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lundi 1 juillet 2013

RACHID AMMAR : L’HIRONDELLE DU PRINTEMPS TUNISIEN



RACHID AMMAR : L’HIRONDELLE DU PRINTEMPS TUNISIEN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


          Le 27 juin 2013, le chef d’État-Major tunisien, Rachid Ammar, a annoncé sa décision de quitter l’armée. Le choix non attendu de ce général populaire a surpris les observateurs car son attitude à la tête de l’armée a été exemplaire. En effet, l’armée tunisienne a été la seule structure organisée qui n’a pas trempé dans les affaires véreuses de l’État car elle était formée d’une élite forgée au contact des écoles militaires étrangères. Elle n’a jamais été inféodée au régime de Ben Ali qui lui a préféré les services civils de sécurité. Elle ressemble à certains égards à l’armée qui avait fait émerger la révolution portugaise des Œillets  en 1975 en abattant la dictature Salazar.





Une armée sous-équipée


Général de brigade Abdelaziz Skik

Le président Bourguiba avait maintenu l’armée à l’écart des combats politiques. Ben Ali s’était appuyé sur son propre appareil sécuritaire civil, de type mafieux, de 120.000 hommes face à 35.000 militaires volontairement sous-équipés. Certaines rumeurs ont prétendu que les partisans de Ben Ali, qui craignaient une sédition de l’armée, avaient commandité le 30 avril 2002 l’élimination de tout l’État-Major des forces terrestres, comprenant les treize plus hauts gradés de l’armée de terre dont le général Abdelaziz Skik, décimé dans un douteux accident d’hélicoptère à Medjez-El-Bab. 

Le général Ammar s’était distingué en refusant d’impliquer l’armée dans la révolution, estimant que son rôle était surtout d’assurer l’ordre et la sécurité des citoyens. La popularité de ce général discret lui a été immédiatement acquise lorsque, pendant les derniers jours du régime de Ben Ali, il a refusé les ordres de réprimer par les armes les manifestants, donnant alors l’impression qu’il prenait fait et cause pour les émeutiers. 
Général Ammar au sein des révolutionnaires

Il avait alors répondu à Ben Ali : «D'accord pour déployer les soldats afin de calmer la situation mais l'armée ne tire pas sur le peuple ». Il avait d’ailleurs été limogé pour ce refus puis rétabli dans ses fonctions après la révolution. L’armée s’était donc interposée durant les affrontements pour rétablir l’ordre républicain et empêcher le chaos puis, elle a aidé à la construction d’une démocratie en défendant les intérêts de la nation plutôt que ceux d’un clan particulier.

Le chef d’État-Major a annoncé sa décision dans une longue interview à la télévision. Il s’adressait à la population tunisienne pour la première fois depuis la révolution après être resté à l’écart du combat politique entre les différents partis politiques. Cela lui a permis de ne pas être comptable des mesures décidées par le gouvernement islamiste d’Ennahda. Il a justifié sa neutralité durant la transition par son souci de laisser libre cours à l’expression de la démocratie mais il a mis en garde le pays contre les menaces djihadistes.
video
Rachid Ammar présente sa démission à la télévision


Enjeux politiques


Les spéculations vont bon train sur les motifs de cette décision surprise. Le général a en effet une trop forte personnalité pour quitter la scène politique à l’heure où la défense nationale est riche en enjeux. On lui attribue la volonté de se positionner en recours devant la situation politique trouble que traverse la Tunisie et face à l’échec latent de la politique suivie par les islamistes pouvoir. Sa démission l’a libéré de son devoir de réserve et il ne s’est pas privé de donner des informations de première main à la télévision. Ainsi, au cours de la chute du régime, plus précisément dans la nuit du 15 janvier 2011, il a révélé qu’une personnalité de premier plan dont il a gardé l’anonymat lui avait proposé de prendre la tête de l’État. Il avait refusé car il était très attaché à la légitimité institutionnelle et il ne voulait pas être comparé aux colonels de pacotille qui se compromettent dans des coups d’État. Seul le peuple avait le droit de le désigner par le suffrage universel.
Djihadistes

Dans son intervention, il n’a pas caché les menaces croissantes que font peser les djihadistes qui avaient réussi à s’installer à la frontière algérienne au Mont Chaambi. Mais s’il a assuré qu’il les avait neutralisés militairement en les forçant à se replier au-delà de la frontière, il a marqué son pessimisme face à la volonté de ces groupes islamistes radicaux de déstabiliser la Tunisie. Il a affirmé que les jeunes terroristes tunisiens étaient sous la coupe d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) bien implantée en Tunisie avec un armement puisé dans les stocks libyens et que «La somalisation  de la Tunisie n'est pas à exclure. Les armes découvertes par l'armée indiquent clairement un plan de déstabilisation, voire d'insurrection armée».
Combats au mont Chaambi


En position de recours


En fait il semble que le soldat le plus décoré de la Tunisie veuille à présent à sauver le pays des menaces terroristes. Il estime devoir entamer une nouvelle carrière sous l’habit civil, par principe démocratique de la séparation des pouvoirs.  Il a réfuté l’accusation que certains lui prêtent d’une désertion au moment où le pays traverse un état d’urgence face à des djihadistes qui n’hésitent pas à user de violence en faisant exploser des mines terrestres dans plusieurs villes du pays. 

