ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

jeudi 25 juillet 2013

ROHANI : L’ILLUSION D’UN CHANGEMENT EN IRAN



ROHANI : L’ILLUSION D’UN CHANGEMENT EN IRAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
                 
      
Tous les commentateurs internationaux ont été unanimes pour nous annoncer l’arrivée d’un «réformateur» à la présidence de l’Iran.  Ils nous promettaient du changement et une autre méthode de gouvernance. Mais à priori, tant dans le langage que dans l’action, le nouveau président Rohani suit les traces de son prédécesseur, mais avec un turban blanc en plus. 



Investiture


À l’occasion de son investiture du 4 août 2013 il aurait pu faire preuve d’ouverture en invitant les États-Unis à sa cérémonie. Bien sûr, cela aurait été trop demandé que d’inviter aussi dans la foulée l’État d’Israël qui n’est pas reconnu par l’Iran. Tous les autres pays, Grande-Bretagne incluse, et tous les dirigeants du monde ont été conviés à l’évènement mais les dirigeants américains ne sont pas les bienvenus.

On attendait le premier geste qui marquerait l’acte du changement mais rien n’est venu. Hassan Rohani a raté le coche pour prouver qu'il était différent. Il a utilisé la même dialectique fanfaronne qu’Ahmadinejad en qualifiant de risibles les déclarations du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou selon lesquelles Israël n'excluait pas la possibilité d'une frappe préventive contre l'Iran : «Cela nous fait rire. Qui sont-ils, ces sionistes pour nous menacer. La réaction promise par l'Iran dissuaderait Israël.»  Il est vrai que Benjamin Netanyahou n’avait pas fait dans la dentelle en qualifiant Rohani de «loup en peau de mouton qui se rapproche de la ligne rouge mais qui ne l’a pas encore franchie»
 

On nous disait qu’il était le disciple des «modérés» Rafsandjani et de Khatami et que, bien élu dès le premier tour, il allait les surpasser pour booster le courant réformiste. Il n’en prend pas le chemin puisque des exclusives ont déjà frappé la plus grande puissance mondiale. Par ailleurs, il n’a toujours pas annoncé sa volonté d’élargir les figures du printemps iranien, parmi lesquels Mohamed Hossein Moussavi, qui sont toujours en résidence surveillée. Il démontre en fait qu’il n’a pas les mains libres et que ses prérogatives sont limitées. Certains l'assimilent même à une marionnette présentable aux mains des véritables maitres de l'Iran.
Hossein Moussavi


Acte politique


Hassan Rohani a pourtant déjà annoncé un acte politique majeur en se rapprochant de l’Arabie saoudite  pour réduire, selon lui, les tensions entre sunnites et chiites : «Quel homme sage envisagerait de s’opposer à la fois à l’Occident, au monde et à l’Arabie saoudite ?» Riyad s’était d’ailleurs empressé de féliciter le nouveau président iranien. Certes la politique étrangère n’est pas sa première priorité parce qu’elle reste du domaine réservé du Guide suprême mais, c’est la seule qui lui permettra d’obtenir la levée des sanctions internationales pour améliorer la situation économique de l'Iran. 
Arabie-Iran

Ce n’est pas en se mettant à dos les États-Unis qu’il donnera à son prochain gouvernement une certaine crédibilité. Il est acquis que rien n’évoluera dans la politique internationale tant que les mollahs au sommet imposeront leurs vues. D’ailleurs, en tant que membre du Conseil suprême de la sécurité nationale, il pourra difficilement se déjuger sur le soutien à la Syrie et au Hezbollah libanais.

Certes l’Histoire ne bégaie pas mais les ayatollahs d’Iran n’ont pas tous été nuisibles pour leur pays. Rohani aurait pu prendre exemple sur les ayatollahs progressistes et clairvoyants qui ont influencé la vie politique de l’Iran. En particulier, l'ayatollah Abdollah Behbahani a été un des acteurs notables de la révolution constitutionnelle en Iran de 1906. Il s’était allié dès la première heure au mouvement d'opposition contre le Shah, qui pourtant le consultait sur les problèmes politiques du pays. Il s’était permis d’adresser un message au Shah, resté célèbre : «Vous pouvez m'assassiner mais vous devez me respecter». 

Il participa au Majless, le parlement, comme conseiller puis comme élu. Mais son influence et son charisme gênaient et surtout sa proximité avec le peuple. Il a donc été assassiné dans sa maison par Heydar Amou Oghli et Rajab Saraï, en 1910. Avec Sattar Khan, Bagher Khan, et l'ayatollah Tabatabayi, ils sont connus comme les pères de la constitution et de la restauration de la monarchie constitutionnelle en Iran.



Virage obligatoire



Rohani est intelligent, instruit et d’une certaine manière progressiste mais il ne pourra marquer l’histoire de l’Iran que s’il unifie les iraniens pour bénéficier du plus grand soutien populaire et s’il axe sa politique sur l’amélioration du niveau de vie de ses compatriotes plutôt que sur la course aux armements et aux machines de mort. Son succès est aussi dépendant de sa capacité à réorienter la politique iranienne vers une approche laïque pour réduire l’influence des idéologues islamistes et pour éviter le gâchis socio-économique. Nul ne sait aujourd'hui si c'est l'objectif recherché.

Les chiffres de l’activité économique de l’Iran sont dramatiques et seule une production massive de biens et de services pourra sortir l’Iran de la morosité. Mais il sera difficile de réussir sans tous les concours, même ceux du grand Satan. Rohani dispose pourtant d’un énorme capital humain pour booster l’économie et ranimer les nombreuses entreprises privées en difficulté. Ne pas bénéficier de l’aide américaine c’est choisir le suicide économique parce que les compétences et les actifs iraniens s’expatrient tous les jours à mesure que l'économie décline.

Rohani a reçu pourtant le message des 51% d’électeurs qui ont voté pour lui et qui ont volontairement rejeté l’approche restrictive et dogmatique islamique qui conduit à l’isolement international. Ils refusent la charia et ses châtiments barbares, adaptés certes à des pays anachroniques comme l’Arabie saoudite mais complètement opposés à la culture iranienne. L’échec de l’approche islamique en Égypte, et même les difficultés de Tayyip Erdogan en Turquie, devraient faire plus réfléchir le nouveau président iranien. Les grandes idéologies n’ont plus cours dans notre monde de plus en plus matérialiste et attaché au bonheur terrestre. Ceux qui n’ont pas pris le virage  sont condamnés à l’échec. La Chine a compris qu’il fallait plus de souplesse dans son idéologie communiste et elle est devenue le symbole du succès. La Russie a refusé d’appliquer réellement le changement et elle symbolise aujourd’hui l’échec d’une politique. 

Le nouveau président iranien ne pourra gagner le pari de l’avenir de l’Iran que s’il rétablit le pluralisme et s’il conduit son pays vers une laïcité juridique sinon, à moyen terme, le système implosera comme tous les systèmes totalitaires qui imposent l’arbitraire. L'appui des occidentaux lui est indispensable pour écouler son pétrole et stocker ses devises. La révolution constitutionnelle et culturelle persane, Mashrooteh, a eu lieu entre 1905 et 1907 et a conduit à la création d’un Parlement et a ouvert la voie à l’ère moderne grâce à l'action de deux ayatollahs modernistes. Il lui appartient donc de choisir  la bonne direction mais il en prend mal le chemin.


Aucun commentaire: