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mardi 2 juillet 2013

ROHANI CONFRONTÉ AU PROGRAMME NUCLÉAIRE IRANIEN



LE REGARD DE JACQUES BENILLOUCHE POUR  TRIBUNEJUIVE.INFO

ROHANI CONFRONTÉ AU PROGRAMME NUCLÉAIRE IRANIEN

             
        

         
L’élection de Rohani a conduit les observateurs étrangers à plus d’optimisme en se fondant sur une victoire écrasante qui n’a pas été contrée par l’ayatollah Ali Khamenei comme en 2009. Mais il ne faut pas se méprendre sur les sourires d’un homme qui ressemble à tous les autres mollahs du régime, dès lors où il a affirmé vouloir maintenir la capacité nucléaire de l’Iran. 




Preuve de «modération»


Mir-Hossein Moussavi


La première preuve de changement et de sa «modération» serait de libérer les vrais réformateurs Mir-Hossein Moussavi, qui avait remporté l'élection de 2009, et son colistier, Mehdi Karoubi, placés tous deux en résidence surveillée pendant des années. Rohani n’a fait mention dans aucun de ses discours de son intention de les élargir. Mais fin diplomate, il a prôné un rapprochement avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Arabie saoudite : «Les relations entre l'Iran et l'Amérique sont une question complexe et difficile. Après tout, il y a une vieille cicatrice. Nous devons agir avec prudence pour guérir. L’Amérique doit renoncer à des politiques unilatérales et d'intimidation envers l'Iran.»  
Ce langage serait, pour certains, un moyen de détourner l'attention du programme nucléaire de l'Iran. Sur le plan de la stratégie iranienne, il s’agit aussi de savoir si l’Iran persistera à renforcer l'axe chiite qui s'étend maintenant à travers l’Irak, dirigé de main de maitre par un leader chiite sectaire, à travers la Syrie via les dirigeants alaouites, et jusqu’au Liban avec un Hezbollah  conquérant. C’est à partir de sa prise fonction, le 3 août, qu’il sera possible de juger réellement le nouveau président sur ses actes.

Certes il a d’autres chats économiques à fouetter devant une inflation à 30%, une économie en récession avec 40% des Iraniens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, une pénurie des produits de base et la hausse du chômage. Les sanctions touchent principalement la population et non le programme nucléaire alors que les exportations de pétrole sont réduites à un tiers du volume habituel, soit 700.000 barils par jour.



Lourds investissements




Cependant Rohani est présenté comme le candidat le plus réformateur alors qu’il fait partie du sérail depuis la création de la République islamique. Il ne s’est pas trouvé réellement en compétition face à un candidat non choisi par le Guide suprême. En raison de la structure même des pouvoirs en Iran, Rohani aura peu de pouvoir pour changer la politique nucléaire parce que de lourds investissements ont été engagés. Ni les sanctions et ni les actions occultes d’Israël, pour ralentir ou saboter le programme, n’ont eu d’effets sur l’avenir du projet. 
Dans quelques semaines, si cela n’est pas déjà fait, les Iraniens auront suffisamment d’uranium pour produire la bombe. Certains experts estiment d’ailleurs qu’ils l’ont déjà mais qu’ils préfèrent laisser subsister le doute. L’installation de 9.000 centrifugeuses a en effet doublé la capacité d’enrichissement d’uranium à 20%. Même si une frappe intervenait contre les installations nucléaires, l’Iran aurait déjà stocké en divers usines du pays de quoi réaliser d’autres bombes.

Il est à craindre que les sourires du nouveau président n’aient pour effet que de masquer l’avancée progressive du projet nucléaire. Il ne peut être question pour lui de renoncer car la décision d’acquérir le nucléaire entre dans la volonté d’expansion de l’Iran à l’étranger alors que la crainte de ses voisins croit au fur et à mesure que les preuves de nuisance s’affirment au Moyen-Orient. Le nucléaire reste l’outil complémentaire pour développer l’influence iranienne à travers des alliés dociles en Syrie, en Irak et au Liban.



Nouvelle dialectique




Rohani ne modifiera rien aux plans de l’Iran mais il changera de dialectique pour montrer qu’il est plus pragmatique et moins agressif que son prédécesseur Ahmadinejad. Il tentera de convaincre les Occidentaux que son programme nucléaire est conçu pour un développement pacifique. Mais pour prouver que le projet est civil, il faudrait que l'Iran permette des inspections improvisées, sans restrictions, ce qui ne semble pas encore dans ses intentions.

Certains stratèges occidentaux pensent que le meilleur moyen de lutter contre l’Iran serait d’abattre le régime de Bachar Al-Assad, pour attenter au moral de l’Iran, pour stopper la marche conquérante iranienne, pour neutraliser les milices du Hezbollah et pour permettre aux rebelles syriens de créer des bases militaires en Syrie. Il s’agit surtout de contrer un État islamique qui prône le terrorisme international, qui conteste l’existence d’Israël et qui cherche à devenir la puissance hégémonique dans la région.

Rohani est capable de flexibilité comme il l’a montré en 2003, en tant que négociateur nucléaire de la République islamique pendant près de deux ans. Mais en aucun cas il n’envisage de renoncer au programme nucléaire qui est sous la responsabilité du Guide Suprême Khamenei. Il pourrait à la rigueur réactiver les pourparlers avec les pays P5+1 qui avaient fait une offre qualifiée de généreuse en acceptant de réduire les sanctions en échange de restrictions sur le programme d'enrichissement d'uranium et d’inspections plus complètes de l'AIEA. 

Il s’agissait de permettre à l'Iran de maintenir une petite quantité d'uranium enrichi à 20% pour produire des isotopes médicaux mais de suspendre l'enrichissement de l’usine de Fordo, enfouie à l’intérieur de la montagne. Le dernier négociateur iranien et candidat à la présidentielle, Sayeed Jalili, avait opposé un fin de non-recevoir à ces propositions.

 Rohani aura certes la capacité d’engager de nouvelles discussions sous une meilleure ambiance. Mais l’Iran n’acceptera la poursuite des négociations qu’après un assouplissement des sanctions, en contrepartie de concessions limitées sous réserve qu’elles affectent peu son programme nucléaire. Le nouveau président pourrait aussi éviter une confrontation militaire en poursuivant la voie diplomatique qui n'est pas totalement dans l’impasse.



Capacité critique





Mais selon des sources sécuritaires en Israël, l'Iran est proche de «la capacité critique» qui lui permettrait de produire de l’uranium de qualité militaire pour une ou plusieurs bombes. Les sanctions, qui ont frappé la population, n’ont eu aucun effet sur la poursuite du programme nucléaire qui garantit la survie du régime contre les menaces extérieures à l’instar  de celles qui ont frappé la Libye.

Les États-Unis et Israël ont des points de vue qui divergent. Les Américains pensent que les Iraniens ont encore une année avant d’obtenir suffisamment de matière fissile pour fabriquer une bombe. Mais ils doivent surtout maîtriser les technologies permettant de réduire la taille d’une ogive nucléaire pour équiper les missiles balistiques Shabab-3. Les Israéliens pensent qu’à la mi-2014, l’Iran sera capable de produire suffisamment de matière fissile pour une seule bombe. Les services de renseignements ont dévoilé que l'Iran disposait d'une petite usine d'enrichissement clandestine destinée à enrichir de l'uranium militaire de 20% à 90%. Il pourrait très bientôt être en mesure de fabriquer la quantité de manière pour cinq bombes grâce à la nouvelle génération avancée de centrifugeuses, installées dans son site d'enrichissement de Natanz. 

Israël a mis en garde l’Occident sur le rythme effréné des capacités d'enrichissement de l’Iran, grâce à la quantité et la qualité des centrifugeuses, augmentant ainsi la vitesse à laquelle l’Iran peut produire la matière fissile nécessaire à un dispositif d'implosion, la forme la plus courante de la bombe nucléaire.

Compte tenu de cette forte augmentation des capacités, le stock d'uranium faiblement enrichi de l'Iran est passé d'environ 2.500 kg à environ 4.300 kg tandis qu’en mars l'Iran a annoncé qu'il allait installer 3.000 nouvelles centrifugeuses, de technologie plus avancée, IR-2m.  Près de 700 de ces nouvelles centrifugeuses ont déjà été installées. Par ailleurs les capacités du réacteur à eau lourde d’Arak, produisant du plutonium, progressent donnant ainsi une alternative pour produire une bombe.