Moncef Marzouki décore Rachid Ammar des insignes de Grand officier


Mais il veut se donner aussi comme tâche d’empêcher, comme il l’a fait jusqu’alors, toute politisation de l’armée. Sa démission garantit ainsi la neutralité de la seule institution propre de la Tunisie. Avec le temps, il avait réussi à effacer l’idée qu’il était arrivé au sommet de l’armée, par défaut, à la suite de l'accident d’hélicoptère de 2002. Il s’était alors trouvé en première ligne pour occuper la place vacante à la tête de l’armée. 

Pendant la révolution, respectueux des institutions politiques, il n'a pas fait preuve de velléité pour profiter d’une situation de désordre liée au départ non planifié du dictateur Ben Ali.  C’est pourquoi il fait aujourd’hui l’unanimité aussi bien auprès des dirigeants islamistes au pouvoir  que de l’opposition qui a apprécié sa neutralité et ses efforts pour protéger les fondements même de la révolution. Son avenir n’est pas obstrué et il sait qu’il ne peut pas se défiler face à son peuple qui l’attend comme un recours. Il a d’ailleurs avoué  «qu’il ne pourrait jamais renoncer à servir le pays».  

Ce recours éventuel à un sage ouvre des perspectives optimistes pour la Tunisie qui a perdu son identité et qui n’a pas encore réussi à trouver sa voie après la révolution. Les islamistes ont prouvé que, s’ils étaient compétents  pour venir en aide aux populations défavorisées avec leurs associations de bienfaisance, ils étaient en revanche incompétents dans la gestion d’un État. C’est le même diagnostic qui a été fait avec les Frères musulmans d’Égypte qui sont à présent contestés dans la rue.
Manifestation au Caire


Respect des institutions


Révolutionnaires place de la Casbah


La volonté du général Amar de respecter les institutions et d’adopter une démarche démocratique peut donner un souffle nouveau à une Tunisie qui se cherche dans les méandres d’un islamisme aux méthodes de gestion anachroniques. Les élections présidentielles en Tunisie sont prévues pour le 4ème trimestre 2013 et le civil Rachid Ammar dispose de toutes les qualifications pour conduire le pays sans recours, ni à la dictature et ni à la théocratie. La façon dont il a dirigé l’armée prouve qu’il est en mesure, grâce à son charisme, d’apporter un renouveau dans une Tunisie nouvelle que la population appelle de ses vœux.  
Il pense qu’en arrivant à la tête de l’État par les voies démocratiques, il pourrait mettre fin, avec l'aide de l'armée à la disposition du pouvoir politique, au terrorisme qui se propage depuis le Mali et redresser le pays sur le plan économique. Il recevrait certainement le soutien de l’Algérie, des États-Unis et de la France qui pourraient l’aider à sortir son pays d’une crise économique qui a détruit les tissus industriels.

Certains n’hésitent pas à le vêtir de l’habit du Général de Gaulle parce qu’il peut être capable de rassembler les forces vives du pays pour le mettre sur la voie du progrès. Il ne donne pas l’impression d’avoir l’étoffe d’un dictateur car il a déjà prouvé  qu’il n’était pas l’homme à ramasser un pouvoir en déroute qui lui était offert sur un plateau d’argent. Il est conscient que les révolutions, celle d’Égypte en particulier, chancellent parce qu’elles n’ont pas su donner au peuple l’espoir qu’il attendait, la liberté de parole, l’amélioration du niveau de vie et la sécurité face aux menaces des terroristes islamiques.

Il sera attendu sur ses prises de position sur le Proche-Orient car il pourrait faire preuve de réalisme et de pragmatisme en tendant la main à Israël dans le même combat contre la pauvreté, pour l’amélioration des conditions de vie des populations défavorisées et surtout contre l’extrémisme armé islamique. La Tunisie n’a rien à gagner au maintien de relations conflictuelles alors qu’elle n’a aucun contentieux avec Israël. Si la Jordanie, l’Égypte et le Qatar, et d’une certaine mesure les Palestiniens,  ont noué des relations avec Israël, la Tunisie pourrait être le premier pays du Maghreb à s’engager dans une voie diplomatique pacifique.  
video
 Bourguiba au micro de Jacques Chancel

La Tunisie suivrait en cela le réalisme qu’avait édicté le président Bourguiba qui, à l’occasion d’une interview chez Jacques Chancel en 1974, avait prôné la reconnaissance de l’État d’Israël. Mais les blocages sont nombreux au sein des islamistes puisqu'un certain nombre de dirigeants ont voulu inscrire dans la nouvelle Constitution tunisienne l'interdiction de relations diplomatiques avec Israël.

2 commentaires:

andre a dit…

Rien ne permet de l'affirmer! Mais c'est possible , c'est donc une hypothèse .
Quitter l'Armée pour revenir en complet veston , on peut en douter.
André M

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Il ne s'agit pas d'une thèse sortie de mon imagination mais de plusieurs informations recoupées, fournies par des membres éminents tunisiens avec lesquels je suis en contact depuis plusieurs années et qui me font confiance sachant qu'ils pouvaient me faire confiance pour assurer leur anonymat.

Il pourrait s'agir aussi d'intoxication comme celle qui a été montée pour faire revenir au pouvoir le Général de Gaulle. Ce n'est pas à exclure. L'avenir nous le dira.

En tout état de cause j'ai estimé que l'information valait d'être publiée et que les lecteurs étaient capables de trancher.