview à Al-Akhbar, les agriculteurs n’ont pas caché qu’ils avaient obtenu au préalable le feu vert des autorités de Gaza pour promouvoir leurs produits agricoles locaux même si cela suggérait de fait des relations commerciales avec l’ennemi. Mais ce n’était pas une première puisqu’en janvier une trentaine d’agriculteurs s’était déjà déplacée pour faire connaitre leur production auprès de l’implantation d’Eshkol dans le Néguev, près de la frontière avec Gaza.

Bien sûr les dirigeants de Gaza refusent à qualifier ces réunions agricoles de normalisation avec Israël mais préfèrent les insérer  dans le cadre du Protocole de Paris qui stimule les liens économiques israélo-palestiniens. D’autres organisations de Gaza cherchent à présent à développer des relations dans des domaines variés, la culture en particulier, en s’inspirant du concert qu’avait donné le chef d’orchestre Daniel Barenboïm à Gaza avec 40 musiciens juifs et arabes au Mathaf hôtel. 
One Voice à Gaza

Par ailleurs dans la même veine, l’organisation créée à Gaza, One Voice, veut  favoriser une entente entre jeunes juifs et palestiniens. Il ne semble pas que les dirigeants islamistes aient décidé de s’y opposer alors que tout est verrouillé à Gaza pour ne pas permettre l’existence de mouvements non autorisés.

Une sorte de normalisation qui ne dit pas son nom est donc en cours sans que les deux parties ne cherchent à en accepter officiellement le principe, sauf à la déguiser sous couvert d’activités non politiques.

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