Ligne rouge




La question ouverte reste de savoir si, avec ces avancées, la ligne rouge dessinée par Benjamin Netanyahou a été atteinte pour justifier une frappe contre les infrastructures nucléaires iraniennes. Pour Israël, il faut empêcher l'Iran d'avoir suffisamment d’uranium enrichi à 20% lui permettant de produire 20 kg d'uranium hautement enrichi nécessaire pour une arme nucléaire. Netanyahou avait fixé la limite à 250 kg de MEU (uranium moyennement enrichi) pour franchir la ligne rouge. Mais ce chiffre semble élevé car les experts le fixent entre 94 kg à 210 kg, selon la façon dont l'enrichissement de l'uranium hautement enrichi est effectué. L’Iran aurait déjà produit 219 kg d’uranium enrichi à 20% dont la moitié a été transformée en barres de combustible pour équiper un réacteur de recherche de Téhéran.

Il reste cependant dans les stocks plus de 120kg de MEU, suffisants pour dépasser la ligne rouge. Mais les lignes rouges fixées par Israël ont été fluctuantes en fonction de l’évolution de la diplomatie. Il y a peu de chance qu’Israël se lance dans une aventure militaire au lendemain de l’élection d’un nouveau président iranien parce qu’en fait la détention d’uranium enrichi ne suffit pas pour construire la bombe. Il faut concevoir un détonateur fiable puis créer une petite ogive pour équiper un missile balistique. Pour l’instant, les experts estiment peu probable que l’Iran maitrise suffisamment les techniques requises qui dépassent les capacités actuelles des savants nucléaires iraniens. C’est pourquoi l’Iran compte sur l’aide extérieure pour parvenir à ses fins. Il a obtenu la collaboration d’un ancien concepteur d’armes nucléaires soviétiques, Vyacheslav Danilenko, et de la Corée du Nord  pour produire un dispositif à implosion dans les six mois.



Frappe nucléaire
Sous-marin Dolphin




Israël aurait attaqué l’Iran il y a quelques années quand il était moins confiant sur ses capacités défensives. Mais avec sa nouvelle stratégie de dissuasion nucléaire liée à l’acquisition de sous-marins, d’origine allemande, lui permettant de développer ses actions loin de ses frontières et au large des côtes iraniennes, la nécessité ne se fait plus sentir. Par ailleurs Benjamin Netanyahou hésite à agir seul sachant que Barack Obama est, pour l’instant, totalement opposé à une action militaire bien qu’il ait affirmé en mars : «les dirigeants iraniens doivent comprendre que je n'ai pas une politique d'endiguement, j'ai une politique visant à empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire et qu'un effort militaire pourrait être nécessaire pour le détourner de cette voie». 

Mais plus le temps avance et plus la probabilité d’une frappe diminue. À court terme, l’Iran pourra être assimilé au Pakistan et à la Corée du Nord pour lesquels rien n’a été tenté. Il a de toute façon réparti son stock d’uranium dans plusieurs sites souterrains, comme Fordo, rendant une attaque sinon impossible, au moins difficile techniquement. C’est pourquoi Barack Obama hésite à se lancer dans une action militaire qui nécessiterait une campagne de bombardements intensifs avec le risque de la transformer en une guerre de plus grande ampleur avec l’Iran.  L’expérience négative de l’Irak et de l’Afghanistan pourrait l’en dissuader. Par ailleurs l’exemple du Pakistan pourrait tempérer les ardeurs américaines. Le Pakistan a mis douze ans entre l'acquisition en 1986 de matière fissile pour une bombe et la réalisation d'essais nucléaires en 1998. La marge pour l’Iran est encore grande.

Les occidentaux pourront encore plaider leurs arguments auprès d’un Rohani peut-être plus ouvert que les autres mollahs. Il pourrait obtenir une réduction des sanctions mais il faudrait pour cela qu’il donne aux Occidentaux des gages tangibles. C’est le défi de son prochain mandat.

http://www.tribunejuive.info/israel/rohani-confronte-au-programme-nucleaire-iranien

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